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QUATRIEME PARTIECOMMENT LES ACTEURS
REAGISSENT
FACE A LA
PAUVRETE
I°/- LES AJUSTEMENTS A LA PAUVRETE
Face à la pauvreté englobante, accompagnée d’une dégradation continue des conditions de vie, les populations ont procédé à des ajustements divers et qualitatifs, pour réduire les lourdes charges qui pèsent sur elles. Pour la majorité des couches pauvres, ces ajustements se justifient par la faiblesse de leurs revenus couplée avec le renchérissement du coût de la vie, les ajustements touchent l’ensemble des secteurs du vécu quotidien des ménages et permettent de supporter le poids de la crise.
1°/- Mode de vie :
Les ajustements les plus significatifs qui ont
été opérés portent généralement sur le mode de fonctionnement socio –
économique des ménages. Il consiste particulièrement à la réduction des coûts
affectés à certains postes de dépense dont les plus importants sont :
l’alimentation, la santé, la mobilité, l’habillement, le logement et à l’adoption
de nouvelles formes de sociabilité, de loisirs.
Alimentation : Le poste alimentaire constitue
l’essentiel des dépenses des ménages pauvres. Comme l’explique M.D. chômeur 25
ans « loo ñakk ñakk fokk nga lekk » (quelque soit son niveau
d’indigence on est obligé de manger). Ce qui traduit aisément tous les efforts
consentis par les pauvres pour s’alimenter. Leur faible pouvoir d’achat
justifie la pratique du « gobar jaassi » : (système qui consiste à
réserver une part du déjeuner au dîner) et le sacrifice de la qualité dans les
repas, qui sont rarement variés. La simplicité des plats préparés favorise une
économie plus ou moins importante sur le budget familial. Le petit déjeuner
disparaît de plus en plus et ne concerne plus que les enfants et les personnes
agées. Pour les adultes, filles comme garcons, cela est devenu une gestion
personnelle selon le pouvoir d’achat de chacun. Certains produits comme le lait
en poudre, le beurre etc, sont remplacés par le quinquéliba ; chez les
jeunes, la prise du café noir est devenue un moyen de se passer du petit
déjeuner traditionnel.
En milieu rural, le petit déjeuner est souvent
constitué des restes du dîner, même si le « fondé » (boullie de mil),
le quinquéliba, ou le « café Touba » rentrent dans les habitudes
alimentaires.
A cause de l’insuffisance des revenus qui a
entraîné un changement de régime alimentaire, les ménages procèdent de plus en
plus à l’achat des denrées alimentaires au quotidien et au détail. Le riz le
plus acheté demeure le riz pakistannais 3ème choix qui est le moins
cher et considéré par les populations elles mêmes comme des déchets de riz. S.
MB., 46 ans affirme « Fii mbalitu ceeb bi rek la ñuy dundee ». Le
prix de ce type de riz varie entre 160Frs et 170Frs le kilo, et le sac ne couvre
que les vingt (20) premiers jours du mois et le reste du mois c’est l’achat au
quotidien qui demeure l’unique solution.
Santé : Les ajustements opérés au niveau de la
santé sont de plus en plus le morcellement des ordonances en faisant un
tri sur les médicaments en achetant les moins chers, la minimalisation et
l’ignorance de certaines maladies, le recours fréquent volontaire ou forcé à la
pharmacie traditionnelle. Les structures sanitaires sont fréquentées
tardivement (seulement en cas de complication de la maladie). Les visites
effectuées chez la sage femme sont substituées par celles à la matronne, ce qui
réduit considérablement les coûts sanitaires.
Les voisins sont aussi sollicités pour avoir des restes de médicaments pour calmer certains maux (douleurs dentaires, maux de tête, maux de ventre, paludisme etc…). Il faut aussi souligner le choix opéré par les populations de fréquenter les centres de santé moins coûteux. C’est l’exemple du RADI de Ngaye Mékhé ou le coût d’une consultation est de 100Frs au lieu de 300Frs dans les autres centres de santé de la commune, et où les ordonnances sont payées au tiers par le malade. Selon M, ND, 19 ans, chômeur : « Le centre est un vrai « Xeewël » » (le centre est une bonne opportunité).
Mobilité Sociale : En raison du coût relativement élevé
du transport, les populations urbaines pauvres s’adonnent régulièrement à la
marche en opérant une rationalisation des déplacements. C’est le cas des
habitants des quatiers de Thiès None, Médina Fall, Thiossé Est etc…….
Désormais seuls les déplacements urgents et
nécessaires sont payés. L’essentiel des éléves de la région adoptent la marche
pour se rendre à l’école permettant ainsi à leurs parents de ne pas se soucier
de leurs déplacements. L’exode, l’émigration, sont devenus des recours pour de
nombreux jeunes frappés par la crise.
Habillement : Les dépenses liées à l’habillement
sont devenus de moins en moins importantes dans le budget des ménages pauvres.
A part les enfants, l’habillement des adultes tend à devenir une affaire
personnelle. Chez les jeunes garçons urbains, les emprunts et échanges d’habits
sont fréquents entre les membres d’une même famille, ou entre groupes de jeunes
du même quartier, la transmission d’habits des ainés vers les cadets est très
remarquée aussi. Les habits et les chaussures sont achetés le plus fréquemment
à la fripperie à l’occasion des marchés hebdomadaires (loumas).
Les propos de A.D., 40 ans, ménagère,
illustrent bien cette pratique : « pour habiller mes enfants, je vais
au marché hebdomadaire de Rufisque où les habits sont moins chers (entre 200Frs
et 500Frs) par rapport à la friperie de Thiès. Quant à moi je me contente des
tissus ‘’wax’’ ‘’légos’’ ‘’xartoum’’ qui sont plus à ma portée et de rare fois
aussi mon mari m’apporte un tissu ».
Le « Jean » est le type d’habit le
plus prisé par les jeunes à cause de sa résistance et du fait qu’il peut être
porté quotidiennement et en « toute saison ». Tandis que chez les
femmes les tissus les plus achetés sont : ‘’le wax’’, ‘’le bazin 3ème
choix’’, ‘’le xartoum’’ à cause de leur légéreté pour la chaleur et de leurs
prix qui sont à la portée de toutes les bourses.
Les achats les plus significatifs ont lieu
durant les fêtes traditionnelles et/ou religieuses, les ouvertures de classes.
Il est à noter l’absence de bijoux de valeurs chez les pauvres, la pacotille
(plaque or, argent, perles) demeure leur seul trésor.
L’habillement est devenu très aléatoire dans
leurs modes de vie et s’exprime par un non suivi de la mode, comme le précise
ici CH. L, tailleur ; « solu léegi afeeru bul faalela ».
(Aujourd’hui on peut s’habiller de n’importe quelle manière).
Logement : Les observations menées au niveau des
quartiers et villages montrent qu’il n’y a pas de réels ajustements dans le
logement. La seule pratique consiste à mettre en location une ou deux pièces au
profit des travailleurs affectés dans ces localités particulièrement les
enseignants. Mais cette pratique n’affecte pas les conditions d’occupation de
l’espace habité en milieu rural. Par contre dans les zones urbaines, cela se
traduit par des cas d’exiguité et de promiscuité dont la finalité est une
amputation de son bien être pour acquérir des resssources financières
complémentaires.
2°/-Echanges et formes de sociabilité :
La rationnalité dans les formes de sociabilité est une indication majeure des types de rapports sociaux entre les pauvres. Elle s’exprime par un investissement personnel plus ou moins prononcé dans certaines activités tout en négociant le droit de participation.
Cela consiste à procéder par des mises relativement faibles en fonction de ses moyens. A l’occasion par exemple de certaines cérémonies (mariage, baptême, etc…) un modeste « ndawtall » (cadeau) est donné et les personnes qui n’ont pas les moyens offrent un soutien physique dans l’organisation des festivités. Le recours aux réseaux familiaux de voisinage et associatifs sert dans beaucoup de cas à satisfaire des besoins spécifiques sans un investissement monétaire au préalable de l’acteur. Les propos recueillis auprès de M.D., 40 ans à Thiossé, rendent compte de l’utilité de cette forme de socialité :

« je fais partie
d’un dahira mouride et tous les mercredis nous cotisons 100Frs. Au bout de
quelques mois nous avons eu 500.000Frs. Avec cet argent nous avons acheté des
sacs de riz à Thiadiaye. Ces sacs sont revendus en plusieurs tranches aux
membres du Dahira à 9.000Frs à crédit et nous payons selon nos moyens
disponibles. Si un membre a un problème urgent à régler (santé, décés, baptême)
le trésorier lui fait un prêt et il paie selon ses capacités. La caisse du
Dahira a toujours fonctionné ainsi et il n’y a jamais eu de
problèmes ». Les ressources
tirées des réseaux familiaux et de voisinage servent aussi à combler certains
déficits au niveau des postes de dépenses domestiques.
3°/- Gestion des loisirs :
Confrontées à un déficit infrastructurel en équipements socio – culturels et sportifs, les populations pauvres accordent peu d’importance à leurs loisirs. L’essentiel des loisirs se limite à l’organisation de séances de thé, de rencontres sportives qui n’exigent pas des moyens financiers et matériels énormes. La réduction des loisirs à leur plus simple expression est surtout favorisée par la rareté de l’emploi accompagnée d’un manque de revenus qui, même s’ils existent sont dépensés de manière rationnelle. Cependant la gestion des loisirs est essentiellement tournée vers la recherche de profits comme moyen d’attraction de ressources.
