République du Sénégal
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Préambule

 

SIGLES ET ABREVIATIONS

 

ASC : Association sportive et culturelle

ASPAB : Association Sénégalaise pour la promotion de l’Agriculture Biologique

CER : Centre d’expansion rurale

CNCAS : Caisse Nationale de Crédit Agricole du Sénégal

CR : Communauté Rurale

CSPT : Compagnie Sénégalaise de Phosphates de Taïba

DPS : Division de la Prévision et de la Statistique

DSRP : Document de stratégies de Réduction de la pauvreté

EOI : Evaluation des objectifs Intermédiaires.

ESAM : Enquête Sénégalaise Auprès des Ménages

FONGS : Fédération des Organisations Non Gouvernementales du Sénégal

FTT : Filateries Textiles Thiessoises

GIE : Groupement d’intérêt economique

GPF : Groupement de promotion féminine

IEC : Information Education et Communication

ICS : Industrie Chimique du Sénégal

MSAD : Manufacture Sénégalaise des Arts Décoratifs de Thiès

NSTS : Nouvelle Société Textile Sénégalaise

OCB : Organisation Communautaire de Base

OHLM : Office des Habitations à loyer modéré

OMS : Organisation Mondiale de la Santé

ONG : Organisation Non Gouvernementale

PAP : Programme d’Action Prioritaire

PDL : Plan de Développement Local

PNAT : Plan National de l’Aménagement du Territoire

PROCHIMAT : Compagnie de Produits Chimiques et Matériaux

RGPH : Recensement Général de la Population et de l’Habitat

SDE : Société des Eaux

SENAC – ETERNIT : Sénégalaise d’Amiante – Ciment

SISMAR : Société Industrielle Sénégalaise pour le Matériel Agricole et Rural

SIGELEC : Société Industrielle de Générateurs électriques

SNCS : Société Nationale des Chemins de fer du Sénégal

SOREM : Société de Réparation d’Unités Mécaniques

SSPT : Société Sénégalaise des Phosphates de Thiès

Septembre 1995. 169 p.

 

INTRODUCTION GENERALE

Les théoriciens du développement ont pendant longtemps pensé que le problème de la pauvreté allait être résolu avec la croissance et le progrès. L’histoire a cependant  montré que depuis quelques décennies le nombre de pauvres ne cesse de se multiplier dans tous les points du globe. On découvre de nouvelles formes de pauvreté et de marginalisation.

Cette situation vient confirmer la thèse selon laquelle à côté de ceux qui naissent pauvres, un grand nombre de personnes bascule à leur tour dans la pauvreté du fait de la crise économique persistante accompagnée par de nombreuses et très profondes mutations technologiques, économiques et sociales. La ville est devenue aujourd’hui le principal lieu où l’on rencontre ces nouvelles formes de pauvreté et de marginalisation qui s’expriment par un dénuement économique et relationnel. Pourquoi particulièrement la ville ? Parce Qu’elle subit verticalement les effets directs induits par les grandes crises mondiales. L’urbanisation accélérée et désordonnée tendant à la macrocéphalie a pour corollaire l’émergence de situations pénibles et inquiétantes qui sont le résultat de deux facteurs combinés : le faible niveau de productivité agricole qui pousse les populations des zones rurales vers les centres urbains, et la crise de la ville qui n’offre plus de solutions et d’opportunités face aux besoins grandissants des populations.

Le durcissement de la crise a fait que les habitants des villes comme ceux des campagnes sont ainsi confrontés à de multiples problèmes que sont : la pauvreté, la marginalisation, le manque d’eau, l’inaccès ou la difficulté d’accès au logement, une nourriture pauvre et insuffisante, l’insuffisance de satisfaction en matière de santé, de transport, d’éducation, d’emploi, la violence et la criminalité, etc…. .

Selon les estimations de la Banque Mondiale, la plupart des pauvres vivent dans les zones rurales (78%) et tirent une bonne partie de leurs ressources de l’agriculture ce qui les soumet aux aléas naturels, aux contraintes pesant sur la politique agricole et aux variations des prix sur le marché international. On note dans la « stratégie nationale de lutte contre la pauvreté » qu’au Sénégal, 30% des ménages vivent en dessous du seuil de la pauvreté, si celui-ci est défini comme étant la dépense nécessaire à l’acquisition de 2400 calories par jour et par personne dans le ménage.

Suivant cet indicateur, 75% des ménages pauvres sont localisés en milieu rural et 58% des ménages ruraux sont pauvres. Les mécanismes générateurs de pauvreté agissent surtout au niveau communautaire en milieu rural tandis qu’en milieu urbain, ils interviennent beaucoup plus au niveau des individus, des familles et des ménages.

