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TROIXIEME PARTIE
Les résultats de l’étude dans la région
v I°/- Conditions de vie des
populations
Cette partie relate
le vécu quotidien des populations enquétées, l’environnement dans lequel elles
évoluent et surtout les problèmes aux quels elles sont confrontées. En effet,
les conditions de vie des populations pauvres deviennent de plus en plus
dégradantes face à la rareté des ressources et au manque de soutien. L’analyse
des conditions de vie de ces populations montre qu’elles vivent dans un état de
précarité remarquable sans qu’il y ait aucune solution véritable de résolution
des multiples maux qui font désormais partie du décor quotidien. Leurs
principales préocupations demeurent l’accés aux services sociaux de base et
l’amélioration de leur cadre de vie.
Le cadre de vie de l’ensemble des quartiers
visités considérés parmi les plus vulnérables se caractérise au début par de
petits quartiers qui se sont agrandis au fil des temps pour devenir des
quartiers irréguliers ou flottants sans titres fonciers ou permis d’habitation.
Ses quartiers se caractérisent par le
manque de confort, absence de biens matériels dits de luxe (télé, frigo,
cuisinière)etc…
On note aussi une absence de branchements
sociaux et le faible accès à l’eau potable, aux soins sanitaires. En ce qui
concerne les types d’habitat, le zinc est prédominant comme type de toiture,
tandis que les bâtiments sont en dur. Dans les quartiers comme Médina Fall et
Darou Salam à Thiés les habitats sont précaires : bâtiments en argile,
clôture en paille. Il faut noter aussi l’enclavement de ces quartiers et la
difficulté d’accès par rapport aux centres urbains.
L’environnement est marqué par la pollution dans les quartiers à Tivaouane, et cette pollution se manifeste par la destruction des champs agricoles et particulièrement les arbres fruitiers. Cette pollution à un impact négatif sur l’économie et les jeunes de la localité ne sont pas privilégiés dans l’emploi au niveau des usines localisées dans la zone :
Les ICS et TAIBA. Le problème de l’accès à la terre est la source de nombreux conflits, car elle fait l’objet d’une spéculation foncière sans précédent. Les jeunes de Tivaouane (quartiers Niandakhoune et Kouly) ont du mal à obtenir des parcelles malgré les démarches effectuées chaque année. Les principaux acquéreurs sont les émigrés à cause de leur fortune.
Ce fait est aussi
valable à Mbour et a pour conséquence une grande promiscuité au niveau des concessions.
De manière générale ces quartiers se caractérisent par la quasi-absence
d’infrastructures de base, capable d’améliorer le vécu quotidien.
Le cadre de vie en
zone rurale reste dominé par la précarité des habitats qui ne présentent ni
sécurité, ni confort. Mais le problème d’espace et de promiscuité ne se pose
pas contrairement à la zone urbaine et les maisons sont en générale vidées de
leurs habitants (jeunes en exode). Ces villages se caractérisent aussi par leur
enclavement et leur accès difficile à cause du mauvais état des pistes de
production. Cette situation accentue le dénuement de ces localités et
l’aggravation de la carence de tout ce qui participe et améliore le cadre et
les conditions de vie. Autre aspect qui montre la vulnérabilité des zones
visitées les difficultés d’accés à l’eau potable.
Pour l’accès à
l’eau potable, la majorité des quartiers des trois villes visitées dispose
d’eau courante. Particulièrement les quartiers de Tivaouane (Niandakhoune,
Kouly) de Ngaye (lebougi), de Thiés (Médina Fall). Par contre au niveau de
Mbour (Mbour sérére kaw, Darou Salam) les demandes en instance sont loin d’être
satisfaites ce qui fait que les populations ont recours aux bornes fontaines et
aux puits.
Il existe aussi des
poches (surtout les extensions : « sanccaan »), qui n’ont pas
accès ni aux branchements ni aux bornes fontaines. Ces derniers sont obligés de
parcourir de grandes distances pour se ravitailler en eau. La bassine d’eau est
vendue à quinze (15F) dans les quartiers de Thiés et de Tivaouane, tandis qu’à
Mbour (Thiossé, Mbour sérére kaw et Darou Salam) la bassine est un peu plus
chère (25F).
Au niveau des villages le problème d’accès à
l’eau potable se pose avec beaucoup plus d’acuité. L’ensemble des villages, à
des variations prés, ont rarement accès aux branchements sociaux. Il existe
néanmoins des forages qui ravitaillent trois à quatre bornes fontaines. C’est
l’exemple de Malicounda Bambara à Mbour, Keur lamane à Touba Toul et de
Tassette dans la communauté rurale de Fandène.
Les villages les
plus vulnérables en ce qui concerne l’accès à l’eau potable sont le village de
yabo yabo dans la communauté rurale de Sésséne et de Ndiarao dans la communauté
rurale de Ndiaganiao dont les populations utilisent l’eau des puits qui sont
rarement protégés.
Pour les fontaines
publiques la bassine d’eau est achetée entre 5F et 15F dans les différents
villages. Les forages accusent parfois des pannes techniques qui poussent les
populations à se côtiser entre elles pour la réparation sinon elles sont
obligées de consommer une eau non potable.
L’accès aux soins sanitaires demeure encore
une préoccupation majeure chez les populations urbaines et rurales, la faible
couverture sanitaire notée durant cette étude est un indice pertinent du niveau
de vulnérabilité d’une large partie de la population.
En adoptant depuis 1989 une politique
nationale de santé basée sur la stratégie des soins de santé primaires, notre
pays souffre d’un déficit d’infrastructure sanitaires. Même si dans certaines
zones visitées, il existe un dispositif sanitaire, le faible niveau
d’équipement et le manque de personnel qualifié demeurent nettement visibles.
Le système de santé subit aujourd’hui les lois de la décentralisation qui
confèrent une autonomie de gestion aux districts.
Cette situation qui souffre d’un non
accompagnement de mesures budgétaires conséquentes place les centres de santé
dans l’impossibilité de satisfaire les sollicitations des populations.
L’enquête aura
montré qu’en milieu urbain, la plupart des personnes fréquentent des
dispensaires ou postes de santé où les tickets de consultation s’élèvent à 100
et 200F. Malgré ces faibles tarifs, les populations démunies particulièrement
les femmes ont des difficultés d’accéder à ses soins.
Ces couches dites
vulnérables énoncent de multiples raisons qui sont à la base de la faible
fréquentation des structures sanitaires : coût élevé de la consultation
(ex : 1000F lors de la première visite prénatale, cherté des médicaments)
(ce qui implique un recours obligé aux médicaments génériques (IB)), sous
qualification du personnel qui entraîne une inefficacité thérapeutique, etc….
Les hôpitaux ne reçoivent pas les pauvres à cause des coûts sanitaires jugés
très élevés (ex : 2000F pour une première visite prénatale).
L’absence de
dispositif de santé en direction de ces couches vulnérables les pousse très
souvent à ignorer leur maladie ou de procéder à un refus volontaire de se
soigner afin d’éviter l’achat des médicaments. Selon les populations,
l’ensemble de ces difficultés ont apparu depuis le début de la crise des années
80, qui a coïncidé avec le début de l’application des programmes d’ajustement
structurel.
Concernant ce
problème, B.B, 52 ans, habitants du quartier de Médina Fall affirme :
« qu’avant en ce qui concernait les problèmes de santé, il suffisait de
présenter au gouverneur de la région le dernier papier d’imposition payé pour
être classé au chapitre de l’action sociale de la gouvernance. Après quoi le
gouverneur vous délivrait un carnet qui permettait de se soigner gratuitement.
Mais actuellement cela n’existe plus. Pour se soigner ou pour avoir de l’aide,
on est obligé de recourir aux parents ou aux amis ». Ces propos rendent
bien compte de l’éloignement continu de l’Etat dans le domaine de la santé,
laissant les populations les plus pauvres dans le désarroi.
Le défaut de soutien relationnel rend encore
beaucoup plus difficile la fréquentation des structures sanitaires par les
populations les plus pauvres.
En milieu rural, l’enquête a fait ressortir
une insuffisance manifeste en structure sanitaires. Généralement, il existe un
seul poste de santé pour plusieurs villages : ex : il y a 51 villages
autour de Tassette pour un seul poste de santé. Selon les informations
recueillies, le taux de mortalité enregistré autour de la zone est de 40%.
L’absence de sage-femmes (dans les villages de Pekesse et de Tassette) aggrave
ce taux, car pour certains ruraux un infirmier ne doit pas consulter leurs
épouses, pour une simple question de pudeur.