4°/- Stratégies de camouflage :
La conception que les personnes pauvres ont de
leur état de vulnérabilité, combinée à la notion de « sutura » (amour
propre) et à la valorisation de soi font que diverses tentatives de camouflages
surviennent dans le vécu quotidien des acteurs.
Parmi ces stratégies on peut retenir le refus
de recourir à d’autres pour la satisfaction de ses besoins, la non
participation à des groupements de « mbotay » ou de tontines au
risque de montrer ses carences et ses limites.
L’expansion de la notion de « sak »
(orgueil / amour propre) est une donnée constante partagée par les couches les
plus pauvres. Tous les manquements sont
enfouis volontairement dans cette notion, elle sert également de mesure de
coveillance et de protection de soi pour éviter les cas de commérages qui
minent les relations sociales, particulièrement chez les femmes.
En évitant ainsi de s’exposer à des risques, les pauvres prennent le soin de mettre un voile sur certaines pratiques qui paraissent dévalorisantes aux yeux de la société. Cette situation justifie parfois le recours timide à son réseau personnel de relation pour éviter les cas de dévalorisation de soi. Une tendance majeure consiste à se rendre très tôt au marché pour ne pas croiser certaines de ces connaissances. De manière générale la référence à la religion pour masquer sa misère est un fait remarqué. L’expression souvent prononcée, « afeeru talibé la », « da ñuy dundu dundu talibé », (nous menons une vie modeste), semble porter un principe religieuse qui fait référence à la suffisance et à la modestie de l’être spirituel, mais cache en réalité la vulnérabilité dont ils sont victimes.
5°/- Les inscriptions dans les espaces
publics :
Les modes d’organisation sociale en milieu
urbain aussi bien qu’en milieu rural, s’établissent en investissant les espaces
sociaux propices à l’épanouissement des populations concernées. Ces espaces
accueillent dans la plupart des cas, des pratiques plus ou moins orthodoxes qui
traversent toutes les catégories sociales. La place publique est l’espace
privilégié de rencontres entre les habitants dans le but d’un échange d’information
entre eux et / ou avec des partenaires extérieurs. Elle sert également de lieu
de négociation et d’organisation de différentes activités socio – culturelles.
Les personnes les plus sollicitées dans ces cas sont généralement détentrices
de ressources symboliques, ou se recrutent au niveau de certains milieux
influents. Au delà de cet aspect, la vie sociale s’organise autour des
fontaines publiques, lieux de contact entre les femmes et une occasion pour
échanger des informations et faire des commérages.
En milieu urbain, le décor reste marqué par la
prolifération des petites tables devant les maisons et par la forte présence
d’individus, surtout les jeunes devant les maisons et sur les bancs publics. Ce
qui donne aisément une idée de l’ampleur du désœuvrement et de l’inactivité
chez les jeunes. Tandis qu’en milieu rural, les espace sociaux sont relativement déserts à cause des mouvements
des populations vers les centres urbains.
II°/- LES STRATEGIES SOCIO – ECONOMIQUES DES
PAUVRES ET DES AUTRES COUCHES SOCIALES
Face à la persistance de la crise qui atteint
les différentes couches sociales dans leur vécu quotidien, on note de plus en
plus l’émergence de multiples formes de stratégies socio – économiques des
acteurs comme moyen de captation de ressources et de sortie de crise.
Ainsi, la stratégie la plus visible et qui
semble être la plus populaire demeure le recours au « Mbootaay », aux
« Tontines », « Natt », mais aussi le recours aux réseaux
politiques, confrériques, professionnels et les associations, qu’elles soient
de type formel ou informel. Dans les quartiers et villages de Thiés, Tivaoune
et M’bour, l’enquête de perception a révélé la quasi – unanimité du recours au
« mbootaay », « tontines » et « natt » comme la forme
la plus populaire de réponse à la crise, en se constituant une sorte d’épargne
de proximité en vue de régler des besoins spécifiques. Les mises ou cotisations
vont de 100Frs à 1000Frs et peuvent se faire de façon quotidienne où
hebdomadaire. Dans certains cercles, les cotisations s’élèvent à 500 ou 1000Frs
par semaine et concerne les petits fonctionnaires, hommes ou femmes ayant des
emplois précaires et des revenus irréguliers. Les tirages au sort se font
variablement par 1 ou 2 mois et la durée s’étale sur 3 à 6 mois ou entre 6 mois
et un an.
Mais si au niveau des villages l’objectif de
cette pratique s’explique par le besoin de s’équiper en biens matériels et
domestiques (lits, armoires, coiffeuses, ustensiles de cuisines, habillement,
etc…) ; dans les villes, les gains issus des tontines sont réinvestis dans
les circuits commerciaux et dont les bénéfices journaliers servent d’appoint à
la dépense quotidienne et à la gestion de l’espace domestique.

AF. 26 ans, mariée,
explique : « A Ngoumsane, la participation à la tontine du quartier
permet aux femmes soit d’entreprendre une activité lucrative, soit de combler
leurs carence en biens d’équipement. C’est mon cas, car mon mari n’ayant pas
les moyens, de m’acheter le reste de mon équipement ménager, j’ai participé à
cette tontine où il fallait donner la somme de 1000Frs tous les 5 et 20 du mois.
La tontine s’appelle « fonk sa jêkeur » (aimer et soutenir son mari).
Nous sommes 115 membres. Lorsque j’ai retiré ma mise, qui était de l’ordre de
100.000Frs, je l’ai investie dans l’achat d’une coiffeuse et des ustensilles de
cuisines, du matériel de vaisselles et bien d’autres choses encore qui me
manquaient….. ».
L’investissement au niveau des associations
informelles et de proximité comme les ‘’mbootaay’’, les ‘’tontines’’, et les
‘’natt’’ demeurent des systèmes de réponse à la crise et il faut ajouter à
cela, le recours au réseau politique et confrérique qui sont des moyens pour
les acteurs pauvres d’obtenir des relations d’entraide, d’assistance et des
rapports de réciprocité en vue de saisir cetaines opportunités.
Cette forme d’investissement ne concerne pas
que les femmes et il faut souligner de plus en plus l’implication des hommes
dans différents réseaux sociaux capables d’être mobilisés en cas de besoin.
Chez les jeunes filles par contre, le phénomène le plus répandu comme stratégie
de résistance à la crise est l’adoption de pratiques sociales déviantes de plus
en plus tolérées par la famille et son environnement. C’est l’exemple du
système de « mbaraan » qui se traduit par le fait de sortir avec
plusieurs petits amis dans le but de résoudre ses besoins à plusieurs
niveaux :

ND. M. ND. 21 ans célibataire
« Ici dans notre quartier, plusieurs jeunes
filles et même des femmes divorcées pratiquent le « Mbaraan »
(collection de petits copains). Moi - même je le fais pour régler mes petits
besoins. Je ne travaille pas, mon père est retraité et j’ai quatre sœurs et
trois frères. Seule ma grande sœur travaille et c’est elle qui aide mon père
dans le paiement des factures. Je n’ai personne pour m’aider alors je ne compte
que sur les hommes pour m’en sortir. J’ai un « copain » menuisier et
avec ce qu’il me donne (1000Frs ou 1500Frs par semaine) j’achète des effets de
toilette et je garde un peu d’argent de poche pour l’achat de glaces au
quotidien (j’ai en charge cette dépense).
L’autre copain travaille à Dakar il est informaticien
il vient une fois par mois et il me donne 15000Frs tous les fins du mois, avec
cet argent j’achète des tissus et paie la couture (entre 1000Frs et 3000Frs,
cela dépend du modèle), parfois aussi je dépanne ma mère. Seul le copain de
Dakar est officiel, mes parents ne connaissent pas le menuisier. Lui c’est pour
régler les petits problèmes. Presque toutes les filles agissent comme moi,
parce que les hommes ne gagnent plus assez et ils ont trop de charges, alors
ils ne nous donnent que les « ñamals » (un peu d’argent). La petite
somme qu’ils nous donnent ne nous sert à rien, raison pour laquelle nous gérons
plusieurs « copains » pour avoir plusieurs opportunités ».
Cependant, il faut remarquer que malgré
l’adhésion populaire aux « mbootaay et
tontines », il n’en demeure pas moins que les résultats enregistrés
soient mitigés, en raison d’abord de la conception de la majorité des femmes
intérogées trop portées vers l’achat d’habillement et de bijoux de valeurs que
le réinvestissement du capital accumulé dans des activités plus rentables,
capables de générer des ressources additionnelles. Trop souvent, les gains
acquis au niveau des tontines servent à régler un problème immédiat et l’acteur repart à zéro.
En seconde analyse, l’enquête a révélé comme
deuxième aspect de stratégie socio – économique des pauvres, le recours à
l’investissement où la reconversion dans d’autres métiers où activités comme le
commerce, la restauration, la pratique du maraîchage qui sont des procédés
simples de captation de resources ne nécessitant pas de gros investissements.