Avec son lot de privations matérielles et financières, la pauvreté urbaine exprime une précarité économique et sociale, qui semble le plus souvent transitoire et donc réversible à plus ou moins brève échéance, alors que la pauvreté rurale semble chronique et plus structurelle.

La pauvreté, difficultés d’accès au crédit et faible couverture des services sociaux en milieu rural est souvent synonyme de faible revenu monétaire, baisse du niveau de l’autoconsommation. Ses difficultés d’accès au crédit rural et le manque d’encadrement réduisent les paysans à des formes de production de subsistance qui ne permettent pas de dégager le surplus nécessaire pour l’accumulation locale. Tandis qu’en milieu urbain, les indicateurs de pauvreté les plus pertinents se rapportent à l’accès aux services urbains, l’accès à la propriété foncière et la possibilité pour les couches les plus vulnérables de trouver un système de solidarité et d’appui.

L’étude perception de la pauvreté a révélé que la pauvreté peut se mesurer par l’accès aux services sociaux de base, par la propriété économique, mais également par la prise en charge d’une masse d’indicateurs socio-culturels qui reflètent le vécu quotidien des acteurs. La notion de pauvreté charrie une dose d’ambiguïté et dont la raison se trouve dans son extrême variabilité, dans sa relativité et dans la multiplication de ses formes.

Les développeurs ont toujours pensé que les gens étaient pauvres parce qu’ils n’avaient pas ce qu’ils devaient avoir, parce qu’ils ne savaient pas ce qu’ils devaient savoir et parce qu’ils ne faisaient pas ce qu’ils devaient faire, et que, pour enrayer la pauvreté il suffisait simplement de fournir les explications utiles, former et faire appliquer quelques recettes.

La pauvreté se limitait ainsi à une affaire d’économie et d’infrastructure, avec en tête un modèle de l’homme et de la femme « développés ». alors que les gens cherchaient avant tout à tisser des réseaux de relations en se focalisant sur les valeurs de solidarité et les symboliques locales importantes à leurs yeux. A partir de ce moment, aucune action ne pouvait réussir si la population n’en était pas le centre, et c’est à partir de là que les individus ou les groupes imaginent des solutions diverses pour sortir de la crise.

Ainsi, la pauvreté n’est pas seulement une affaire d’argent ou de revenu moyen inférieur à une norme quelconque, c’est aussi un état de dévalorisation de soi, de son milieu, de sa culture, et donc de ses croyances : on est pauvre parce qu’on se sent comme tel et que les autres paraissent vous désigner ainsi. Ne pouvant pas être réduite à sa seule dimension économique, l’étude perception de la pauvreté a montré qu’elle a une dimension relationnelle, symbolique et culturelle. La pauvreté présente ainsi de multiples visages.

Les populations rencontrées durant cette étude s’appuient d’une manière générale sur une autre échelle de représentation de la richesse et de la pauvreté. Cette faculté perceptuelle de la pauvreté et du bien-être est une autre dimension du phénomène et entraîne souvent une instabilité de la situation de privation volontaire ou non.

Cette instabilité explique les difficultés que rencontre toute politique de lutte contre la pauvreté basée sur le ciblage social. La pauvreté est le produit d’une dynamique historique et sociale et c’est en son sein que doivent être recherchés les mécanismes qui diffusent l’exclusion.

Les réactions de survie des populations dites pauvres, les différenciations en leur sein ne sont pas toujours clairement exposées. Les mécanismes producteurs de l’inégalité ou de la mobilité sociale et les recompositions qui tournent le dos à l’Etat sont moins bien étudiés. En tout état de cause, quelque soit le cadre économique, la pauvreté résulte de facteurs culturels, sociologiques et politiques, ainsi que de l’interaction entre ces deux facteurs. Des analyses des contraintes culturelles, du contexte sociologique et de la dynamique politique qui permettent à la pauvreté de persister, aident à mieux comprendre le phénomène de la pauvreté et les ajustements des acteurs individuels ou collectifs.

RESUME

Dans cette étude, les perceptions qualitatives de la pauvreté ont été appréhendées au travers des sémiologies populaires qui interrogent le vécu et les représentations des acteurs sociaux. Qu’il s’agisse de pauvreté absolue ou de pauvreté relative, les perceptions que les acteurs ont de leurs conditions de vie sont essentielles à comprendre le vécu de la pauvreté, ses manifestations, ainsi que ses conséquences. L’accent est donc mis sur les enjeux de l’espace – temps et les pratiques sociales, économiques et politiques des acteurs sociaux. Dans l’analyse des formes de pauvreté, les populations ont fait une distinction entre miskin (un nécessiteux, un pauvre), ndool (être miséreux), walakaana (personne totalement démunie, misérable), neewdi doole (indigent) etc. Ces populations qui se fondent sur le regard et le sentiment que les uns éprouvent à l’égard des autres à l’intérieur d’une même classe sociale, traduisent d’une certaine manière les conditions de vie économique et sociale dans lesquelles ces populations pauvres restent confinées.

