|
|||
| Accueil | Actualités | Contact | Publications | Recherche | Plan du site | Autres serveurs | |||
DEUXIEME PARTIE :
COMMENT LES ACTEURS REAGISSENT FACE A LA PAUVRETÉ.
I. LES AJUSTEMENTS A LA
PAUVRETE :
- Le
logement
L’occupation
de l’espace, l’architecture des habitations, la trame urbaine ou rurale
présentent certes des spécificités mais aussi des points communs.
En
milieu urbain les plus pauvres vivent dans des cases comme dans les villages.
D’ailleurs tous les quartiers pauvres sont à la périphérie et, comme pour les
défier, ceinturent de part et d’autre les constructions en dur.
Si à
Dakar, la case en toit de chaume est signe de richesse elle est par contre
signe de pauvreté dans les communes de la région de Kolda. L’incapacité du chef
de ménage à réfectionner le toit l’oblige à le différer d’année en année.
Par
ailleurs les pauvres vivant au centre occupent des maisons sans électricité, ni
eau courante et dans une promiscuité affolante (famille de 11 personnes vivant
dans une seule pièce). La location relativement abordable (3500 F par mois et
par chambre) semble être un lourd fardeau pour le chef de ménage et son épouse.
Elle est payée grâce à l’occupation de leur fille de 18 ans, domestique dans la
ville pour un salaire de 5000 F par mois.
En
milieu rural l’habitat garde toujours sa configuration en case : Il est
typiquement rural avec une variabilité des formes selon la société. Chez le
peul firdou, c’est une case ronde avec une chaume pendante et basse obligeant
l’homme à se courber l’échine avant de pénétrer à l’intérieur. Exemple des
cases de Same Foulayel, Saré Boukka, Héramakono, Saré Yoro Banna, etc. La
concession peul firdou est rarement clôturée. C’est une forme d’ajustement dans
la mesure où la priorité n’est pas accordée à la clôture, mais à d’autres
postes de dépense (alimentation).
Le
rabaissement de la chaume protège les briques en banco contre les eaux de
pluie, atténue la canicule nonobstant la dimension culturelle.
La case
Ouolof (cf. Médina Bambaly) est quant à elle carrée. Les concessions sont
clôturées.
Le
logement mandingue présente la forme d’un
grand bâtiment en banco dont la toiture est du zinc ou en paille.
(Exemple, l’habitat à Mandina Findifé).
Le
logement en milieu rural SEDHIOIS est précaire et vulnérable. Il est repris
tous les 2 ans voire chaque année. La chaume ou les briques en banco sont
régulièrement affectées par les conditions naturelles et anthropiques (fortes
pluies, incendies,...).
Même si
la culture Peul, Mandingue et Peul Fouta impose ce logement, la pauvreté est
venue renforcer cette précarité. L’enrichissement est un élément pouvant faire
éclore un habitat plus moderne comme c’est le cas à Ndiamacouta, un village
abritant des émigrés.
-
L’alimentation
Le fait le plus persistant est une alimentation
irrégulière et quantitativement insuffisante. Très peu de ménages, à
l’exception des villages Ouolof s’alimentent trois fois par jour. En d’autres
termes, trouver un ménage qui assure les trois repas quotidiens relève de
l’exceptionnel. c’est ainsi que:
§
2 repas sont servis à midi et au soir
§
1 seul repas dans l’après midi (vers 16 heures)
§
2 repas à midi et au soir ; le dernier étant tiré du
premier. C’est ce que le peul appelle “kira bota” et le manding
“Nie-Kontong tabi, sima bondi jee”
§
le petit déjeuner est gelé et les enfants prennent de la
bouillie de mil ou de riz selon les conditions de détention.
Sur le
plan quantitatif les besoins ne sont pas satisfaits. Les familles restreignent
la ration alimentaire en céréale pour survivre (avoir de quoi manger) le plus
longtemps possible.