Les cibles visées ont été les jeunes (filles et garçons), les femmes et les
hommes d’âge mûr qui, à un moment précis ont basculé dasn la précarité, et
trouvent dans ces recours, le seul moyen de surmonter la crise. Dans les
villages de Tassette, Keur Lamane et Ngoumsane par exemple, les jeunes se sont
reconvertis, après l’échec scolaire et à défaut de faire partie du lot des
migrants, dans des métiers considérés comme ‘’non rentables’’ comme la
mécanique, la maçonnerie, la menuiserie de bois ou du métal, apprentis –
chauffeur etc… C’est ce que les jeunes appellent du ‘’japandi’’ (travail
provisoire). En ce qui concerne les jeunes filles, l’activité principale est le
petit commerce de denrées alimentaires issues du maraîchage, et des fruits de
saison, mais aussi dans la vente de certains plats tels que le ‘’fondé’’
(bouillie de mil), le ‘’nambé’’ (haricot à la sauce), le couscous en pot de 50
et 100frs, les sandwichs, le ‘’tiakri’’ ou le ‘’ngalaax’’. Cette situation
s’explique par le fait que dans les centres urbains, en raison de la
persistance de la crise, beaucoup de jeunes s’émancipent du petit – déjeuner et
du dîner qui tendent à devenir une affaire individuelle. C’est ce qui explique
l’existence un peu partout de boutiques, d’étables à tous les coins du rue avec
un commerce de détail très prononcé. Dans les villages visités, l’enquête a
révélé un fort taux d’exode des jeunes filles en direction des centres urbains
(Thiès où Dakar) pour travailler comme domestique et participent aussi à la
gestion de l’économie familiale. Les retours, à l’occasion des grandes fêtes
(Tabaski, Vacances) sont de grands moments pour renflouer le budget familial
après des mois d’économie dans les centres urbains.
L’investissement des jeunes dans des activités
de production a été ainsi noté un peu partout au niveau des villages.
C’est le cas à Ngoumsane où un projet
maraîcher implanté au début par les Italiens, a été repris par des jeunes dont
la spécialité est la culture des plants de salade.

A.F, 59 ans, marié, habitant de Ngoumsane
explique : ‘’le projet marécher’’ des Italiens est en réalité un vaste
domaine transformé en jardin par des scouts Italiens dont l’objectif était au
départ d’initier les populations de la localité, surtout les femmes et les
jeunes à la pratique agricole. Au départ des Italiens, il y a eu un petit
moment de flottement et d’abandon du jardin. C’est par la suite que les populations
ont eu l’idée de creuser à l’intérieur du périmètre, des puits pour permettre
le ravitaillement en eau du carré sur place car le forage tombe constamment en
panne. De ce fait, beaucoup de jeunes (une cinquantaine ) viennent occuper des
plants de salade entre 6 à 12 plants selon leurs capacités. Un plant de salade
a pour dimension 1m/10. Actuellement le projet est géré par une famille qui a
eu l’idée de creuser d’autres puits.
Les plants de salade sont vendus entre 6000 et
7000Frs selon les saisons. La spécificité de ce projet, c’est que 3 types
d’emploi occupent plus d’une cinquantaine de jeunes du village :
1-
Ceux qui
exploitent un où plusieurs plants
2-
Ceux
qu’on embauche pour l’arrosage des plants payés 7000F/mois
3-
Les
femmes qui rachettent les récoltes en gros pour les revendre au détail.
Dans le village, c’est l’unique projet qui
donne de l’emploi aux jeunes et génére des ressources….
Cet exemple montre qu’il arrive parfois que là
où les projets communautaires subissent des échecs, des initiatives individuelles
et familiales réussissent en raison de l’unicité de la responsabilité.
L’enquête a aussi révélé l’importance du
commerce dans les stratégies socio-économiques des pauvres, surtout chez les
femmes qui semblent occuper l’essentiel du commerce de détail dans le secteur
informel. Le plus souvent, les gares routières, les marchés, sont les lieux
privilégiés des acteurs qui, poussés par la crise, côtoient ces lieux à cause
de ce qu’ils appèlent généralement le ‘’lijenti’’, le ‘’fortatu’’ dont la caractéristique
première est l’incertitude quand au règlement de ce qu’on va chercher. Aussi,
dans les centres urbains, les gares routières, sont côtoyées par les
restaurateus, les vendeurs à la sauvette, les négociants qui, chacun en ce qui
le concerne, tentent sa chance par n’importe quel moyen. C’est également au
niveau des lieux cités que l’essentiel des réseaux d’appartenance, politique,
confrérique où autre s’exprime. C’est l’exemple de A.A.NG, 70 ans, veuve, 5
enfants et habitant Ngaye Mékhé, restauratrice de sont état qui, de par son
activité qu’elle exerçait près de la gare routière, a eu l’occasion de nouer de
solides relations et de bénéficier d’un réseau politique dense, qui lui a
permis d’être responsable P.S des femmes de Ngaye Mékhé. Les gains tirés de son
commerce, de ses activités politiques, ont été réinvestis dans l’émigration de
ses deux fils en Italie.

A, A, NG : 70
ans, veuve, Ngaye Mekhe.
« J’ai
70 ans, je suis restauratrice et nous avons fait ce travail toute notre vie.
Quand ma mère avait commencé la restauration à Ngaye, beaucoup de femmes
n’avait pas encore cette idée. Elle avait commencé avec une petite marmite
de 2kg. C’était pour les chauffeurs qui faisaient le trajet (Dakar – Thies –
Pekesse - Thilmakha), Ngaye était un carrefour pour les traitants et les
négociants. Grace à cette activité ma mère a construit un batiment de 4 pièces
(en ces temps là, il n’y avait que des cases dans le quartier). Très jeune,
j’aidais ma mère ; à sa mort, j’ai pris la relève, aujourd’hui j’ai un
restaurant en ville à la gare routière et je prépare plus de 30kg de riz les
jours de « louma ». Nous pouvons faire des bénéfices de 25.000Frs –
30.000Frs / jour (le lundi jour de louma). Les autres jours nous avons des
bénéfices de 3000Frs, 5000Frs ou 10000Frs. Au niveau de la maison, nous n’avons
pas de problèmes de dépenses, l’alimentation vient du restaurant, la nuit s’il
reste de la nourriture nous le réchauffons pour le dîner, sinon les lundis
(jour de louma tous les plats sont vendus), nous préparons un repas à la
maison. J’ai cinq enfants, les deux sont à Dakar (l’un est marié et l’autre
fait ses études à l’université) les deux autres sont en Italie et ma fille
cadette s’occupe de la gestion du restaurant. Je suis trop vielle maintenant je
reste à la maison et je gère la petite boutique (vente de lait, sucre, café,
bonbons, petits condiments, en détail), avec cette activité, je peux aider mes
voisins (crédits) quand ils ont des problèmes pour la dépense. Tout ce que j’ai
gagné je l’économise pour mes enfants. Mes fils sont partis à l’étranger grace
à cet argent. Avec mon travail j’étais le responsable du comité PS des femmes
de Ngaye. Grâce à cette activité, j’ai fait le pèlerinage à la Mecque (1988)
c’était le maire de la ville qui m’avait offert le billet. Le fait de militer
dans un parti peut te permettre d’avoir beaucoup plus d’opportunité qu’une
citoyenne simple. Mais même si tu n’as pas cette chance il faut toujours
travailler, avoir des idées et de la volonté « yaafuss rèka bonn »(la
paresse est un mauvais défaut).
Ici à Ngaye les femmes sont aussi méritantes
que les hommes : les hommes sont à Mborro acheter des légumes pour les
revendre sur le marché, les femmes font du petit commerce ou travaillent comme
des domestiques. Les autres qui ne travaillent pas font du « taamu »
(choix), le manque d’occupation et le manque de revenus font qu’ils ne peuvent
rien avoir et les poussent à commettre des actes répréhensibles (vol, drogue,
…). Le problème au Sénégal c’est de changer de mentalité, on ne peut pas rester
les bras croisés et attendre que l’Etat fasse tout, ce n’est pas
possible. »
D’une manière
générale, chez les hommes, la reconversion dans d’autres secteurs a été plus
notée au cours de l’enquête. Cette situation concerne plus les urbains que les
ruraux qui dans la majorité des cas s’adonnent à l’agriculture.
Ainsi, la reconversion dans d’autres activités
visent, en plus de stratégies de sortie de crise, l’investissement au niveau
des jeunes et adultes dont le seul désir semble l’immigration. C’est l’exemple
de M.S, 72 ans, habitant Darousalam (Thies) dont sa reconversion semble, comme
c’est le cas pour A.A. NG, de Ngaye Mékhé, avoir porté ses fruits.

M.S., Darou Salam Thies.
« J’ai 72 ans et j’habite ce quartier
(Darou Salam / Thies) depuis 12 ans ; avant j’habitais à la cité des
cheminots. J’ai acheté cette parcelle en 1985 à 100.000Frs, je l’ai construit
petit à petit, 2 bâtiments de 4 et 3 pièces. Je suis venu m’installer ici avec
ma famille (mes deux femmes, neuf enfants et 2 nièces) à ma retraite en 1989,
j’étais technicien à la régie des chemins de fer.
J’ai une pension de 45000Frs par mois, cette
somme ne sert à rien surtout si tu as une grande famille et des enfants qui ne
travaillent pas, alors je me suis investi dans l’élevage de moutons en 1991.