L’analyse de la perception de la pauvreté dans la région d’étude peut s’articuler autour de quelques indicateurs dont les plus saillants se donnent comme suit : « Est pauvre celui qui n’a rien, qui ne paut régler ses besoins sociaux primaires, qui vit sans opportunités ». Ce type de pauvre est généralement appelé « ndool », traduit dans l’expression populaire en ces termes : « nit kuy taxaw rek te yorewul dara » (quelqu’un qui vit mais qui est dépourvu de tout). Cet individu est selon les populations quelqu’un qui se trouve placé  dans un dénuement total, économique et social ; il est sans soutien et ne  compte que sur l’aide que lui apporte son entourage pour survivre. Il est souvent qualifié de déclassé social et plongé dans un état de misère quasi – permanent. Son trait dominant est qu’il s’auto exclue lui - même du tissu social, préférant ainsi évoluer dans l’anonymat le plus total.

« Est pauvre celui qui n’a pas de relation sociale » ; c’est à dire un orphelin social. Pour les populations, ce type de pauvreté peut découler d’une situation sociale volontaire ou non. Dans tous les cas, l’individu ne dispose pas d’un capital social susceptible d’être mobilisé en cas de besoin présent ou lointain. Marqué par un dénuement relationnel total, il évolue dans un contexte social particulier à l’opposé de la densification des réseaux relationnels qui trouve son fondement dasn cette sémiologie populaire : « ku am nit ñakkuloo dara » (les réseaux de relations interpersonnelles sont une arme contre la pauvreté).

Le capital relationnel contitue ici une référence centrale. Plus il se densifie par des réseaux familiaux, professionnels, religieux, de voisinage, etc., plus l’individu dispose d’atouts face à la pauvreté et à la marginalisation. Leur activation en sollicitant un ou plusieurs tiroirs sociaux permet de satisfaire un certain nombre de besoins et participe à la sécurisation de l’acteur. En mettant l’accent sur le social au détriment de l’économique et du matériel, les populations perçoivent toute l’importance de la fonctionnalité de ces types de liens sociaux qui doivent cimenter leur modèle d’organisation sociale, en leur servant d’amortisseur face à la crises.

Ainsi, l’analyse de la perception de la pauvreté révéle que les populations la vivent comme étant un état douloureux qui se traduit par une multitude de privations volontaires ou imposées. L’invocation fréquente de la divinité pour expliquer leur état de vulnérabilité est uen donnée majeure dans l’étude perception de la pauvreté. S’exprimant en ces termes : « am yalla koy joxe ñakkit yalla koy joxe » (la richesse comme la pauvreté sont l’œuvre de Dieu), les populations se réfugient dans un argumentaire religieux pour mieux supporter et vivre les affres de la précarité et de la misère.

Cependant, pour certaines personnes, la forte référence à la religion et à Dieu se justifie dans l’espoir quotidien qu’elles nourrissent de sortir un jour de la pauvreté. Cet espoir se traduit dans les sentiments populaires à travers ces termes : « yalla baaxna, yalla rek moo xam liy ñew suba » (Dieu est bon pour tout le monde et il est le seul à savoir ce qui va arriver demain).

Il faut aussi noter que la perception relative à la pauvreté doit être analysée parallèlement à la perception relative au bien – être. La notion de bien – être se traduit d’une manière générale dans le vécu des populations par l’expression « nekkin bu baax ».

A travers cette sémiologie populaire, le bien – être signifie au niveau local être en bonne santé, en sécurité, avoir une bonne éducation, une bonne alimentation, et enfin avoir des revenus qui permettent de mener uen vie décente. Même si cela demeure encore un idéal et un objectif lointain pour ces couches pauvres, le mal – être est souvent défin comme un malaise social, l’absence de qualité de vie qui signifie incapacité dans la satisfaction de ses besoins personnels, un état de manquement généralisé auxquels sont confrontées les populations urbaines et rurales.