Le sous équipement et la mauvaise qualité des
soins qui sont administrés dans ces postes de santé sont à l’origine du recours
de plus en plus prononcé aux structures sanitaires installées en milieu urbain
ou péri-urbain (les habitants du village de Thilmakha préfèrent contourner leur poste de santé pour se rendre au
dispensaire de Meckhé ou de Darou Mousty (distant d’environ 50km).
Nous avons aussi noté que le seul infirmier du
poste de santé de Keur Lamane s’absente tous les week end (du vendredi au
lundi) ; et dans le village de Ngoumsane où il y a une case de santé, la
seule personne qualifiée est un secouriste.
A côté de cela il faut noter l’absence de pharmacie villageoise et de moyens de
transport adéquat en cas d’évacuation d’urgence. Dans ce cas, les charrettes
constituent les seuls moyens de déplacement. Ces multiples carences au plan
sanitaire n’ont pas manqué de susciter une inquiétude réelle chez les
populations rurales.
Dans leur schéma perceptuel de la pauvreté,
les ruraux font une forte corrélation entre la pauvreté et leur état sanitaire
« ki ñak moy ku amul wer gi yaram ». (le pauvre c’est celui qui n’est
pas en bonne santé). Cette idée est une illustration du rapport pauvreté/santé
comme indicateur de vulnérabilité dans la perception des populations enquêtées.
Malgré les efforts consentis par le
gouvernement du Sénégal dans le domaine de l’éducation, on continue à
enregistrer un faible niveau de scolarisation particulièrement en milieu rural.
Cette situation peut toutefois être conjuguée avec le niveau socio économique
très bas des populations pauvres, ce déficit s’explique aussi par l’absence
d’infrastructure scolaire, absence de centres d’enseignement moyen qui, même
s’il existe, sont à des distances éloignées.
L’échec scolaire en zone rurale s’explique
soit par le renvoi, soit par l’abandon pour assister les parents ou pour
l’exode à la recherche d’un métier. Chez les filles, le bas niveau de
scolarisation s’explique par les mariages précoces et par une charge de travail
journalière trop importante. Il faut souligner aussi que l’échec scolaire en
milieu rural, au delà du manque de moyens pour supporter les charges, est dû à
la non conviction des parents et des élèves de l’utilité scolaire.
Cette idée est très souvent entretenue par
l’absence répétée des enseignants et l’insuffisance dans la qualité de
l’enseignement. Les instituteurs à forte majorité volontaires sont critiquées
par les populations à cause de leur absentéisme et de la qualité du savoir
dispensé. L’échec scolaire en milieu rural s’explique aussi par les longues
distances que les élèves sont obligés de parcourir chaque jour, soit en
marchant, soit à bord de charrettes, taxis brousse, dans des conditions
difficiles.
Les conditions de
logement dans les familles d’accueil installées en milieu péri-urbain ou urbain
posent aussi des problèmes d’adaptation et de suivi scolaire. Le cas de CH.D,
28 ans, habitant de Pire Goureye, illustre parfaitement ce cas de figure.

« Le
taux d’échec et l’abandon sont dû aux mauvaises conditions d’hébergement. Les
enfants confiés ont d’énormes problème. Les amis ou parents acceptent parce
qu’ils ne peuvent pas pour refuser, mais ils ne réunissent pas les conditions
pour accueillir l’élève. Moi - même j’ai arrêté mes études parce que j’étais à
l’étroit chez mon oncle à Tivaouane. Nous étions cinq jeunes hommes dans une
même chambre avec un seul lit. Mes cousins n’étudiaient plus et faisaient du
thé tout la nuit. J’ai suivi leur rythme et j’ai échoué au BAC ».
La déperdition scolaire en milieu rural comme en milieu urbain s’explique
souvent par l’incapacité de franchir les classes dites « de rupture »
(cm2, 3ème , terminale).
La pratique du double flux et l’éloignement
des collèges et lycées par rapport à certains quartiers urbains constituent
également des facteurs handicapants. Les cas de déchets scolaires en milieu
urbain se justifient dans une large mesure par le manque de moyens chez les
populations pauvres pour faire face aux frais scolaires (fournitures,
transport, habillement des enfants, cotisations scolaires etc….). Ajouté à cela
la forte propension chez les jeunes à raccourcir le circuit éducatif à la
recherche de profits immédiats.
L’absence de centre
de formation adapté aux besoins réels des jeunes entraîne aussi cette
situation. On a noté une nette amélioration dans la mise en place
d’infrastructures scolaires grâce à l’appui de certaines ONG qui ont aidé à la
réalisation de structures scolaires.
Cependant des
difficultés réelles continuent à subsister sous les effets conjugués de
l’insuffisance des investissements dans le secteur et de la forte croissance
démographique de la population scolarisable.
La mobilité sociale est caractérisée de
manière générale par le défaut de communication et d’échanges des populations
pauvres dans les centres urbains et ruraux. Ces difficultés sont exacerbées par
le manque de moyens et d’opportunités chez les couches les plus vulnérables de
la société.
En milieu urbain par exemple : l’absence
de véhicules de transport en commun a favorisé l’expansion des calèches et des
taxis « clando » (100f à 200f pour les calèches 300f pour les
clandos).
Les déplacements inter-urbains ou
urbains-ruraux sont souvent perturbés par le non désservissement de certains
quartiers ou villages. C’est le cas des quartiers de Médina Fall, Darou Salam,
Mbour sérére kaw etc…..et des villages de Ngoumsane, Keur lamane, Thilmakha,
Ndiarao et yabo yabo etc……
La difficulté de la mobilité sociale
s’explique au niveau des villages par le mauvais état des pistes de production.
C’est l’exemple entre Thiés et Tassette (38km de latérite), l’absence de moyens
de locomotion à certaines heures de la journée, les conditions de transport
difficiles à cause du nombre important de passagers face à la rareté et au
vétusté des moyens de transport. La sur charge des véhicules est de rigueur.
Les coûts du transport sont relativement élevés (exemple keur lamane/thiés 600F
aller retour).
Cette situation explique le recours aux
charrettes dont les coûts sont moins chers (200F par course). La mobilité se
caractérise par un exode massif des jeunes pour divers motifs : absence
d’activité lucrative, absence d’infrastructures, dévalorisation de
l’agriculture, attrait de la ville, etc……..
Il faut souligner
aussi que dans les zones rurales le phénomène de l’exode rurale est plus
développé que les cas d’émigration. La situation de périphérie de certains
quartiers où leur isolement géographique font que certaines zones sont plus ou
moins enclavées. Ces endroits généralement mal desservis sur le plan du
transport sont victimes d’un non lotissement de leur espace habité et de leur
faible pouvoir économique face au coût du transport plus ou moins élevé. Même
si le problème du transport est une donnée conjoncturelle, il faut souligner
l’état défectueux des routes quand elles existent, et la défectuosité du parc
automobile qui entraine une insécurité de plus en plus prononcée dans la
mobilité des populations.
Les modes alimentaires aussi bien en milieu
urbain qu’en milieu rural ont connu une profonde perturbation du fait de la
crise persistante et du renchérissement du coût de la vie. Les difficultés dans
l’approvisionnement en produits et denrées alimentaires, ainsi que le coût
élevé de ces produits ont placé les couches
les plus pauvres dans l’impossibilité de répondre à un régime nutritionnel
satisfaisant.
La prise du petit déjeuner est devenue de plus
en plus aléatoire et tend à devenir une pratique individuelle. Seuls les
enfants et les personnes âgées bénéficient de ce type de repas qui n’est plus
pris en charge dans le budget du ménage de manière globale. Dans certains
quartiers le petits déjeuner est souvent acheté dehors et cette pratique tend de plus en plus à s’appliquer au dîner.
Les repas les plus fréquents et qui sont jugés
économiques sont les « ñaari cin » (deux marmites : riz blanc +
sauce), riz aux haricots, riz aux poissons
fumés/secs. Il faut noter que le dîner est essentiellement constitué de
laax, de friture de poissons. Le « gobbar djassi » (conservation
d’une partie du déjeuner pour le dîner) est plus une pratique urbaine que
rurale.
Pour les ruraux,
« gobar jaasi, day déelo ker gi naw », ce qui reproduit une croyance
selon laquelle cette pratique appauvrit la concession. Même si cette pratique
dévalorise la famille, les urbains ne trouvent pas d’alternance à cause de la
faiblesse de la dépense quotidienne, (autour de 500F journalièrement). Seul le
sac de riz est acheté mensuellement.
En milieu rural l’alimentation est réduite à
se plus simple expression ce qui
entraîne parfois des cas de sous alimentation et de malnutrition
particulièrement chez les enfants. La carence alimentaire montre en effet
combien l’incidence de pauvreté est marquée
chez les populations rurales
pauvres.