J’ai démarré avec trois moutons (un ami qui faisait de l’élevage m’a vendu des
brebis de bonne race à 50000Frs et en 1997 à l’occasion de la tabaski, j’ai eu
plus de 2 millions grâce à la vente de tous mes moutons (le mouton le moins
cher, je l’ai vendu à 120.000Frs). Avec cet argent j’ai réglé un visa pour
l’Italie à mon fils ainé et il est parti depuis 3 ans. Maintenant c’est lui qui
gère la maison, il m’envoie tous les mois 100.000Frs environ et je n’ai plus de
soucis dans ce domaine, j’ai recommencé l’élevage depuis l’année dernière, j’ai
en ce moment 15 moutons et je compte répéter l’opération de 97 l’année
prochaine Inch allah, et je pourrai envoyer Mactar (mon second fils) en Italie
ou aux Etats – Unis. Avec deux enfants à l’étranger je n’aurai plus de soucis
pour l’avenir de mes enfants. »

De manière générale, les portées et les
limites objectives des différentes stratégies socio – économiques des pauvres
demeurant principalement la non prise en compte du long terme dans les
activités menées. Les ‘’mbootaay’’ et les ‘’tontines’’ malgré l’adhésion
populaire qu’elles suiscitent ne traduisent pas dans les faits leur efficacité
dans les tentatives de lutte où de réduction de la pauvreté. En effet, une fois
que les acteurs, ont ‘’enlevé’’ leur mise, les gains serviront au règlement
rapide d’un où de plusieurs besoins restés en l’état et tout est à recommencer.
Les tontines sont donc des réponses immédiates
à des problèmes ponctuels qui se posent aux acteurs, ce qui fait son caractère
précaire.
Confrontés aux difficultés quotidiennes, les
jeunes tendent de plus en plus vers l’exode où la migration qui sont considérés
comme des moyens pour sortir de la crise.
L’exode est cependant plus marqué au niveau
des villages (Keur Lamane, Tassette) à Thies, (Malincounda Bambara à Mbour),
(Pekesse et Thilmakha) à Tivaoune, le phénomène le plus en vue chez les filles
et garçons dont les destinations sont Thiès, Dakar et M’bour à cause des
opportunités que ces villes semblent présentées.
L’observation au niveau des villages et
quartiers visités montre que la majorité des populations pauvres vivent à
l’image du ‘’goorgoorlu’’ (sorte de débroullardise quotidienne) dans sa
démarche quotidienne pour assurer sa survie.

Y.B, 50 ans, chomeur est l’exemple le plus illustratif
à cause de trajectoire sociale d’abord, mais surtout à la diversité de ses
stratégies déployées quotidiennement pour sa survie et les différents réseaux
auquel il tire chaque jours des services.« En chômage depuis la fermeture
de l’hôtel où je travaillais j’ai d’énormes problèmes pour assurer la dépense
quotidienne. Malgré ma petite famille, une femme et quatre enfants, j’avais
opté pour une petite famille pour pouvoir éduquer et nourrir mes enfants
correctement, je me suis retrouvé avec 10 autres personnes en charge : la
sœur de ma femme, son mari qui a lui aussi perdu son travail à Dakar, et leurs
cinq enfants ; ma fille ainée et ses deux enfants. Ils avaient tous des
problèmes pour se loger et comme la maison est grande, ils sont venus s’installer
ici et sont tous à ma charge. Mon gendre est à la recherche d’un travail (il
est cuisinier), le mari de ma belle sœur fait du petit commerce mais il ne
gagne pratiquement rien de cette activité.
Pour assurer la dépense, je fais du journalier
un peu partout. Avec mes diplomes et
mon expérience, les hôtels font parfois appel à moi mais c’est seulement pour
une journée ou une nuité de travail payée 1500frs ou 1800frs. A part ce
travail, j’ai un ami fonctionnaire qui a une voiture de service, parfois je
l’emprunte la nuit pour faire du taxi clando avec. Je fais des courses entre
Mbour - Saly, Mbour - Joal, ou à l’intérieur de Mbour et pour une nuit je peux
avoir 2000frs – 3000frs ou 5000frs. Si je n’ai pas cette voiture, je vais dans
les parkings des hôtels, des services, des restaurants et je nettoie les
voitures. Avec les ‘’toubabs’’, j’ai de bons pourboires, sinon, pour chaque
voiture lavée j’ai 200frs ou 300frs. J’ai aussi des amis dans les différentes
stations radio de la ville, ils font parfois appel à moi et j’anime des
émissions : sur les jeunes, la prévention du SIDA, les ASC,
l’assainissement des quartiers etc …, ce n’est pas une vie, je commence à
vieillir et je ne pourrai pas faire ces petits travaux indéfiniment.
Pour cette nuit j’ai gagné 2000frs avec le
taxi clando, j’ai donné 1800frs à ma femme et il ne me reste que 200frs en
poche pour acheter des cigarettes. Ma femme va se débrouiller avec cette somme,
nous n’avons ni riz, ni huile, c’est comme ça tous les jours, nous vivons au
jour le jour. Le déjeuner est toujours préparé mais pour le petit déjeuner et
le diner, c’est l’achat du « fondé » ou la préparation du
« gossi » (riz au lait)…. »
En définitive les stratégies socio – économiques des pauvres et des autres couches sociales sont une réponse aux nombreuses contraintes de la vie et dont l’ampleur de la pauvreté ne fait qu’accentuer davantage. Une observation rigoureuse de l’évolution du Sénégal fait ressortir de plus en plus une pauvreté féminine dont les causes sont à chercher au niveau du statut particulier de la femme dans nos sociétés, mais aussi au manque d’éducation, de formation et à un fort taux d’analphabétisme qui les caractérisent. A ce niveau, l’entrepreunariat féminin qui se développe à grande échelle est une tentative de réponse à la crise. Ce défaut d’éducation et de formation, les jeunes le partagent avec les femmes car de plus en plus, l’exode et l’imigration sont devenus chez cette catégorie la stratégie prioritaire, dans la mesure où l’éducation ne donne plus les résultats escomptés. Même l’apprentissage de métier, au niveau des localités visitées est considéré comme du ‘’japandi’’ (travail provisoire) en attendant de trouver mieux car il faut dire que les travaux ne sont pas rentables.
III-/- ANALYSE DU ROLE DES INSTITUTIONS DANS LA
REDUCTION DE LA PAUVRETE
L’élargissement de la pauvreté a occasionné l’existence et la fonctionnalité d’un certain nombre d’institutions formelles et informelles. L’organisation des individus en associations ou groupements est apparue comme une innovation majeure dans la lutte contre la pauvreté. Les effets de la pauvreté consécutifs au désengagement de l’Etat, à la crise économique, à l’exode rural, aux programmes d’ajustement structurel (P.A.S.), à la dévaluation du Francs C.F.A. etc, ont renforcé l’intérêt suscité par le dispositif institutionnel.
Cependant, les actions des O.N.G., des
organisations communautaires de base (O.C.B.), n’ont pas encore fait l’objet
d’une étude systématique dans le domaine de la pauvreté, et d’un suivi
permettant de caractériser ce qui a été tenté en faveur des groupes les plus
pauvres. Les couches sociales désignées comme pauvres et l’identification des
mécanismes producteurs de l’inégalité, ainsi que les recompositions qui
tournent le dos aux institutions sont moins bien étudiés. Des tentatives sont
de plus en plus nettes au sein de la communauté des bailleurs de fond, de
contourner le pouvoir central, ce qui forge une croyance injustifiée en la
force et aux capacités de la société civile. Cette idéologie devient, dans
certains des cas, un instrument de captation des resssources étrangères dont
l’utilisation, dans l’intérêt de la collectivité est loin d’être garantie.
L’appui de ces ONG se limite bien souvent à la
fourniture de moyens où à des formations qui aboutissent à rendre les
organisations de base prisonnières de modèles organisationnels importés, qui
sont dans la plupart des cas inadaptés et castrateurs de la créativité
populaire. La finalité des O.N.G. est d’identifier des partenaires qui
s’inscrivent dans la logique de leurs réseaux sans une réelle prise en compte
des besoins spécifiques des populations. Les stratégies qui se sont développées
ne permettent pas encore un changement qualitatif dans la vie des groupes
sociaux. Les logiques clientélistes ont renforcé davantage les inégalités et
les rivalités entre associations locales. Les efforts accomplis sont toutefois
anéantis par les marques de territoriarisation des O.N.G. et l’inexistence de
réciprocité et de mise en commun des ressources pourtant réputées rares.
Deux hypothèses majeures peuvent être dégagées
à l’issue de l’investigation sur les mécanismes de fonctionnement des
institutions formelles et uniformelles.
- La multiplication des ONG et des OCB ainsi
que la diversification de leurs activités s’effectuent parallèlement à
l’élargissement de la pauvreté.
- La présence de ces institutions dans les
zones réputées pauvres s’accompagne d’une déconnection institutionnelle et d’un
sentiment de non implication des populations au niveau des centres décisionnels.
Concernant les institutions gouvernementales
(AGETIP, PNC, PELP, les collectivités locales, etc…), les populations
méconnaissent dans la plupart des cas, leurs rôles et fonctions spécifiques.
Des projets de petites envergures mis en œuvre sont combinés avec
l’inefficacité au plan de l’intervention. Les rapports entre les intitutions
gouvernementales et les populations sont souvent conflictuels créant parfois
une insécurité sociale. Les cas les plus cités par les populations concernent
les politiques de régularisation foncière et l’assainissement des espaces
habités.