Il ressort de cette étude que les populations pauvres restent confinées dans la précarité et le dénuement le plus total. Cette situation qui se dégrade de plus en plus se traduit par un accés limité et difficile aux services sociaux de base qui, même s’ils existent, ne sont pas souvent sollicités par les couches vulnérables qui ont un pouvoir économique très faible. Vivant dans leur majorité dans les quartiers périphériques et flottants, les pauvres sont confrontés à de multiples problèmes que sont : habitat précaire, non accés à la terre, à l’eau potable, aux soins sanitaires de qualité, à l’éducation, à une alimentation riche et variée, etc.

Ainsi, l’analyse sur la typologie des ménages selon leurs catégories socio – économiques fait distinguer trois types de ménages :

·        « Ñi ñakk » (les pauvres) : ceux qui n’ont rien, ni terre, ni matériel, ni soutiens, ni revenus.

·        « Ñi am », ( les riches) : sont ceux qui ont des terres, du bétail, des pirogues, un habitat en dur, des soutiens extérieurs importants (migrations nationales ou internationales) ou font du commerce.

Parallèlement à cette distinction relative aux types de ménages pauvres, en effort de classification des pauvres en trous sous – groupes a été opéré par les enquêtes eux – mêmes. Les trois groupes identifiés sont :

·        Les très pauvres

·        Les pauvres

·        Les moyennement pauvres

Les « très pauvres » sont caractérisés par une déconnection relationnelle et sont victimes d’une pauvreté profonde au point de s’auto exclure. Cette catégorie est marquée par le déclassement et la marginalisation. Les « pauvres »,  ils sont caractérisés par de faible opportunités, peu ou pas de capacité, vivant dans les espaces non lotissés et l’insécurité foncière. Enfin, les « moyennement pauvres », ont un accès limité aux services sociaux de base, à une alimentation régulière, mais peu variée, un faible réseau relationnel et des ressources irrégulières.

Cependant, on peut noter un glissement qui peut pousser certains individus ou groupes à passer d’une entité à une autre en fonction de l’évolution de la société et des positions opportunistes de captation de ressources. Ce basculement à l’intérieur d’un groupe ou d’un autre peut toutefois être remis en cause par un certain nombre de facteurs qui peuvent inclure des ruptures dans le vécu des acteurs concernés. Par exemple, il est apparu clairement que les populations, surtout en milieu rural ont vécu péniblement les années successives de sécheresse, cette période se traduit pour beaucoup d’entres eux par une perte significative de leur potentialité agricoles et animales et les a placés dasn la précarité la plus totale. Par contre en milieu urbain, c’est surtout la dévaluation de Janvier 1994 qui a fortement entamé les conditions de vie des populations dont les cibles les plus atteintes ont été les travailleurs du secteur public et les cibles les plus atteintes ont été les travailleurs du secteur public et para – public dans la mesure où tous ceux qui avaient des revenus fixes (salaires) verront leur pouvoir d’achat baisser. De manière générale, les points de rupture dans le vécu quitidien des acteurs sont liés à la cessation d’activité comme la retraite ou le licenciement ou la compression de personnel qui ne font pas toujours suivis de mesure d’accompagnement adéquats pouvant permettre aux acteurs de vivre décemment.

Ainsi face à la crise persistante, les populations pauvres ont adopté de nouveaux modèles de comportements qui ont des conséquences sur le vécu au quotidien des ménages. Le « foraatu » demeure le principal moyen pour subvenir à ses besoins devant  l’incapacité des chefs de familles et des aînés à répondre positivement aux sollicitations multiples de la famille.

Chez les jeunes on note une tendance très forte à se débrouiller en se lançant dans de simples procédés générateurs de ressources où s’investir dans de petits métiers (maçons, menuisiers, électriciens, manœuvres, apprentis cars, comme journaliers).

Les ressources tirées de ces multiples et petites activités servent à résoudre leurs besoins ponctuels et éventuellement participer à la gestion de l’économie domestique. Ainsi de plus en plus les femmes et les jeunes sont mis à contribution et ceci se matérialise par le commerce de détail tout azimut exercé par les femmes, tandis que l’exode des jeunes filles en direction des centres urbains s’accentue d’avantage.

Le « kër këri » (la débrouillardise) est devenu une litanie familière pour assurer la dépense quotidienne et se traduit par l’emprunt chez des amis, ou des voisins pour régler un problème spécifique.

Au niveau de l’alimentation les acteurs procédent à une rationalisation des dépenses  qui sont désormais uniquement orientées vers les nécessités et les besoins vitaux : le « gobar jaassi » devient la règle, les trois repas quotidiens l’exception.

Le petit déjeuner est constitué de plus en plus de « café touba » et tend à devenir de plus en plus une affaire individuelle.