Absence de marché, mauvaise qualité des
denrées, faible niveau de consommation, qui ne font que renforcer la
dégradation de l’état alimentaire des populations démunies. La préparation des
repas se fait à tour de rôle en fonction du nombre d’unité de consommation en
présence dans les concessions.
En zone rurale, les dépenses quotidiennes tournent autour de 300F à 800F.
les femmes se chargent de compléter les déficits dans le porte feuille
alimentaire qui grève plus de la moitié du budget familial, sachant que la
moitié des revenus du ménage lui sont affectés.
Pour les habitants du milieu rural,
l’essentiel c’est de pouvoir manger quelque soit les conditions socio
économiques et la qualité des repas.
« am am mo
amul, waye xiif amufi » (nous sommes pauvres, mais nous n’avons pas faim),
pour dire le peu d’importance accordé à la qualité de l’alimentation.
L’extraversion dans
les pratiques alimentaires en milieu rural renforce d’avantage les difficultés
alimentaires comme le note A.ND, à Thiés None : « coono gi migi commencé
ba jamono ñaata xewee » (
les difficultés ont débuté depuis que nous avons commencé a tout acheté),
autrement dit depuis la perte de leur autonomie alimentaire qui se justifierait
par l’abondance des produits agricoles. Les produits tirés de l’activité
agricole servaient à l’alimentation des familles.
Le manque d’électrification est commun à
l’ensemble des villages, ce qui induit des problèmes d’insécurité, d’incapacité
de conservation des produits et denrées alimentaires. C’est ce qui explique la
non consommation de produits frais : le poisson, la viande etc……
L’énergie domestique la plus utilisée est le
bois de chauffe, le charbon et rarement le gaz. Ceci s’explique par la
proximité avec la brousse.
L’électrification
demeure encore un luxe en milieu urbain à cause du non lotissement de certains
quartier (ex : Darou Salam, (Mbour), Médina Fall , Darou Salam (Thiés).
Les rares maisons
électrifiées sont celles ou le soutien de famille est un fonctionnaire ou un
émigré ; à la condition toutefois que les maisons se situent à côté des
poteaux électriques.
Pour ces ménages
l’autre difficulté demeure dans le règlement des factures d’électricité, à
cause de la faiblesse de leur pouvoir économique, mais aussi de la distance à
parcourir pour effectuer le règlement de ces factures (les habitants de Pire et
de Mékhé vont jusqu'à Thiés : environ 20km, pour s’acquitter des paiements
de leurs factures.).
La gestion des loisirs apparaît souvent comme
secondaire dans la satisfaction des besoins sociaux. En dépit du manque de
revenu qui caractérise la couche juvénile dans son ensemble, il est à noter un
déficit infrastructurel très prononcé aussi bien en milieu urbain, qu’en milieu
rural.
Sur les 9 villages de notre échantillon, seul
celui de Tassette dispose d’un foyer de jeunes et il n’est pas fonctionnel à
cause d’un manque d’équipement et d’électricité. L’essentiel des activités de
loisirs reste dominé par le foot ball et les séances d’animation musicale
durant les navétanes, l’organisation d’activités lucratives (soirées dansantes)
pour renflouer des ASC groupements etc…….. Des veillées culturelles sont aussi
organisées à l’occasion des retours des migrants lors des fêtes traditionnelles
ou religieuses.
Il ressort de ce chapitre qu’il existe une
multitude de difficultés pour ces populations pauvres d’accéder aux services
sociaux de base et d’avoir un cadre de vie sain. Ces difficultés sont des
facteurs handicapants qui vont les enfoncer davantage dans la précarité et la
marginalisation.
v II°/-TYPOLOGIE DES MENAGES
SELON LEURS CATEGORIES SOCIO ECONOMIQUES ET LA SEMIOLOGIE POPULAIRE
L’analyse sur la typologie des ménages selon
leurs catégories socio-économiques découle d’un classement effectué par les
acteurs. Il ne suffit pas de classer les chefs de ménage, mais surtout de
justifier les critères de ce classement. Cette classification repose
généralement sur un certain nombre de critères dont les plus pertinents
sont : le critère économique, le critère matrimonial et la perception du
voisinage.
Ces critères se trouvent dilués dans un ensemble
plus vaste qui s’exprime par l’intensité des liens sociaux, le vécu au
quotidien des populations, le lieu d’habitation et les facultés perceptuelles
des uns par rapport aux autres. En se fondant sur un bloc d’expressions et de
sentiments populaires, une typologie des ménages pauvres peut être élaborée.
Ainsi on peut distinguer trois types de
ménage :
·
« Ñi
ñakk » (les pauvres) : ceux qui n’ont rien, ni terre, ni matériel, ni
soutiens, ni revenus.
·
« Ñi
am », ( les riches) : sont ceux qui ont des terres, du bétail, des
pirogues, un habitat en dur, des soutiens extérieurs importants (migrations
nationales ou internationales) ou font du commerce.
Selon J.F, à Pire, « il n’y a pas de
signe ostentatoire de la richesse, car les gens ici mènent une vie
effacée. ». Les riches dans les villages sont considérés comme ceux ayant
des terres disponibles et rentables, mais aussi du matériel agricole, des
chevaux, des ânes quand on est cultivateur par exemple. A Pire cette richesse
concerne, les familles « Thiaw » et « Ndiaye » qui sont
riches par tradition et cela s’explique par leurs belles maisons, le
bétail, le matériel et qui ont des
soutiens à l’étranger. Ces familles sont des descendants d’anciens négociants
ou traitants pendant la période coloniale. Il y a aussi la famille
« Cissé » qui tire sa richesse à partir des dons des talibés.
Mais selon les populations, cela est dû aux
prières de leurs ancêtres marabouts. Les personnes riches s’exercent aussi dans
le commerce, l’immigration et ont leurs enfants à l’étranger.
Les intermédiaires sont ceux qui ont un
soutien extérieur (enfants en exode et qui participent à la gestion économique
de la famille). Pour les acteurs interrogés, les intermédiaires se caractérisent
par la pratique de petites activités lucratives comme le maraîchage, le
petit commerce et qui ont quelques bonnes relations. Ils ont aussi un terrain
pour cultiver, un travail avec un revenu plus ou moins substantiel.
La dernière catégorie ce sont les pauvres, ils
sont sans emploi, sans terres, sans soutien et sont considérés comme des
« baadolo » qui mangent une fois par jour. Ils vivent dans les
situations difficiles et dans la précarité, n’ont pas ou peu de relation.
C’est le cultivateur qui n’a pas de terre, ni
de matériel, mais aussi vit de petit commerce vente de (cube maggi, bissap,
condiments, etc).
Après cette classification, les enquétés
distinguént trois sous groupes à l’intérieur même des pauvres. Aussi ils ont
retenu :
-
Les très pauvres
-
Les pauvres
-
Les moyennement pauvre
Cette classification de la pauvreté a suscité
chez les acteurs les réactions suivantes :
Les « très pauvres » sont caractérisés par une déconnection relationnelle et sont victimes d’une pauvreté profonde au point de s’auto exclure. Cette catégorie est marquée par le déclassement et la marginalisation. Les « pauvres », ils sont caractérisés par de faible opportunités, peu ou pas de capacité, vivant dans les espaces non lotissés et l’insécurité foncière. Enfin, les « moyennement pauvres », ont un accès limité aux services sociaux de base, à une alimentation régulière, mais peu variée, un faible réseau relationnel et des ressources irrégulières.
Les traits dominants évoqués par les acteurs
faisant référence au vécu des populations ont été schématisés de manière
suivante :
|
Très pauvres |
Pauvres |
Moyennement pauvres |
|
-Non accès aux services sociaux de base -Mauvaise qualité de l’alimentation,
irrégularité des repas -Habitat précaire et spontané -Déconnection relationnelle -Manque de chance -Absence de ressources et d’initiatives -Perte de capacités -Auto exclusion -Perte de dignité -Déclassement et marginalisation -Forte référence spirituelle -Décalage entre croyance et pratique -Absence de patrimoine -Absence de communication -Non accès aux biens matériels -Privation morale et affective -Non ciblage dans les programmes de
développement -Déconnections institutionnelle -Position sociale inconfortable -Lâchage
et perte de valeurs |
-Accès difficile aux services sociaux de
base -Carence nutritionnelle -Espace non loti et insécurité foncière,
exiguïté et manque d’espace -Déficit relationnel -Faibles opportunités -Manque de ressources -Peu ou pas de capacités Acceptation de la stigmatisation - - -Faible patrimoine -Réseaux communicationnels limités -Carence matérielle -Déficit affectif et relationnel - -Manque de visibilité institutionnelle -Statut peu favorable -Coveillance |
-Accès limité aux services sociaux de base -Alimentation régulière mais peu variée -Exiguïté et manque d’espace -Réseau relationnel faible -Recours limité aux opportunités -Ressources irrégulières - - - Non transmission du patrimoine - -Equipements modeste -Effritement des liens sociaux - -Recours limités aux institutions // // |
Les acteurs ont effectué eux - mêmes un
classement des ménages par ordre de vulnérabilité et l’analyse des expressions
populaires montre qu’il y a différentes perceptions et appellations qui rendent
compte de l’organisation sociale existant et des types de ménage.