Les institutions de type bilatérale s’occupent
de la mise en place de grands projets communautaires (construction et
équipement de forages, écoles, centres de santé, etc…). La pérennisation de ces
infrastructures et la prise en charge des frais de fonctionnement et
d’entretien causent des soucis majeurs chez les populations les plus pauvres.
L’essentiel de ces infrastructures sont inopérationnelles à cause des manques
de ressources necessaires à leur fonctionnalité.
Les institutions financières privées (FDEA,
PAMECAS, ENDA - CAISSE, etc…), ont comme interlocutrices principales les
femmes. En faisant majoritairement recours à ces types d’institution, les
femmes arrivent à s’insérer modestement dans le tissu économique et à y tirer
des ressources réinjectées pour la plupart dans l’économie domestique.
Cependant elles sont confrontées à des contraintes d’ordre, économique,
affectif, mais aussi aux conditionnalités contraignantes posées par ces institutions.
Les notions de « nawlé » (coveillance) « sutura »
(dignité), de « mbañ ngacce » (refus du déshonneur) souvent évoquées
comme des normes sociales coercitives à l’intérieur des groupes, conjuguées au
manque de revenus des femmes pauvres limitent leur participation à la vie de
ces instutitions.
S’agissant des institutions publiques, les interrelations avec les populations ne
se déroulent pas toujours dans la direction souhaitées par ces dernières (cas
d’imposition des délégués de quartier qui entretiennent des rapports
clientélistes avec une partie des habitants de sa localité).
Il se dégage de cette analyse institutionnelle
que malgré la concentration et la prolifération des institutions formelles et
informelles dans la région de Thiès, les couches les plus démunies vivent dans
un état de pauvreté très avancé. Il faut aussi souligner la forte concentration
d’ONG dans des zones rurales accessibles (Notto, Thienaba etc.) au détriment
d’autres villages enclavés et particulièrement pauvres.
Cette perception mi négative, mi positive, de
l’action des institutions chez les couches pauvres se justifie par un manque de
visibilité des actions, l’insuffisance et l’accés difficile aux crédits, les
bénéfices insignifiants, les critères d’éligibilité discriminatoires, la
satisfaction personnelle de certains acteurs au détriment de la communauté etc.
Autant d’éléments qui se traduisent par une
déconnection institutionnelle de plus en plus remarquée chez les pauvres,
particulièrement chez les jeunes et les personnes agées contrairement aux
femmes qui sont la catégorie la plus ciblée de ces institutions.
Ces institutions peuvent être regroupées en
deux catégories essentielles : Les institutions formelles et les
institutions informelles.
On retrouve dans ce lot principalement les institutions étatiques, les ONG locales et internationnales, les associations communautaires de base etc. Environ une trentaine de structures locales et étrangères appuient l’Etat dans l’amélioration des conditions de vie des populations urbaines et rurales au niveau de la Région. S’agissant de l’Etat les populations reconnaissent son incapacité à satisfaire leurs besoins. Elles se sentent abandonnées de plus en plus par le pouvoir central, même si ce désengagenment de l’Etat s’effectue parallèlement à l’arrivée d’autres structures en milieu urbain et rural.
Mieux cette déconnexion des populations par rapport à l’Etat a favorisé leur organisation et la prise en charge de la réalisation de certaines infrastructures primaires.
C’est le cas des habitants du sous quartier
DVF (derrière la voie ferrée) à Pire qui se sont eux - mêmes côtisés en raison
de 25000frs par maison pour se brancher au réseau d’adduction d’eau de la SDE.
Le déficit a été complété par de bonnes volontés (particulièrement les
émigrés). Ainsi 11 millions de franc ont pu être collectés pour
l’approvisionnement en eau potable de tout le quartier. Les habitants du
quartier Darou Salam à Mbour ont eux aussi procédé à la construction de deux
classes supplémentaires au niveau de l’établissement à partir de leurs propres
ressources.
Ces exemples peuvent être multipliés dans la
Région et touchent particulièrement la satisfaction des besoins primaires des
populations. Cette rupture institutionnelle entre l’Etat et les populations
s’accompagne de conflits récurrents entre les deux parties. Les cas de
spéculation foncière dûs à l’extension des communes au détriment des
communautés rurales, la vente de terrains par le conseil rural à des étrangers
opposent fréquemment les populations et les collectivités locales. Le sentiment
d’expropriation de leur patrimoine foncière nourri par les populations justifie
leur non intégration dans certaines activités de l’Etat et les relations
conflictuelles qu’elles entretiennent avec les autorités politiques.
Les expériences des ONG sont d’un appui
considérable dans le domaine socio économique, car leurs actions portent
généralement sur l’amélioration du cadre et des conditions de vie des groupes
particulièrement vulnérables. Parmis elles on peut noter l’action de Plan
Internationnal qui est considérable au niveau de la Région de Thiès. Son action
porte sur la fourniture de médicaments aux paysans, le parrainage des enfants,
la construction de bornes fontaines, de latrines dont les travaux sont confiés
aux ouvriers ruraux. Il s’occupe également d’accorder des crédits aux
groupements de promotion féminine et intervient aussi dans le domaine de
l’éducation par la fourniture de matériels et d’équipements scolaires. Des
centres de formation ainsi que des programmes avicoles (poulaillers),
parallèlement à la construction de forages dans un nombre important de villages
ont permis aux populations rurales de s’adonner à des activités de contre
saison. Mais à ce niveau l’essentiel de ces grands projets communautaires
connaissent des difficultés de fonctionnement à cause de la mauvaise gestion
des structures et du manque de suivi. Le manque de formation des populations et
leur faible pouvoir économique en sont les principales raisons.
A coté de Plan International, d’autres
institutions multiplient leurs activités dans la région pour soulager les
populations urbaines et rurales du poids de la précarité et de la crise. Parmis
ces institutions le PDEF (Programme de Développement de l’Enfant et de la
Famille) peut être considéré comme une expérience réussie dans la lutte contre
la pauvreté et suivi par d’autres qui ont initié des actions qui mériteraient
d’être encouragées, telles que TOSTAN, GRAIM (groupe de recherche et d’appui
aux intiatives mutualistes), ASPAB (Association Sénégalaise pour la Promotion
de l’Agriculture Biologique), etc.
v Le PDEF : Une expérience
réussie :
Le PDEF est une association locale avec
différents programmes et des managers locaux qui ont chacun leur propre autonomie. Il est lié par un
protocole d’accord avec le CCF (Christian Children’s Fund) qui est son
principal bailleur et son intermédiaire avec les autres partenaires et dispose
d’un réseau de parrains en faveur des enfants pauvres. Le personnel du PDEF est
constitué de membres résidents dans leur aire d’exécution et qui connaissent
bien leur communauté. Leur travail consiste à identifier des enfants issus des
familles les plus vulnérables en se basant sur des critères d’éligibilité
spécifique. Exemple le revenu familial doit être inférieur à 50000frs cfa par
mois. Les enfants orphelins ou handicapés sont aussi les cibles privilégiées du
PDEF. La description de l’environnement familial des enfants pauvres avec des
photos à l’appui constitue le dossier de chaque enfant. Le dossier est transmis
au C.C.F. qui l’intègre dans son réseau de parrainage. Le conseil
d’administration du C.C.F. est constitué des parents pauvres, de sorte qu’ils
soient impliqués dans tous les processus de prise de décision et dont
l’autorité peut sanctionner les activités du bureau. Ceci est un moyen de
contrôle sur les membres du bureau si toutefois ils étaient tentés d’enrôler
des enfants uniquement en fonction des liens entretenus avec certaines
familles. Débuté en 1986 par un programme d’éducation logé au niveau des
établissements scolaires, le PDEF est devenu depuis les années 97 des
programmes communautaires. Il y a aujourd’hui 05 PDEF au niveau de la Ville de
Thies : Médina FALL, Diakhao et Ngenth, Cité Lamy, Mbour I, et celui de Randoulène
(jammi xaléyi) qui regroupe 12 quartiers.
Chaque PDEF dispose d’une autonomie de
gestion. Le marketing des enfants pauvres s’effectue à partir de
« Richmond » aux Etats – Unis, où se trouve le siège de C.C.F. Chaque
parrain côtise 20$ par mois pour le budget de fonctionnement du C.C.F qui en
tiré 4$. Le C.C.F. de Dakar prélève lui aussi 4$ et les 12$ restants sont
confiés au P.D.E.F d’appartenance de l’enfant parrainé. Cet argent est investit
dans deux axes prioritaires : L’éducation et la santé. L’objectif est
d’augmenter les chances de réussite scolaire des enfants pauvres et d’améliorer
leur état sanitaire. Ainsi donc les parents sont soulagés sur le plan
économique. Au niveau du PDEF ‘’jammi xaleyi’’, un sondage concernant une
centaine de maisons avait montré l’absence de garderie d’enfants dans les 13
quartiers. Sur les 300 enfants recensés, 16 fréquentaient une garderie publique
distante d’environ 2 km, 28 enfants étaient dans des « daaras » tout
le reste en âge prescolaire était à la charge des mamans, les paralysant ainsi
dans leurs activités socio – économiques. Au total 35 enfants souffraient de
cas de malnutrition chronique. La solution mise en œuvre a consisté à équiper
les ‘’daaras’’ (en tapis, armoires, tablettes, seaux hygiéniques, épanchement
de sables fuis, etc……..). 50 enfants ont été envoyés dans des ‘’daaras’’. La
mise en place et l’équipement de garderie communautaire prescolaire, dont la
garde des enfants est confiée aux filles du quartier a concerné 106 enfants.