Il faut aussi noter que l’étude perception de la pauvreté aura également permis de noter une envie très profonde chez les acteurs de s’émanciper du careau familial. C’est dans ce cadre, qu’il faut inclure le développement de l’esprit d’entreprise chez les femmes qui est également noté chez les jeunes qui, de plus en plus, prennent conscience de l’obligation de s’auto gérer en prenant en charge la satisfaction de leurs besoins essentiels (habillement, loisir, alimentation), et de leur devoir de soutiens à  leurs parents confrontés à la crise pertinente. C’est ainsi que petit à petit se précise une gestion solitaire de la pauvreté. Il est apparu clairement que la notion de « taqale » qui signifie (joindre les bouts en assemblant des revenus tirés de plusieurs activités ou personnes) symbolise le vécu quotidien des populations les plus pauvres. 

Ce système se traduit par de petites cotisations entre les membres de famille pour assurer le budget familial, ou la captation de ressources extérieures additionnelles en sollicitant divers tiroirs sociaux réinvestis dans l’économie domestique. Cette pratique est plus marquée en milieu urbain qu’en milieu rural.

L’analyse de ses innovations et ajustements indique que les couches pauvres, malgré la faiblesse de leurs revenus, sont constamment confrontées au renchérissement du coût de la vie et continuent encore de supporter le poids de la crise. C’est pourquoi, des ajustements significatifs ont été apportés dasn le mode de fonctionnement socio – économique des ménages. Il consiste particulièrement  à la réduction des coûts affectés à certains postes de dépense dont les plus importants sont : l’alimentation, la santé, la mobilité, l’habillement, le logement ect. Parallèlement à ces ajustements, des stratégies payantes ont été développées dont la plus visible et qui semble être la plus populaire demeure le recours au « mbootaay », aux « tontines », « natt », mais aussi le recours aux réseaux politiques, confrériques, professionnels et les associations, qu’elles soient de type formel ou informel. L’investissement des acteurs dans ces types d’associations constitue pour les pauvres un moyen d’obtenir des relations d’entraide, d’assistance et d’impulser des rapports de réciprocité en vue de saisir certaines opportunités qui peuvent toutefois être mobilisées pour la satisfaction d’un besoin particulier. Chez les jeunes filles par contre, le phénomène le plus répandu comme stratégie de résistance à la crise est l’adoption de pratiques sociales déviantes de plus en plus tolérées par la famille et son environnement. C’est l’exemple du système de « mbaraan » qui se traduit par le fait de sortir avec plusieurs petits amis dans le but de résoudre ses besoins. L’enquête a aussi révélé l’importance du commerce dans les stratégies socio-économiques des pauvres, surtout chez les femmes qui semblent occuper l’essentiel du commerce de détail dans le secteur informel. Le plus souvent, les gares routières, les marchés, sont les lieux privilégiés des acteurs qui, poussés par la crise, côtoient ces lieux à cause de ce qu’ils appèlent généralement le ‘’lijenti’’, le ‘’fortatu’’ dont la caractéristique première est l’incertitude quand au règlement de ce qu’on va chercher. Aussi, dans les centres urbains, les gares routières, sont côtoyées par les restaurateus, les vendeurs à la sauvette, les négociants qui, chacun en ce qui le concerne, tentent sa chance par n’importe quel moyen. C’est également au niveau des lieux cités que l’essentiel des réseaux d’appartenance, politique, confrérique où autre s’exprime.

Enfin, il ressort de cette recherche, que l’élargissement de la pauvreté a favorisé la présence d’institutions dont leur rôle principal demeure la réduction de la pauvreté en suscitant le développement à la base. Les effets de la pauvreté consécutif au désengagement de l’Etat, à la crise économique, à l’exode rural, aux programmes d’ajustement structurel (P.A.S.), à la dévaluation du Francs C.F.A. etc, ont renforcé l’intérêt suscité par les institutions.

S’agissant du recours aux institutions informelles, il faut noter que le dynamisme des femmes en leur sein contribue à une augmentation des ressources et des revenus et traduit une évolution du rôle économique et social des femmes dans la lutte contre la précarité. Ces formes de solidarité horizontale dont l’objectif est la satisfaction des besoins de ses membres constituent pour les populations pauvres, le premier recours dans leur espace de sociabilité. Ces associations constituent pour elles, un lieu de captage de ressources plus ou moins importantes qui, le plus souvent sont réinvesties dans des secteurs improductifs. Il apparaît nettement que ces ressources ne peuvent servir qu’à satisfaire des besoins ponctuels, mais ne peuvent toutefois permettre aux populations de sortir de la pauvreté.

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