Cette classification faite, le chapitre
suivant va nous permettre d’introduire les points de rupture qui sont
généralement à la base de la dégradation des conditions de vie et de la
précarité dans laquelle sont plongées les populations pauvres.
v III°/- POINTS DE RUPTURE
DANS LE VECU DES ACTEURS : FAITS STRUCTURANTS ET LEURS MODALITES
OPERATIONNELLES
Dans l’évolution générale d’une société,
existe un certain nombre d’éléments structurants, des formes d’organisation
sociale. Ces faits sociaux handicapants peuvent survenir à un niveau individuel
ou collectif. L’étude dans la région aura montré que certains points de rupture
ont entamé profondément l’organisation socio économique du milieu étudié. En
identifiant ces éléments constitutifs
de leur ensemble social, les acteurs ont pu donner une explication causale aux
différents phénomènes de rupture.
Il est apparu clairement que les populations,
surtout en milieu rural ont vécu péniblement les années successives de
sécheresse, cette période se traduit pour beaucoup d’entres eux par une perte
significative de leur potentialité agricoles et animales et les a placés dans
la précarité la plus totale.
C’est le cas de M.K, 71 ans, habitant de Darou
Salam, qui s’exprime en ces termes : « je suis d’origine peulh et
j’habitais Louga, j’ai migré à Thiés à la suite de la grande sécheresse en 1971
date à laquelle j’ai perdu tout mon troupeau. Je me suis reconverti dans
l’agriculture, mais tout le monde sait que l’activité du peulh c’est
l’élevage ». Les victimes de ces années de sécheresse ont souffert d’une
absence de politique d’accompagnement de la part des pouvoirs publics.
Abandonnés à eux même, ils sont devenus la
couche la plus vulnérable en milieu rural. L’économie sénégalaise reposant
essentiellement sur l’agriculture, la répétition successive des années de
sécheresse entraîna de ce fait un appauvrissement général des agriculteurs et
les années à venir ne feront que renforcer cet état.
Il faut souligner à ce niveau que des facteurs
aggravants comme l’invasion des criquets, la diminution de la quantité des
semences et intrants, l’appauvrissement des sols, la détérioration des termes
de l’échange accentuent davantage la perte de pouvoir d’achat des populations
rurales, entraînant une situation de
crise et de déséquilibre des familles, majoritairement élargies et sans réelles
capacités d’ajustement.
L’enquêté a aussi révélé que la retraite constitue un autre point de rupture car
c’est le moment à partir duquel, les salaires et les revenus des travailleurs
du secteur formel ou informel commencent à diminuer. Elle est due à l’atteinte
de la limite d’âge où à la cessation des activités pour cause de vieillesse.
Dans les années 70.80, il était possible par
exemple, dans certains lieux de travail, de préparer son fils à l’activité que
l’on exerçait pour préparer la relève. L’absence de cette relève
générationnelle a constitué la principale cause d’appauvrissement chez les
travailleurs du secteur informel, les chauffeurs, les tailleurs, les
boulangers, etc…..

N-ND, 62 ans, habitant Médina Fall,
explique : « je suis à la retraite depuis 20ans, j’étais chauffeur et
l’inconvénient de ce métier, c’est qu’une fois devenu vieux, les gens
n’acceptent plus que tu conduises. Depuis que je suis à la retraite, ce sont
mes femmes et les enfants qui s’occupent de la maison, en plus de l’aide que
nos parents et amis font pour nous. Les femmes sont des vendeuses de poisson au
marché et c’est après avoir écoulé leur produit qu’elles achètent leurs denrées
pour l’alimentation de la famille ».
La dévaluation intervenue le 1er
janvier 1994 a eu des effets néfastes sur les populations et les cibles les plus atteintes ont été les
travailleurs du secteur public et para-public dans la mesure où tous ceux qui
avaient des revenus fixes (salaires) verront leur pouvoir d’achat baisser.
C’est l’époque des nombreux licenciements, des départs volontaires et des
fermetures d’usines ou d’entreprises qui a vu de nombreux chefs de ménages
soutien de familles et personnes moyennement aisées basculer dans la précarité
et dans la misère.

Le cas de Y.B, 50 ans, mariée et habitant le
quartier Darou Salam de Mbour en est une parfaite illustration :
« enfant de troupe, j’ai fait l’école prytanée militaire de St Louis,
après 5ans dans l’armée, j’ai fait
l’école des cadres ruraux de Bambeye d’où je suis sortis comme agent technique
avicole, j’ai aussi un diplôme de comptabilité de gestion. J’ai travaillé dans
plusieurs hôtels : comme économe au club aldiana ensuite comptable à
l’hotel Filao, avant d’être embauché au Novotel comme économe, je menais une
vie correcte jusqu’à la fermeture de l’hôtel en 1993, et depuis 8ans c’est le
chômage.
Avec mon expérience les hôtels font parfois
appel à moi, mais seulement pour une journée de travail (1500-1800F). A Mbour
les patrons n’embauchent plus ils ne prennent que sous contrat ou comme
journalier et si tu fais des réclamations, ils ne feront plus appel à toi. Mais
depuis mon chômage je mène une vie vraiment dure avec en charge plus de 15
personnes dans la maison et dont je suis le seul soutien ».
De manière
générale, les points de rupture dans le vécu quotidien des acteurs sont liés à
la cessation d’activité comme la retraite ou le licenciement ou la compression
de personnel qui ne font pas toujours suivis de mesure d’accompagnement
adéquats pouvant permettre aux acteurs de vivre décemment.
Même les retraités éprouvent d’énormes
problèmes pour recevoir leur pension qui,
à cause du système des cotisations au niveau de l’Ipres, ne couvre pas
tous les volets médicaux, sociaux. Ils n’ont pas l’assistance sociale
nécessaire pour faire face aux dépenses liées à la couverture médicale et à
l’assistance sociale.
Enfin l’appauvrissement de plus en plus de la
couche féminine peut s’expliquer par le décés du conjoint, car dans nos
sociétés, les hommes restent encore les principaux pourvoyeurs de ressources.
De sorte que le décés du chef de ménage, à côté du manque d’emploi des jeunes,
rendent, dans certains cas, la survie du ménage problématique.
v IV°/-PERCEPTIONS DE LA
PAUVRETE SELON LES DIFFERENTES CATEGORIES SOCIO ECONOMIQUES
Dans cette partie, nous allons présenter les perceptions que les pauvres eux mêmes ont sur leur manière d’exister en prenant en considération les différentes catégories socio – économiques. On note une plurarité de perceptions en fonction des contextes socio-culturels et économiques. Les analyses de perception de la pauvreté, parallèlement au fait que les perceptions sont des construits sociaux, doivent être mises en relation avec les pratiques sociales, les représentations locales, les modes de pensées locaux, les formes de sociabilité etc….Il existe donc autant de perceptions que d’entités socio-culturelles différentes, de catégories d’acteurs et d’époques.
Dans cette étude, les trois catégories les
plus significatives qui se sont dégagées sont :
Pour les très pauvres, leur état de vulnérabilité s’exprime à travers l’expression « neew gi doole » qui signifie pour eux un dénuement total. Ils perçoivent l’indigence comme étant un fléau, « ñakk musibala ». C’est pour eux une perte continue de capacités et de dignité.
Confrontés à de sérieuses difficultés qui ont
entamé profondément leurs modes d’existence, ils vivent la pauvreté dans un
état d’insécurité sociale, « ñakk woorul », pour dire qu’ils vivent
dans une insécurité permanente qui les expose à des risques existants ou
éventuels.
Ils reconnaissent eux même qu’un indigent n’est en sécurité nulle part. Par
ailleurs ils estiment qu’ils sont souvent victimes de marginalisation de la
part des autres qui les stigmatisent en faisant d’eux des déclassés sociaux, ce
sentiment jugé peu enviable s’est traduit dans l’expression suivante :
« soo amul, ken dula woo ci dara, ken dula boole ci dara », (le
pauvre n’est impliqué en rien dans la vie de société). Etant victimes d’une certaine
forme d’exclusion sociale, les populations les plus pauvres perdent toute
autonomie et d’une part s’auto excluent de l’organisation sociale.