Sur les enfants issus de 500 familles pauvres dans les 13 quartiers, 300
enfants étaient identifiés comme mal nourris, le PDEF était à 0,87% d’enfants
mal nourris en fin Mars 2001. Et sur 423 familles ne disposant pas de latrines
en 1997, il ne reste que 58 familles. Au plan sanitaire le PDEF assure en cas
de maladie 60% des frais d’ordonnance et 50% pour les frais hospitaliers. Des
postes de santé partenaires accueillent les enfants pauvres du PDEF ou la
consultation est de 50frs par enfant. Cette situation a favorisé une fréquentation
assidue des postes de santé, surtout pendant l’hivernage. La forte affluence
des enfants parrainés vers ces postes de santé conduits à la surcharge de
travail et un déficit en médicaments.
Ainsi le PDEF participe à hauteur de 100000frs
cfa dans l’achat des médicaments génériques (le PDEF effectue un bénéfice de
300000frs sur les 400000frs payés auparavent au niveau des pharmacies privées.
Aujourd’hui le poste de santé de « cité ñiax » qui est un partenaire
du PDEF est cité comme référence dans le milieu médical, tous les enfants issus
de familles pauvres y subissent un traitement médical continu.
Les mères de famille quant à elles ont suivi
des séances de sensibilisation, d’information d’éducation, et de communication
sur l’hygiène, l’allaitement maternel, le sevrage, la nutrition, la psychologie
de l’enfant, par des pédiatres et des psychologues. Par la suite une étude a
montré que sur les 500 mères de famille, seules une dizaine étaient en
activité, le PDEF les a regroupé dans un premier temps pour qu’elles
s’investissent dans la gestion des « marmites communautaires » pour
éliminer la faim dans ces quartiers. Les femmes ont été formées à la
préparation du principal aliment de base qui est le « ruyu xallé »
obtenu à partir des céréales locales. Le PDEF achète les produits alimentaires,
les condiments et les femmes s’occupent de la préparation des repas. Ensuite
les femmes ont été regroupées en GIE informel en se focalisant sur les réseaux
de voisinage, ce qui suscite un contrôle social réciproque. Les 12 groupements
ont reçu chacun un financement d’environ 1 million de francs CFA avec un taux
d’intérêt de 2% par mois, ce qui a permis aux femmes de s’investir dans
diverses activités (commerce, fripperie, artisanat, etc), et de se libérer
ainsi de la garde des enfants, qui, jusqu’à 6 ans, fréquentent les garderies
communautaires. Curieusement, seules les femmes castées (Laobé pour la plupart
d’entres elles) n’ont pas voulu s’investir dans ces activités. Parmis les
bénériciaires, la dame C.D. qui avait reçu un crédit de 10000frs a pu gagner
jusqu’à 300000frs en 6 mois ; elle a investi 5000frs dans l’achat de
beignets à la boulangerie et les a
revendu d’abord au marché, ensuite à l’hopital régional, à la gare routière de Thiès et aujourd’hui elle
dispose d’un réseau de vendeuses réparties sur l’axe Thiès – Dakar. Cet exemple
illustre bien que la réussite économique peut s’opérer par l’emprunt de
procédés simples et peu coûteux.
Ces résultats positifs enregistrés au niveau
du PDEF et des familles qui ont connu une nette amélioration de leurs
conditions de vie sont salués par tous les acteurs au niveau de la ville de
Thiès. C’est pourquoi 600 dossiers d’enfants pauvres sont en instance au niveau
du PDEF « jammi xaleyi » de Randoulène.
Ces résultats ont été obtenus dans une
envergure moindre par le projet PDEF du quartier Médina Fall, plus connu sous
le nom de « faggu » (prendre ses gardes), créé depuis 1988. Le projet
a enrôlé au total 1337 enfants issus de familles défavorisées.
Tous ces enfants sont pris en charges à 100%
sur le plan scolaire au niveau des écoles publiques 50% au niveau des écoles
privées. Sur le plan sanitaire, ils bénéficient chaque année d’une consultation
et d’une visite bucco – dentaire, de vaccinations (contre la tuberculose, la fièvre
jaune, l’hépatite B), et sont régulièrement déparasités. Chaque famille pauvre
reçoit un moustiquaire imprégné pour lutter contre le paludisme.
Ce projet a également favorisé
l’approvisionnement en eau potable pour 90 familles et l’exploitation de deux
champs : L’un de manguiers et l’autre pour le maraîchage. Cependant
l’effectif de plus en plus élevé du nombre d’enfants parrainés commence à être
lourd, d’où l’urgence dans le renforcement financier pour la prise en charge
correcte de ces enfants pauvres.
GRAIM (Groupe de Recherche et d’Appui aux
Initiatives Mutualistes) : Cette structure a démarré ses activités en 1996 en
regroupant les mutuelles de santé dont la première a vu le jour en 1989 à
Fandène. La mise en place d’un système mutualiste a pour objectif d’assurer la
viabilité des structures sanitaires en s’appuyant sur les populations en les
responsabilisant davantage d’une part, et de permettre, d’autre part l’accès
des populations les plus démunies aux soins sanitaires. Ce système qui se fonde
sur l’entraide et la solidarité entre les membres participe au financement de
la santé, à renforcer le système de prévoyance, en mobilisant des ressources
populaires dont les cotisations varient entre 100frs et 300frs. Il existe à ce
jour 40000 bénéficiaires répartis dans 21 mutuelles au niveau de la Région de
Thiès, avec un objectif d’intégrer d’ici cinq ans, 25% de la population dans le
mouvement mutualiste. GRAIM intervient également dans l’appui à la
décentralisation et à la formation citoyenne au niveau de cinq collectivités
locales (Fandène, Mboro, Keur Moussa, Djender, Pout). Cependant le retard noté
dans la cotisation a conduit à la mise en place de programmes d’alphabétisation
des femmes et de micro – projets de crédits, en prêtant attention aux exclus au
niveau de la commission sociale. Parallèllement aux programmes d’éducation et
de formation des mutualistes, des centrales d’approvisionnement, et d’achats
ont été installées produits de premiers nécessités (sucre, riz, huile, lait,
etc…), dont les crédits sont remboursables à la fin du mois. Une réflexion
autour des « talibés » a été entamées en partenariat avec les maitres
coraniques dont l’objectif est de coupler l’étude du coran, avec
l’alphabétisation et l’apprentissage de métiers au niveau des centres socio –
professionnels. En partenariat avec le BIT (Bureau International du Travail) ce
projet vise la couverture sanitaire et sociale des talibés, en créant des
possibilités d’indemnisation des maîtres coraniques et en faisant parrainer des
enfants par des familles au sein des quartiers.
Par le biais de l’épargne, les femmes peuvent
accéder à la proprété foncière, en s’acquittant d’une caution de 50000frs, les
parcelles dont le coût varie entre 200000frs et 250000frs sont négociés entre
la caisse, le chef de quartier et la mairie. Ainsi 25 femmes du quartier pauvre
de Médina Fall ont pu accéder à la propriété foncière.
Le second prêt sous forme d’achat de matériels
de construction se fait après le remboursement intégral par un système
d’épargne du premier prêt. La caisse s’occupe de la rénumération des maçons.
Les travaux de construction se déroulent étape par étape (mur de clôture
d’abord, fondation ensuite, deux chambres et toilettes après etc) et le
remboursement du coût global se faisait toujours par le système d’épargne et
est étalé sur plusieurs mois.
TOSTAN : est une ONG américaine qui contribue à
l’éradication de la pauvreté dans notre pays. En identifiant la pauvreté
éducationnelle comme un véritable fléau dans notre société, l’ONG s’investit
dans l’alphabétisation et la formation des pays pauvres. TOSTAN qui signifie en
wolof (éclosion d’œuf) mise sur l’éclosion du savoir dans notre pays. L’ONG est
installée dans tous les départements du Sénégal. 450 enseignants appelés
facilitateurs sont recrutés par TOSTAN. Un programme composé de 6 modules de
base constitue le tableau de bord de cette structure.
-
Démarche pour
la résolution des programmes (lecture, écriture et calcul)
-
Etude des
microbes et l’hygiène
-
Etude des 7
maladies les plus courantes chez l’enfant
-
Apprentissage
des notions élémentaires de gestion
-
Etude du
leadership (comment dirriger)
-
Etude de
faisabilité d’un projet
4 modules supplémentaires ont été initiés depuis 1995
-
L’excision et
santé de la femme
-
Développement
de la jeune enfance (depuis la naissance jusqu'à l’adolescence
-
Démocratie et
citoyenneté (comment voter)
-
Gestion
durable des ressources naturelles en collaboration avec l’ENCR (Ecole Nationale
des Cadres Ruraux) de Bambey.
Depuis trois ans un module de synthèse sur les droits
humains a été dispensé en ciblant des villages (50 environs) qui sont devenus
des villages défenseurs des droits de l’homme. La commune de Thiès a été
retenue comme commune de défense des droits humains. Au niveau des 450 villages
la durée d’apprentissage des modules est de 18 à 24 mois.