D’autres part elles sont les propres acteurs
d’une reproduction de la pauvreté. Selon G.BA, 70 ans, habitant de Kouly Nguindiane (Tivaouane)
« ñakk day dindi ngor day dindi jom ».
(La pauvreté dépouille l’être humain de toute
sa dignité et annihile son courage ou sa volonté). Cette idée se justifie chez
la plupart des démunis par leur manque d’initiative et leur paresse.
Cependant ils font une forte référence à la divinité pour justifier leur état de pauvreté : « ñakk ken buguko, waaye yallaa koy def ci jaam, ku mu ko sédd dangay muñ tey sant yalla » (personne n’aime être ou devenir pauvre, mais c’est l’œuvre de la volonté divine, l’individu doit se résigner à cela). En se réfugiant aussi dans l’explication religieuse, ils remettent en cause parfois leur propre capacité à s’affranchir de la misère.
Par contre, pour les pauvres, leur
dénuement s’explique en grande partie
par l’absence d’opportunités et un accès difficile aux services sociaux
primaires. Le mot « nak » est avancé dans la perception qu’ils ont de
leur vécu. Ils arrivent difficilement à joindre « les deux bouts »,
vivant dans l’insuffisance la plus totale.
Les revenus irréguliers qui sont tirés à
partir de leurs petites activités sont largement déficitaires et sont dans la
totalité consacrée à l’alimentation de la famille. Leur principale activité
s’inspire du « fortaatu » qui signifie, selon eux, le fait de s’adonner
à de petites et diverses activités qui leur procurent des revenus faibles et
incertains. Ces différentes activités (journalier chez les hommes, petit commerce chez les femmes)
leur permettent de vivre au jour le jour, ils se lèvent tôt le matin pour
chercher de quoi manger la journée « ki ñakk mooy kiy xëy lijenti ji ngir
njabootam muna lekk ci bes bi ».
La majorité des enquêtés se reconnaissent dans
cette catégorie de personnes qui ne peuvent s’assurer une dépense quotidienne
régulière.
En milieu rural les
populations perçoivent la pauvreté comme résultant des mauvaises campagnes
agricoles, « ki ñakk moy ko xamne bu la suff si nganto do am dara ».
La pauvreté comme la richesse en milieu rural sont fortement corrélées à la
bonne ou mauvaise récolte.
D’une manière
générale, ces populations se perçoivent elles mêmes comme pauvres par rapport
aux urbains. Cette phrase « ñun waa allbi ay baadoola lañu »
reproduit symboliquement les représentations sociales dans la logique sociale
de ces acteurs. Il faut aussi noter que pour les pauvres, celui qui survit en
ayant recours aux autres est un démuni. « ki nga xamne bu lekke dafa jok
seeti kuko dimbali », le recours aux réseaux de relations est une pratique
courante chez cette catégorie pour satisfaire les besoins essentiels.
L’essentiel pour
eux c’est de survivre, « fexeel ba dunde rek ». Ils justifient aussi
leur vulnérabilité par leur propre incapacité à résoudre leurs difficultés
quotidiennes, la pauvreté c’est « nga am soxla te munoo ko facc »,
contrairement aux riches qui est perçu comme quelqu’un qui à la possibilité de
satisfaire ses besoins et d’assister les autres, « ki am moy kiy facc
soxlam tey dimbale nit ñi ». L’esprit d’entraide et de solidarité est
également un trait dominant dans la perception du pauvre.
En acceptant de
vivre les mêmes conditions d’une façon égalitaire « ñun ñepp ño yem, kenn
tanewul kenn », ils développent des logiques de coveillance et de
réciprocité sociale dont les déterminants psychologiques sont le
« saggalante » et le « sutura ». Ces deux notions selon les
pauvres ne peuvent être valorisées que dans le cadre global de la pauvreté qui
s’exprime par une inter reconnaissance sociale et un appui réciproque.
Enfin dans la catégorie des moyennement
pauvres, leurs perceptions de la pauvreté se fondent très souvent sur les
revenus et l’accès aux services sociaux. Ils se définissent comme étant ni
pauvres, ni riches « amu ñu, ñakku ñu, da ño tane rek ».
Cette position intermédiaire se reflète dans
leur manière d’accéder irrégulièrement à des revenus, où tous les membres
participent à la gestion potentiels ou existants. Ce sont généralement les
ménages de l’économie domestique et sont même sollicités par les deux autres
catégories citées plus haut.
Leur espace familial est généralement le lieux
de rencontre et d’échange entre les différentes catégories, (prise de thé,
séance de télévision organisation de tontines, Mbootaay etc…). Ils perçoivent
ainsi les autres catégories comme étant les véritables pauvres qui méritent
toute leur assistance. Parfois ils arrivent même à recueillir et loger des
enfants issus du milieu pauvre. Leur insuffisance financière est souvent
comblée par l’activation des liens sociaux à distance, et la mobilisation de
ressources disponibles provenant d’horizons divers. L’essentiel des ressources
disponibles est affecté au fonctionnement et à l’entretien des familles.
Il ressort de l’analyse de ces différentes
perceptions que la pauvreté est un mal profond vécu péniblement par l’ensemble
des acteurs. L’acceptation de la pauvreté semble s’opérer par une résignation
et une banalisation de leur état de précarité « (ñakk fëpp la ñakk am te
ñi ñakk ño epp ñi am » ce qui veut dire dans leur mode de référence, ils
incluent le principe selon lequel, la pauvreté touche toutes les catégories
sociales et que les pauvres constituent la majorité des habitants de cette
planète.
Face à cette situation, on voit emerger chez
ces populations un nouveau style de vie que sera l’objet du prochain chapitre à
savoir les tendances du vécu au quotidien des pauvres.
v V°/-TYPOLOGIE DE LA
SEMIOLOGIE POPULAIRE RELATIVE A LA PAUVRETE ET AU BIEN ETRE
L’analyse des
différentes perceptions relatives à la pauvreté et au bien être montre qu’il
existe une multitude de proverbes et d’expressions capables de renseigner sur
le contenu socio culturel et de l’état émotionnel des acteurs.
Résultant d’un
processus de construction sociale, ces expressions populaires restent sous
tendues par une conception individuelle
ou collective des valeurs et normes socio- culturelles qui régissent le vécu
des populations.
Ces attitudes
psychosociologiques font références à un nombre d’éléments culturels
structurants des formes d’organisation sociale et d’évolution socio économique.
Ainsi une typologie de ces sémiologies relatives à la pauvreté et au bien être
peut être présenté comme suit :
|
Pauvreté |
Bien être |
|
« ñakk
mooy nga am soxla mu no ko facc »
(être pauvre c’est être dans l’incapacité de satisfaire). « ku
amul nit ñi amoo dara » (l’absence de relation est synonyme de pauvre ou
être pauvre c’est ne pas avoir de relation). « banneex
ba la neex, day fekk si coono » (avant de réussir, il faut souffri). « ñakk
moy ku nanguwul liggéey” ( est pauvre
celui qui est paresseux ). « ku
gore sonn » (l’homme digne est toujours fatigué). « jamono
daa soppeku, legui bopp sa bopp » (les temps ont changé aujourd’hui
c’est chacun pour soi). « am
yallaa koy joxe, ñak yallaa koy joxe » (c’est Dieu qui distribue la
richesse et la pauvreté). « bo
ame ngor, lo ñak dinko amat” (un homme digne, n’est jamais pauvre). « fii
sutura rek moofi nek ken amufi » (personne n’est riche, chacun vit selon
ses moyens). « ku
ñaxx jariñu” (seul le travail paie). « ndimball
na fek ngay dimballi sa bopp » il faut toujours compter sur soi avant de
compter sur les autres. |
« bo
amul dëkuwaay bu baax sa dëkkin du neex, boo ame jàmm ak say dëkkëndoo sa
dëkuwaay neex ». (le bien être c’est avoir une bonne entente avec ses voisins). « banneex
mooy lo yootu jott ko » (le bien être c’est satisfaire ses besoins). «
jàmm ak wërgu yaram, dund ngu doy mooy am am » (le bien être c’est la
paix, la santé et une alimentation suffisante). « am
am moy sabablu te baña xeep dara „ (la richesse c’est faire des efforts et ne
rien sous estimé). « am
am mooy xell bu dall „ ( le bien être c’est avoir l’esprit tranquille). « ku
xeebul sa nguur, di buur » (le bien être c’est ne pas se sous estimé). « lu
bare bare du doy, konn neew du ko yaq » (la richesse est toujours
insuffisante en avoir peu c’est déjà bon). « am
am moy wer, li jëk ci baneex mooy jëk wer“ (le bien être c’est avant tout la
santé) |
A la lecture de ce tableau, on note que les
perceptions relatives à la pauvreté et au bien être sont construites en
fonction d’un système de valeurs référentielles qui structure les modes de
pensées des acteurs concernés.
Ces expressions populaires intériorisées par
les membres de la société tendent à légitimer certaines pratiques sociales.
Leur caractère opérationnel favorise le rejet d’un ensemble de pratiques déviantes
et en même temps joue le rôle de régulation et de censure à certaines
contingences sociales. La transgression de ces normes et lois sociales diffuses
entraîne une sanction individuelle ou collective.
L’évolution globale
de la société a connu des éléments de rupture qui ont profondément modifié ces
dispositifs perceptuels et favorisé la mise en place d’un nouvel ordre social.
Cet ordre social devient toutefois instable en période de crise et n’est plus
suivi particulièrement chez les populations les plus pauvres.
L’effritement des valeurs, suivi d’un
relâchement de l’autorité parentale ont entraîné la fragilisation du tissu
familial d’abord, social ensuite. Le modèle de vie des jeunes générations porte
les stigmates de cette anomie sociale.
Dans leur système de repérage, une forte
corrélation est faite entre la pauvreté et le bien être par rapport à la
tradition, à la divinité, à la vie de relation, au travail et modèle de
réussite sociale.
Le recours à la divinité et aux croyances
explique en partie les cas de fatalité, de résignation et d’acceptation de son
sort. Dans certains cas, il suscite un espoir incertain de sortie de la
précarité « ñakk yalla rek mooko muna fac » (seul Dieu est
capable d’enrayer la pauvreté), « yalla yemallewul » (la répartition
divine est inégale), « am am mooy ki yalla wacc ak bakanam, li dess moo
lay jox tuuti nga goorgoorlu » (la vie est la principale richesse que Dieu
nous a donné, les moyens pour vivre, c’est l’œuvre de l’homme), constituent
autant de refuges chez les pauvres pour justifier leur vulnérabilité.
le déterminisme socio culturel agit avec force dans la perception des
conditions de vie des populations et s’adapte a un ensemble de concept
socio-linguistique tiré de la tradition et des valeurs : « bo ame
ngor lo ñakk dinko amaat » (un homme digne n’est jamais pauvre), « ku
ci nek am nga lo jombal sa bopp » (chacun de nous à son propre orgueil)
« nit dina yor njaboot te du njaboot » (on peut avoir en charge une
famille sans pour autant être le géniteur), « fii sutura rek mo fi nek ken
amufi » (ici personne n’est riche chacun vit selon ses moyens).
Le mode de vie des populations pauvres,
caractérisé par une crise aiguë, a entraîné,
à l’adoption de différentes
stratégies de survie, à l’émergence et
la réactualisation des références par rapport au travail. Cette référence aux
vertus du travail s’explique par l’émergence de types d’hommes modèles où de
communautés qui ne doivent leurs réussites que par leur seul travail.
Cette référence au travail se matérialise
ainsi « ku ñaxx jariñu » (seul le travail paie), « ki ñakk moy
ki nanguwul ligeey » ( le pauvre c’est le paresseux) « banneex bala
neex dafay fek si coono » (il faut souffrir avant de réussir/le travail
d’abord, la réussite ensuite) « ki am moy ku mellni ndeem si yalla Djilly
Mbaye walla Ndjouga Kebe » (feus Djilly Mbaye et Djouga Kébé sont des
symboles de la richesse).
ñi am
bo len amee, ñakko dara »,
„am nit moo gen am alal „ (les relations humaines sont plus importantes
que la richesse).
Ces sentiments traduisent toute l’importance
que les populations pauvres accordent aux réseaux de relations qui peuvent
constituer un palliatif à la précarité.
L’élément moteur à ce niveau demeure
principalement les relations que les acteurs tissent et entretiennent entre eux
et qui sont plutôt basées sur la confiance, la coveillance et les devoirs de
réciprocité que sur l’argent. En définitive les perceptions relatives à la
pauvreté et au bien être s’appuient sur un ensemble de référentiels divins et
psycho sociaux qui donne un sens à un certain nombre de pratiques, et de
croyances auxquelles tous les acteurs
semblent adhérer de manière consciente ou inconsciente.
La qualité et la profondeur de ces sentiments
qui régissent les modes d’existence des populations cibles justifient toute la
pertinence d’une étude perception de la pauvreté. Toute politique de réduction
de la pauvreté doit nécessairement prendre en compte les modes de pensées qui
cimentent l’organisation et l’évolution socio-culturelle des populations
concernées.
v VI°/-FORMES ET MECANISMES
DE VULNERABILITE, D’INSECURITE, DE
RISQUE D’EXCLUSION DE MARGINALITE, ETC
Les populations
pauvres, dans les quartiers et villages où s’est déroulée cette enquête, sont
victimes de plusieurs formes de vulnérabilité articulées autour de l’insécurité
foncière d’abord, et ensuite l’insécurité liée à l’accès aux services sociaux
de base.
Le niveau
d’insécurité foncière au niveau des quartiers se mesure aux nombreuses
atteintes dont sont victimes les pauvres, des atteintes caractérisées par la
précarité des logements qui, du fait du caractère spontané ou extensif des
quartiers, sont la proie des inondations,
des incendies et autres accidents car les terres n’ont pas été au
préalable viabilisées.
C’est
l’exemple de Médina Fall et de Darou
Salam à Thiés, de Kouli et Niandakhoune à Tivaouane, et de Mbour sérére kaw et
Darou Salam à Mbour.
Le caractère
précaire des habitats réside dans le fait que même si les bâtiments sont en
dur, les toitures sont généralement en zinc et les clôtures en paille, ce qui
s’apparente beaucoup plus à des abris de fortune. L’absence d’éclairage public
comme c’est le cas à Darou salam constitue un facteur propice pour l’écoulement
de la drogue (chanvre indien) et les multiples agressions dont sont victimes les
populations.
L’obscurité aidant, Darou Salam demeure le
refuge de « fakhman », de dealers, de voleurs et de violeurs qui
cherchent refugent aux alentours des champs. EL.F, 26 ans, mécanicien à Darou
Salam explique :

« Le problème de Darou Salam,
c’est que l’insécurité est même connue des services de police mais elle ne
réagit pas car le principal dealer du coin a une famille ici et entretient des
relations avec la police. De sorte que cette personne peut toujours négocier et
même si on l’arrête, sa famille continuera de vendre. Nous avons mis en place
une association dans le quartier, dont parmi les objectifs, il y a le fait de
lutter contre l’insécurité, mais nous n’avons pas les moyens d’y parvenir, car
si tu amènes quelqu’un à la police, c’est toi qu’on risque de retenir.
D’ailleurs, si jamais quelqu’un a des problèmes avec la police, mieux vaut dire
qu’on est pas habitant de Darou Salam, pour n’importe quel service, même pour
avoir des papiers, mieux vaut déclarer habitant de Hersent ou autre »
ces propos traduisent clairement l’inquiétude
permanente chez les habitants du quartier,
qui, par ailleurs, vivent dans un milieu
fortement et négativement stigmatisé de la part des habitants de la ville.
Cette blessure sociale est vécue tristement comme un rejet, particulièrement
par les jeunes du quartier qui sont souvent obligés de renoncer à leur milieux
d’origine. Leur insécurité est d’autant plus justifiée du fait que leur plainte
n’ont jamais obtenus une oreille attentive au niveau de la police.
Les cas de vols sont fréquents au niveau des populations, car les habitants ne sont
pas protégés et sont donc victimes des hommes et des conditions climatiques
(tempêtes, vent de sable, inondations et ordures ménagères) dont la première
conséquence est la promiscuité des ménages.
Ensuite les populations pauvres sont victimes
d’insécurité foncière car elles risquent à tout moment le déguerpissement et le
délogement. Dans les quartiers de Mbour et Tivaouane, l’accès à la terre est
devenue difficile à cause d’une spéculation foncière dont les bénéficiaires
sont les « moodu moodu », les personnes influentes, les politiciens,
au détriment des jeunes qui remplissent pourtant toutes les conditions.
Cette spéculation foncière n’est pas seulement
l’apanage de la préfecture où de quelques individus influents. A Pire et à
Tivaouane par exemple, les focus group réalisés auprès des jeunes ont permis de
révéler laction des industries chimiques du Sénégal (ICS) et des usines Taïba
dans l’accaparement des terres.