ASPAB : Cette ONG nationale a été crée depuis
1987 à partir d’un diagnostic de base sur la pauvreté qui faisait ressortir des
contraintes liées à l’accés aux ressources (terre, eau, semence, matériel agricole),
et des récoltes insuffisantes qui mettaient en péril la sécurité alimentaire
des populations rurales en agissant sur ces contraintes par des séances de
formation et de conseil etc. Les objectifs généraux de l’ASPAB sont :
-
Promouvoir
les pratiques écologiques en agriculture et en jardinage
-
Favoriser une
approche écologique du développement
-
Former les
paysans, jardiniers des villes, maraîchers ruraux, agents de développement,
organisations féminines, et autres populations en agriculture et maraîchage
biologique.
-
Régénérer les
sols épuisés par les monocultures
-
Contribuer à
l’amélioration et à la protection de l’environnement de l’homme.
Depuis son installation, les activités de
l’ONG, tournent essentiellement autour de l’assistance aux populations rurales,
en les dotant d’équipements et de matériels agricoles (puits, arrosoires,
semoirs etc…) en partenariat avec l’USAID ; 13 villages ont bénéficié de
ces équipements. Un autre programme également mis en œuvre consistait au
renforcement des capacités techniques de production et des capacités
organisationnelles des paysans. Une ligne de micro – crédits d’environ 9
millions, dont l’objectif est d’augmenter les capacités financières des paysans
a été dégagée, avec un taux d’intérêt de 10% fixé par les bénéficiaires eux
mêmes. Ce transfert de responsabilité et d’autonomie financière a permi l’achat
de semences et l’embouche bovine. Chaque année 350 paysans sont ciblés et
reçoivent des financements pour des activités de maraîchage, d’embouche bovine
et ovine. L’ASPAB s’occupe de l’achat des graines, du terreau, de la
fabrication et de l’élevage des plants jusqu’au moment de leur mise sous terre.
En contrepartie les populations bénéficiaires s’engagent à faire du
reboisement, à abandonner l’utilisation de produits chimiques et à constituer
des réserves fourragères par le compostage.
Ainsi il ressort de l’analyse intitutionnelle
qu’il existe une politique sectorielle qui ne prend pas en considération tous
ces aspects de la réalité sociale et économique. Il faut également souligner le
chevauchement des actions et le manque de coordination des ONG, même s’il
existe un cadre de concertation et d’échanges entre les acteurs du
développement, la réalité observée sur le terrain indique une distance sociale
entre les ONG. Les entretiens réalisés avec des agents et responsables d’ONG
ont permis de recueillir leur perception sur leurs propres institutions. Les
informations receuillies tournent autour de 09 points essentiels :
-
L’intérrogation
sur la légitimité et la justification de certaines institutions
-
L’absence de
contrôle dans la vie institutionnelle
-
La création
d’ONG sans un véritable programme de développement
-
Le manque de
suivi et d’évaluation des projets
-
Le
parachutage des programmes
-
La nom
implication des populations au moment de l’initiation des projets
-
Le déficit de
communication entre les ONG
-
La
multiplication des positions de rente dans la vie des institutions
-
La
coopération difficile avec les institutions gouvernementales.
Le développement économique s’opère à travers une division sociale croissante qui amène les pauvres à s’organiser eux mêmes dans les interstices délaissés par l’économie dominante. Cette forme de coopération informelle valorise des relations d’appartenance et de proximité. L’économie populaire dans les villes et les campagnes est déjà une alternative susceptible de se renforcer par une réflexion profonde sur la socialisation de l’économie. Le recours à ces institutions informelles est une pratique particulièrement répandue chez les femmes qui arrivent à gérer des activités communes mais aussi à trouver des financements en groupe à travers des cotisations des membres adhérents. Elles leur permettent de bénéficier de prêts et de participer à l’épargne. En effet, ces groupements ou associations réalisent une gamme élargie d’activités qui vont de la pratique du crédit, à l’alphabétisation en passant par l’épargne, l’exploitation de champs collectifs, de jardins maraîchers, d’embouches bovines, qui sont autant d’activités génératrices de revenus qui contribuent à l’amélioration des conditions d’existence des populations démunies.
La participation des femmes aux
« tontines » (système d’épargne rotatif très populaire, généralement
basé sur l’argent où sur des produits de consommation variés), leur offre un
éventail de services, car elles permettent de résoudre les besoins d’épargne et
de consommation immédiate qui seraient difficile de satisfaire autrement pour
des personnes ayant un faible pouvoir d’achat. Généralement il existe trois
formes d’association en fonction de l’âge et du statut matrimonial (jeunes
filles, femmes mariées, femmes âgées) et dont les gains sont dépensés
différemment. Les femmes agées sont pour la plupart membres de GIE où de GPF et
qui mènent des activités importantes (maraichage, jardinnage, embouche bovine,
etc). Les revenus tirés de ces activités servent à l’entretien de la famille
élargie. Les femmes mariées sont aussi membres de GIE ou GPF mais aussi des
tontines. Les gains qu’elles en tirent sont investis dans l’équipement
domestique et le renforcement du budget du ménage. Quant aux jeunes filles,
elles restent toujours confinées dans les tontines et l’essentiel des maigres
ressources qu’elles occasionnent (à cause de la faible mise 100 où 150frs par
semaine) sont dépensées à l’ocasion des cérémonies familiales (achat cadeaux ou
‘’ndawtal’’), et dans leur habillement.
L’exemple de ces deux groupements présentés ci
– dessous (« takku ligeey » dirrigé par M. D. et « Fonk sa
jëkër » dirigé par Y. N.), illustre parfaitement la forte mobilisation de
l’épargne et le recours de plus en plus prononcé à ces réseaux de sociabilité
qui peuvent servir d’amortisseur face à la crise.

« Je m’appelle M. D.,
j’ai 60 ans, mariée et j’ai 5 enfants. Mon mari réside à Touba je suis le chef
de cette famille, et je dispose d’une boutique au marché, en même temps je vends de la glace dans ma
maison, et du bois de chauffe. Je dirige un groupement féminin qui s’appelle ‘’takku
liguey’’ qui a été créé il y a plus de 15 ans avec l’aide des autorités. C’est
après le décés de la présidente Adji M’baye Diop que les femmes m’ont porté à
la tête de ce groupement. Nous avions commencé avec un moulin à mil et un
verger et l’essentiel des activités se déroulait à ce niveau. Les femmes, 104
membres au total, se relayaient à tout de rôle au moulin et à l’exploitation du
verger. C’est ainsi que nous sommes parvenus à avoir un fond de 270.000frs que
nous avions confié à la banque à Tivaoune. Pendant cinq années, cet argent a généré
des intérêts de 65000frs sans tenir compte des revenus tirés du moulin et du
verger (citrons, mangues etc) qui rapportaient 120.000frs par an. Le gardien
fait en même temps les arrosages, la cueillette et la vente des récoltes. Nous avons choisi de confier le verger à un
gardien car nous n’avions plus le temps de nous en occuper à cause des tâches
domestiques et de l’activité des femmes dans le commerce. L’activité des
membres du groupement est financée par l’argent de la récolte, des prêts de
15000frs par 3 mois avec un taux d’intérêt de 250frs par mois. Dès que les unes
remboursaient, on prêtait à d’autres et cela faisait le tour. Depuis le début,
il y a presque 20 ans, des femmes qui sont nées ici, ont grandi et font partie
maintenant du groupement et c’est ce qui fait que je sois si heureuse de
diriger un groupement aussi vieux et aussi bien soudé. Je constate depuis
longtemps que les femmes qui sont membres du goupement ont des conditions de
vie meilleures et certaines sont devenues des chefs de ménage dans leur
famille. C’est mon cas, et comme tu peux le constater, je dépense 2500 à
3000frs par jour et assure à mes enfants une bonne qualité de vie. Les femmes
sont plus aptes que les hommes pour certaines activités comme le commerce
fruitier et le maraîchage. La seule recommandation que nous formulons est le
système de crédit car le groupement, a les moyens de payer, mais nous ne
voulons pas de petit crédit. Le verger est très rentable, mais n’est pas
exploité à fond, et manque de clôture et de suivi ».
« Y. N., 32 ans, 6 enfants, je fais du
commerce, je suis Wolof et j’habite Niandaxoune. Je suis la 2ème
femme de mon époux, je dirige un groupement de 122 personnes dénommé ‘’fonk sa
jëkër’’, depuis 1991. C’était un mbootaay, puis un tour et après des tontines.
C’est après que cela a progréssé pour devenir un groupement, la différence
entre une tontine et un groupement c’est que la tontine est un épargne alors
que le groupement est un financement. La tontine, c’est 100000frs pour une mise
de 10000frs. Lorsque j’ai créé le groupement, j’ai démarré avec 500frs et la
somme a été prêtée aux membres pour qu’elles fassent des activités et cela fait
le tour, l’argent est passé de 60.000frs à 440.000frs pour chaque 5000frs
prêtés, la caisse à un pourcentage de 5000frs. Les activités que l’on mène sont
le commerce de poisson, de légumes, de friperies. Au début, il y avait 5
groupements pour un montant de 60.000frs. Actuellement on a un groupe de 30
personnes. L’argent qu’on a partagé est évalué à 12.500frs pour chaque membre.