P.M.M,
29 ans célibataire et chômeur affirme « que le conflit qui les oppose aux
usines Taïba demeure principalement la terre dont l’usine ne cesse d’occuper au
détriment des agriculteurs. Les terres occupées par Taïba sont la propriété des
22 villages alentours dont l’activité principale est l’élevage et
l’agriculture. Un jour on s’est constitué en groupe pour occuper les terrains
d’entretien et confisquer les machines de l’usine. Nos revendications étaient
articulées sur le fait que même si on
n’y pouvait rien, les ICS et TAIBA, devraient recruter des jeunes de nos
localités (Tivaouane et Pire Goureye), mais aussi que les villages devraient
être dédommagés car la pollution tue les arbres et appauvrit les sols, ce qui
rend l’agriculture impossible.
La
direction des entreprises TAIBA nous a appelé en négociation et nous avons
proposé de rendre les machines, mais en contrepartie, les jeunes devraient
avoir un quota au niveau des recrutements et qu’ensuite, chaque arbre détruit
était payé à 75.000F. La direction a accepté de payer 40.000F pour les arbres à
la communauté des villages et a fait des promesses au niveau du recrutement.
Mais comme vous le voyez rien n’a été fait car nous
sommes pauvres, nous n’avons pas de bonnes relations et personne ne se soucie
de nous. Nous sommes « les victimes de TAIBA ».
Comme on le voit, cet exemple montre la vulnérabilité
des populations pauvres face à la toute puissance de ces sociétés nationales,
symbole de l’état et dont les recettes ne couvrent même pas la réparation des
torts causés à cette communauté.
Cette situation pose aussi le rapport entre les collectivités et certaines
institutions comme les mairies et les préfectures.
MB-ND, 52ans, agent au trésor de Tivaouane
explique :
« les populations croient jusqu’à présent qu’en
ce qui concerne la terre, « fi sama mame mo ko moomoon » est de
rigueur jusqu’à présent (ici c’est la terre de mes ancêtres).
En ce qui me concerne, mon problème essentiel,
mon seul combat , c’est le lotissement du quartier car même si le lotissement a
été fait, nous n’avons pas encore nos numéros de parcelle et nos titres
fonciers.
Personne n’est en sécurité ici car aucune
parcelle n’a de papiers pour faire acte de propriété. Niandakhoune était un
sous-quartier qui, par la force des choses, est devenu un quartier. C’est ainsi
que j’ai recensé les jeunes habitants du quartier qui ont déposé une demande
avec tous les documents nécessaires à l’appui, et je suis en train de me battre
avec la préfecture pour qu’ils aient leurs parcelles.
Je dois aussi vous signaler que si les jeunes
m’avaient suivi, j’aurai déposé une plainte contre l’ancien préfet de Tivaouane
pour vente illicite de parcelles. Lorsque le scandale à éclaté ici, il a été
muté à Pikine puis a été relevé ».
De manière
générale, le problème de la vulnérabilité lié à l’insécurité foncière sévit
dans les zones marquées par certaines caractéristiques. Tivaouane et Pire
Goureye sont des villes à forte connotation religieuse, tandis qu’à Mbour, la
spéculation foncière est liée au fait que c’est une zone côtière à forte
activité touristique. Dans les deux cas, ces risques et cette insécurité ont
pour principale cible les populations pauvres qu’on a tendance à déloger et à
déguerpir du fait que les sites occupés deviennent stratégiques.
Mais le problème ne se pose pas dans les mêmes
termes en milieu urbain qu’en milieu rural. Dans les villages visités au cours
de cette présente enquête, la spéculation foncière n’est pas aussi assurée que
dans les quartiers.
Les formes et mécanismes de vulnérabilité, d’insécurité
et de risques sont caractérisées par une précarité des concessions dont la
majorité sont en paille et sont la proie des intempéries et des conditions
climatiques. Mais l’insécurité est aussi liée à la récupération des terres,
jadis, réservées à l’agriculture au
profit des habitations, ce qui appauvrit considérablement les agriculteurs.
En milieu rural, le problème de la terre ne se
pose pas comme révélé dans les quartiers de Thiés, Tivaouane et Mbour. Le
domaine est d’autant plus compréhensif que même les terres qu’il confisque pour
l’attribuer comme habitation sont des terres à l’intérieur où proches du
village.
Enfin, il faut noter qu’aussi bien au niveau des
quartiers que les villages, l’insécurité est caractérisée par les cas de vols
répétés qui exposent les populations pauvres, à des pertes de biens matériels
ou de bétails durement acquis. Les objets volés concernent généralement le
bétail (moutons, chèvres, bœufs, cheveux, ânes) dans les villages et du
matériel comme les bombonnes de gaz, les téléviseurs, matériels de musique, etc
en milieu urbain .
A ce niveau, la vulnérabilité est davantage renforcée
par le sentiment d’impunité et
l’absence de la police qui n’est pas toujours sur les lieux, (à Pekesse
ou Thilmakha, il faut venir jusqu’à Ngaye Mekhe ; à Pire goureye, la
brigade de police est à Tivaouane ; à Keur lamane, elle est à Khombole ; tandis que les habitants de
Tassette se rendent à Notto pour faire leurs déclarations).
Le second niveau des formes et mécanismes de
vulnérabilité, d’insécurité, de risque, d’exclusion, de marginalisation des
populations pauvres est corrélée à l’accès aux services sociaux de base. Sur le
plan de la santé, le cadre de vie et l’environnement, du fait de son caractère
spontané ou flottant, « les sanccanes » comme ils disent, posent le
problème de l’hygiène lié à la stagnation des eaux de pluie, l’entassement des
ordures par manque d’assainissement. Cela se répercute chez les populations qui
sont sujettes à des maladies endémiques (paludisme, choléra, tuberculose,
diarrhée).
A cela s’ajoute le
coût élevé de la santé (consultation entre 100F à 500F) en plus des ordonnances
assez onéreuses et dont elles ne peuvent plus supporter la charge. Dans les
sites visités, les infrastructures sanitaires (essentiellement des postes et
des cases de santé) fonctionnent difficilement à cause d’un manque de personnel
qualifié et d’équipement.
Ensuite les
distances sont assez longues et le problème du transport rend les pauvres
vulnérables en cas d’évacuation urgente. Exemple : les populations de
yabo-yabo se rendent jsuqu’à Thiadiaye pour se soigner.
Au niveau de l’éducation, l’ensemble des villages
présente un déficit chronique d’infrastructure scolaire et les élèves
parcourent des distances énormes pour rejoindre les classes.
A ce niveau, leur vulnérabilité s’explique,
pour l’acquisition du savoir, aux charges élevées liées à l’inscription, à
l’achat de fournitures, aux différentes cotisations. Le manque de ressources
est alors l’une des principales causes d’abandon en dehors des échecs aux
classes d’examen et au problème d’âge.
En zone rurale particulièrement, les jeunes ne
sont pas convaincus de l’importance de l’éducation et préfèrent, au lieu de
gréver les maigres ressources familiales, chercher du travail et seconder la
famille. De ce fait, le manque de formation et d’éducation les rend davantage
plus vulnérables face aux opportunités qui pourraient se présenter à eux dans
le futur. En ce qui concerne l’accès à l’eau potable, le problème commun aux
quartiers et aux villages concernés par l’enquête de perception demeure
principalement le problème des branchements sociaux individuels. De manière
générale, les tuyaux de canalisation, à Médina Fall, Darou Salam et Thiés None
s’arrêtent juste à l’entrée des quartiers et sur les principales artères, de
sorte qu’il y a une multitude de nouveaux venus qui n’ont pas accès à l’eau.
Cette situation est accentuée par le fait qu’à défaut d’un lotissement, la SDE
hésite carrément à s’aventurer dans ces quartiers faits de méandres et de
labyrinthes où l’installation des tuyaux est difficile. Par contre, il y a des
bornes fontaines qui ravitaillent les populations en eau même s’il existe aussi
des puits dans certains quartiers.
A Tivaouane par exemple, les quartiers de
Kouli et de Niandakhoune bénéficient d’installation en eau, mais il existe
aussi des puits qui fonctionnent surtout en cas de coupure. Certains villages
comme Malicounda Bambara à Mbour, Pekesse et Tassete par exemple, sont
ravitaillés en eau par des forages qui tombent très souvent en panne et mettent
du temps à être réparés.
Par contre les villages de yabo-yabo et de
Ndiarao, respectivement dans la communauté rurale de Sésséne et de Ndiaganio
semblent présenter les signes caractéristiques d’une carence en eau potable du
fait de leur enclavement d’abord et de leur position, la forme d’hameau où
d’îlots, mais surtout parce que le seul forage disponible tombe fréquemment en
panne et l’essentiel de la consommation en eau est fournie par des puits qui ne
sont pas toujours protégés.
Yabo-yabo dispose de 4 puits à ciel ouvert
dont l’insalubrité de l’eau est visible chez les enfants qui souffrent de maladies diverses, tandis qu’à Ndiarao,
il n’y a qu’un seul robinet public.
L’ensemble des quartiers et villages
présentent aussi des risques de vulnérabilité face à la mobilité sociale car le
transport au niveau des quartiers, se heurte à l’ensablement et à l’enclavement
qui font que la distinction en direction de ces quartiers n’est pas prisée.
A Darou Salam, Thiés None, par exemple, à
certaines heures, il n’est plus possible de trouver un moyen de transport dans
la mesure où dans le 1er cas, il faut marcher jusqu’à hersent tandis
que dans le 2ème , il faut aller jusqu’à la gare routière. A Kouli
et Niandakhoune dans la commune de Tivaouane, les calèches sont très demandées
bien que le transport soit un peu cher (entre 200 et 300F).
A Mbour, la course en clando est tarifée à
500F pour toutes les destinations.
La vulnérabilité a ce niveau est surtout notée
en cas d’évacuation d’urgence de femmes enceintes, de personnes âgées où
d’accidents domestiques. Dans les villages par contre, le seul moyen de
déplacement demeure la charrette car même dans les villages disposant d’une
gare routière, après 17H, il est difficile de trouver un moyen de transport.
Enfin, en ce qui concerne l’électrification, les
quartiers présentent un déficit d’éclairage public surtout au niveau des zones périphériques (Médina Fall
(« sanccaan yi mujj ») « les derniers à s’installer »,
Darou Salam Thiés (Darou Salam2, Mbour Sérére Kaw, Thiocé. Est à Mbour, Kouli
et Niandakhoune à Tivaouane). Le problème a ce niveau est le rythme
d’installation des populations qui est plus rapide que celui des
infrastructures devant accompagner le
cadre de vie.
Cependant, au niveau des villages, aucune exclusion ou
cas de marginalisation liée à la pauvreté n’a été notée et la cohésion sociale
demeure très forte entre membres et les différentes communautés qui vivent dans le village. Au niveau des
zones urbaines par contre, la conception est déjà faite que « ku ñakk, ken
du la boolé ci dara », ce qu’on pourrait traduire par « les pauvres
ne sont associés à rien ».
Cette situation pourrait peut être expliquer la
tendance qu’ont les pauvres de s’exclure d’eux-mêmes de la société pour cacher
et camoufler leur situation.
En milieu rural, il y a une forte référence à Dieu dans l’appréciation du bien
être et de la pauvreté, « ku am, yalla la may, ku ñakk, yallaa la
xañ, » en d’autres termes, c’est Dieu qui est à l’origine de la richesse
et de la pauvreté.
Il faut noter aussi qu’en raison de leur manque de
relation et de l’entre-gent nécessaires, les formes de vulnérabilité des
personnes pauvres sont caractérisées par le non accès aux opportunités qui se
présentent et ne bénéficient pas au financement et aux subventions, de même
qu’à l’aide octroyée car ils n’ont pas les relais nécessaires. En définitive,
les personnes pauvres demeurent la catégorie la plus exposée, la plus
vulnérable face aux multiples agressions de la vie.
v VII°/-PRINCIPALES TENDANCES
DU VECU AU QUOTIDIEN DES MENAGES ET DES ACTEURS INDIVIDUELS
Face à la crise, les populations pauvres ont
adopté de nouveaux modèles de comportements qui ont des conséquences sur le
vécu au quotidien des ménages. Le « foraatu » demeure le principal
moyen pour subvenir à ses besoins devant
l’incapacité des chefs de familles et des aînés à répondre positivement
aux sollicitations multiples de la famille.
Chez les jeunes on note une tendance très
forte à se débrouiller en se lançant dans de simples procédés générateurs de
ressources où s’investir dans de petits métiers (maçons, menuisiers,
électriciens, manœuvres, apprentis cars, comme journaliers).
Les ressources tirées de ces multiples et
petites activités servent à résoudre leurs besoins ponctuels et éventuellement
participer à la gestion de l’économie domestique. Ainsi de plus en plus les
femmes et les jeunes sont mis à contribution et ceci se matérialise par le
commerce de détail tout azimut exercé par les femmes, tandis que l’exode des
jeunes filles en direction des centres urbains s’accentue d’avantage.
Ces jeunes filles travaillent pour la plupart
comme domestiques et les revenus qu’elles tirent de ce travail leur
permettent de se prendre en charge
elles - mêmes, et de participer en même temps à l’économie domestique de la
famille restée aux villages.
Les femmes elles aussi s’impliquent de plus en
plus dans la gestion de l’économie domestique, en s’investissant dans des
activités de production (petit commerce, tontine, Mbootaay etc…) génératrices
de revenus qui sont réinvestis dans le fonctionnement du ménage.
Le « kër këri » (la débrouillardise)
est devenu une litanie familière pour assurer la dépense quotidienne et se
traduit par l’emprunt chez des amis, ou des voisins pour régler un problème
spécifique.
Au niveau de l’alimentation les acteurs
procédent à une rationalisation des dépenses
qui sont désormais uniquement orientées vers les nécessités et les
besoins vitaux : le « gobar jaassi » devient la règle, les trois
repas quotidiens l’exception.
Le petit déjeuner est constitué de plus en
plus de « café touba » et tend à devenir de plus en plus une affaire
individuelle.
A la question : qui gère la crise ?
l’étude à fait ressortir cinq cas de figure qui structurent les modes
d’organisation socio économiques.
-
Les ménages où les
enfants, l’épouse (ou les épouse), et le mari participent tous à la gestion de
l’économie domestique en se partageant les différents postes de dépenses avec
des affectations particulières : les enfants : les factures d’eau et
d’électricité ; le mari : le riz l’huile et le savon et un montant
journalier à titre de dépense quotidienne en fonction de ces potentialités
financières ; la ou les femmes s’occupent de l’achat au quotidien de
certains produits alimentaires (condiments).
-
Les ménages où les
enfants assurent les dépenses les plus significatives. Ils deviennent ainsi le
principal soutien de famille. On retrouve dans ce cas les ménages dont les
enfants sont émigrés. C’est aussi le cas où les enfants apportent une contribution
quotidienne ou mensuelle.
-
Les ménages de veuves
où les femmes gèrent à elles seules les dépenses de toute sorte, grâce aux
ressources laissées par leurs défunts maris ou tirées des activités
quotidiennes génératrices de revenus.
-
Les ménages où le mari
est soit un retraité ou un déflaté ou dans un chômage endémique, et que les
femmes s’occupent de la gestion du ménage avec une participation faible des
enfants.
-
Les ménages où un seul
membre de la famille, fille ou garçon, s’occupe de l’entretien du ménage avec
une participation faible des parents. C’est le cas des ménages où les parents
ont de très maigres ressources (la femme ménagère, le mari journalier de
manière irrégulière, les enfants trop jeunes pour entrer dans la vie active).
L’étude perception de la pauvreté aura
également permis de noter une envie très profonde chez les acteurs de
s’émanciper du carcan familial. Cette autonomie individuelle est de plus en
plus recherchée par les femmes qui s’impliquent dans diverses activités
porteuses de revenus, et pour cela elles sont devenues très actives dans les
campagnes d’alphabétisation pour rattraper leur retard au niveau de
l’instruction. Elles considèrent désormais qu’une des voies les plus sûres de
réussite sociale réside dans l’alphabétisation et la participation à des
groupements (GIE, GPF).
Le développement de cet esprit d’entreprise
chez les femmes est également noté chez les jeunes qui, de plus en plus,
prennent conscience de l’obligation de s’auto gérer en prenant en charge la
satisfaction de leurs besoins essentiels (habillement, loisir, alimentation),
et de leur devoir de soutiens à leurs
parents confrontés à la crise pertinente. C’est ainsi que petit à petit se
précise une gestion solitaire de la pauvreté. Il est apparu clairement que la notion
de « taqale » qui signifie (joindre les bouts en assemblant des
revenus tirés de plusieurs activités ou personnes) symbolise le vécu quotidien
des populations les plus pauvres.
Ce système se traduit par de petites
cotisations entre les membres de famille pour assurer le budget familial, ou la
captation de ressources extérieures additionnelles en sollicitant divers
tiroirs sociaux réinvestis dans l’économie domestique. Cette pratique est plus
marquée en milieu urbain qu’en milieu rural.
Ces nouveaux modèles de comportements adoptés par les pauvres incluent des ajustements divers opérés par eux - mêmes pour améliorer leurs conditions de vie.
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