Dans chaque groupe, j’ai 1 où 2 représentantes qui m’épaulent. L’argent tourne
autour de nous et nous n’avons pas de banque. 12.500frs par personne n’est pas
une grande mise, c’est peu, mais au début on ne faisait que des prêts de 3000frs.
Il y a une somme considérable et il va falloir que l’on trouve d’autres moyens.
Les versements de la tontine c’est le 5 où le 15, les 100.000frs que les femmes
ont ‘’enlevé’’ peuvent servir à beaucoup de choses (Moi par exemple, j’ai
acheté un frigo pour faire un petit commerce). Je le dirige depuis 5 ans, mais
je n’ai jamais eu de problèmes car j’essaie d’être droite, je cotise pour les
absents (cas de voyage par exemple. Nous ne l’avons pas transformé en caisse de
crédit d’épargne parce que les circuits sont nombreux et les conditions d’accés
sont difficiles en plus d’un crédit très faible. ‘’Boot M’boolo da fa metti, mo
tax’’ il faut que ‘’nga def ndank’’ je ne connais pas exactement les conditions
de la ‘’case’’ mais les frais d’adhésion sont de 60.000frs pour un crédit de
100.000frs.
Etant donné que nous avions déjà plus de
100.000frs dans notre caisse, on a préféré s’abstenir. Il aurait fallu nous
prêter au moins 1 ou 2 millions pour qu’on soit motivé. Dans le groupement
c’est un système que nous maitrisons, donc nous préférons agir pour le compte
du groupement plutôt que d’agir individuellement. J’ai un comportement
exemplaire qui fait que je fasse l’unanimité c’est pourquoi dans le groupement,
‘’ku nekk day am loy daw’’. Mais cela dépend de la manière de gérer ses
ressources ‘’am xaalis bu bari taxoul nga am, ndax lépp ci saytu là’’. ‘’bo mënul saytu,
lo am mu dem’’. Par contre
il y a des femmes matérialistes qui ne songent qu’à se faire belle. J’ai aussi
une tontine pour les hommes, 10.000frs par mois pour 6, puis 8, puis 10
personnes. Ce sont des fonctionnaires, des maçons, etc. Ce n’est pas tellement
vrai que les femmes sont celles qui gèrent les maisons, car, ici, les maris
font l’ésentiel et les femmes ne se privent pas en ce qui concerne la qualité.
Elles en demandent trop. Tenir une maison c’est difficile pour une femme qui ne
travaille pas.
On a que le commerce ici, moi par exemple, je
vends de la glace et des jus, d’autres des mangues, etc… ; le commerce
peut enrayer la pauvreté, j’étais une commerçante il n’y a que les enfants qui
me retiennent. Je vendais en gros car c’était plus rentable.
Notre problème majeur est le manque de fonds
et d’aide pour travailler (comme les moulins) que l’on gère à tour de
rôle. »
Il ressort de ces exemples que le dynamisme des femmes au sein de ces institutions contribue à une augmentation des ressources et des revenus et traduit une évolution du rôle économique et social des femmes dans la lutte contre la précarité. Ces formes de solidatité horizontale dont l’objectif est la satisfaction des besoins de ses membres constituent pour les populations pauvres, le premier recours dans leur espace de sociabilité. Ces associations constituent pour elles, un lieu de captage de ressources plus ou moins importantes qui, le plus souvent sont réinvesties dans des secteurs improductifs. Il apparaît nettement que ces ressources ne peuvent servir qu’à satisfaire des besoins ponctuels, mais ne peuvent toutefois permettre aux populations de sortir de la pauvreté.
IV-/- IMPACTS DES PERCEPTIONS SUR LA PAUVRETE ET
LE BIEN ETRE DANS L’ORGANISATION DES CITES ET VILLAGES
L’ampleur de la pauvreté et sa persistance
chez les acteurs ciblés au cours de cette enquête ont entraîné des conséquences
majeures sur le vécu quotidien des pauvres au point de favoriser l’émergence
d’une réorganisation tant au niveau individuel que collectif. Dans l’ensemble
des quartiers et villages visités au cours de cette présente enquête, cette
réorganisation a surtout concerné d’abord l’environnement et le cadre de vie de
manière générale, ensuite les acteurs au niveau des stratégies déployées pour
trouver, ne serait-ce qu’un tant soit peu, les voies et moyens pour sortir de
la crise.
Cette situation s’explique par le fait que les
populations sont conscientes du désengagement de l’état, mais aussi de ses
limites. Mais d’un autre côté, il faut aussi souligner l’attitude des
populations qui pensent que l’aide de l’état, c’est de l’argent qu’on doit
dépenser rapidement, et qui ne tiennent pas toujours compte des vrais enjeux
liés à ces aides. A cet aspect, s’ajoute le développement de l’individualisme,
accentué par l’effritement des valeurs de solidarité principalement soutendues
par un nivellement vers le bas que les acteurs désignent sous le vocable de
‘’ken tanne wul kenn, ñëp yem té kunek sa bopp nga tal’’ (nul n’est mieux loti
que l’autre, donc chacun pour soi).
La première forme d’organisation des cités et
villages concerne l’environnement et le cadre de vie comme première dimension.
Dans les quartiers particulièrement, on a noté la création de comité de
vigilance pour lutter contre l’insécurité, contre les cas de vols notés un peu
partout,mais aussi à une prise en main des problèmes liés à la salubrité des
quartiers, en prévention contres les nombreuses tares que peuvent constituer
les eaux stagnantes, les ordures ménagères etc.
La prise en compte de l’environnement et du
cadre de vie au niveau des cités et villages, comme c’est le cas à Médina Fall
et à Ngoumsane (Thiès), est élaborée, à partir d’un document stratégique de
base appelé plan de développement local (PLD), où l’ensemble des carences liées
aux service sociaux de base, à la demande sociale et aux besoins prioritaires
axées sur les cibles vulnérables (jeunes et femmes) est formulé. Cette
dimension communautaire des acteurs pour leur implication directe dans
l’organisation de leur cité permet de noter une sorte de réalisme social quand
aux difficultés du moment et à la nécessaire cohésion pour l’amélioration du
cadre de vie.
Ainsi Médina Fall et Ngoumsane constituent des
exemples d’organisation face aux perceptions sur l’état de pauvreté des
localités et leur incidence sur le vécu quotidien. Cette organisation prend en
compte le développement des potentialités et le fairesavoir – local comme forme
d’orientation des couches actives dans la prodution. Il y a la réorganisation
stratégique de l’espace, accaparé par la communauté pour y mener des activités
rentables, à défaut d’infrastructures adéquates pouvant accueillir les fêtes et
autres réjouissances dont les bénéfices servent à promouvoir diverses
activités.
Mais s’il existe une forme d’organisation des
cités et villages au niveau collectif, il y a aussi des initiatives
individuelles comme moyen de sortie de crise et c’est la deuxième dimension de
notre analyse.
Les configurations villageoises n’ont pas les
mêmes caractéristiques qu’au niveau des quartiers qui sont quand même empreints
d’une dose d’urbanité. L’organisation au niveau villageois est d’abord marqué
par des rapports sociaux très prononcés et une assistance mutuelle malgré la
précarité des conditions de vie. A ce niveau, le pauvre est celui qui n’a pas
de relations sociales (« ku am nit yi ñakkoo dara »), et est
considéré par conséquent comme un « orphelin social », l’existence de
liens forts entre les acteurs fait que l’acquisition de richesse doit servir à
« tirer » les plus faibles et cette situation est renforcée par les
références indentitaires, l’appartenace à des réseaux religieux tels que les « dahiras »,
« daara », qui sont des formes de regroupement sanitaire pour un
« nous » valorisé et renforcée. De ce fait, les acteurs bénéficient,
en cas de besoin du soutien de groupe, qu’il soit financière où physique (en
cas de construction, de désherbage, au lieu de chercher des maçons qui seront payés,
on fait appel au groupe qui se charge de faire les travaux).
Quant à l’organisation dans les quartiers,
elle obéit à peu près aux mêmes règles, mais avec un degré plus poussé de
rationalité. Les rapports ne sont pas aussi monétarisés comme c’est le cas dans
les grandes agglomérations urbaines, mais ne sont pas aussi tout à fait
dépourvus d’intérêt. Ce jeu d’alliance stratégique inclût des rapports de
réciprocité localisés au niveau des ‘’mbootay’’ et autres associations, mais la
réorganisation s’opère au niveau des cérémonies où on note une réduction
considérable des dépenses qui a pour but d’éviter les gaspillages. L’émergence
de plus en plus de GIE, GPF traduit la prégnance d’initiatives collectives ou
individuelles que l’état, dans ses différents programmes de réduction et de
lutte contre la pauvreté, a encouragé.
Il faut noter à ce niveau que les seuls freins
au développement des intiatives individuelles, qu’elles soient orientées vers
le commerce où la pratique de métier, sont le copiage et la généralisation des
mêmes pratiques, surtout chez les femmes, et le manque d’éducation et de
formation.
Enfin, la pratique du « tong – tong » (partage de viande en achetant un bœuf en comun), particulièrement notée à Thiès None (Thiès) à l’occasion des fêtes de Tamxarit où Tabaski, permet aux pauvres de participer à la fête avec des participations moindres. C’est une forme d’organisation sociale très pudique qui entre dans les traits socio – culturels sénégalais dont la vertu est de masquer les carences d’un où plusieurs acteurs.
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