- La
mobilité :
Elle
est manifestée du point de vue de l’exode massif des jeunes vers Dakar et
autres capitales régionales si ce n’est par l’étranger. Les adultes se
déplacent quant à eux pour des visites en ville ou rural – rural sous tendues
par des sollicitations en vue de survivre grâce à une petite somme d’argent ou
des vivres offerts par une connaissance.
La
mobilité au sein du village est aussi consécutive à la sollicitation et aux
visites de courtoisie. L’autre dimension est celle de la mobilité provenant des
déplacements du village vers les champs et vice-versa.
La
mobilité à grande échelle n’est pas souvent rencontrée du fait de l’enclavement
et du coût exorbitant du transport. Exemple : 800 F par un trajet de 40 km. Les
motifs de cette mobilité sont surtout d’ordre pécunier pour la survie.
En
milieu peulh, la bicyclette est le principal moyen de transport. Face à la
crise, la marche supplée les autres moyens de locomotion.
La
femme assure principalement son habillement. Le mari n’intervient dans ce
registre qu’exceptionnellement. Cependant, en campagne mandingue la dame a le
devoir de s’habiller. La paupérisation impose un habillement dérisoire ainsi
bien chez les femmes que chez les hommes. Le port du tissu Lagos carrelé
(« velo koomo » en manding) est presque généralisé. Parce que moins
onéreux. Chez les hommes, ce sont les haillons qui se dégagent. L’habillement
reflète le pouvoir d’achat.
Chez
les peuls de Same Foulayel, Lambatara, Héramakono, comme tous les villages
frontaliers et même dans la commune de Vélingara, les femmes font recours aux
tissus Gambiens ou à la friperie (« fëg jaay »).
- La
santé
En
milieu rural, elle est encore plus fragile. Les postes de santé sont distants
de plus de 8 km alors que la norme OMS suggère5 km entre deux postes. Les
villages abritant des postes ne sont pas mieux servis. Les structures sont mal
équipées en matériel médical et les pharmacies internes vides. A Mandina
Findifé, ce qui est appelé poste de santé est construit par les populations
elles même. Il présente l’aspect d’un magasin céréalier. Il n’est plus
fonctionnel par manque de médicaments et l’agent de santé absent. Il est en
formation à Dakar, envoyé par le village. C’est une forme de prise en charge de
leur destin. A défaut de pouvoir fréquenter les structures modernes, les
populations se réfugient dans la pharmacopée et la consultation des marabouts
ou à l’automédication. Le coût exorbitant des médicaments explique l’achat au
détail des ordonnances. C’est ainsi que les patients sélectionnent les
médicaments qu’ils payent pour chaque ordonnance prescrite.
Ø ECHANGES ET FORMES DE SOCIABILITÉ
Les
échanges et formes de sociabilité se traduisent par des soutiens en vivres et
en argent dans la discrétion. .Seules les familles de griots ont des traditions
sociales qui se passent de la “soutoura” en demandant des vivres ou de
l’argent. Elles valorisent leur statut. Les prêts sont souvent frappés d’une
taxe supplémentaire
relevant
tout simplement de l’usure avec des taux élevés allant de 25 à 50 voire 100 %.
Faible solidarité verticale. Elle est essentiellement horizontale :
Elles
se traduisent par des tontines avec des mises faibles .
Ø STRATEGIES DE CAMOUFLAGE
Elles
tournent autour du “sag” et de la “soutoura” les ménages qui ne préparent pas
en donnent l’impression en chauffant des marmines d’eau, en donnant beaucoup
d’eau à boire aux enfants pour dissiper la faim. Le camouflage est cependant
plus fréquent en ville qu’en milieu rural.
Ø GESTION
DE LOISIRS :
Il y a peu d’infrastructures de
loisir dans la région. Les infrastructures publiques sont vétustes (CEDEPS de
Sédhiou par exemple) et subissent un état de délabrement avancé. Les soirées
dansantes, à défaut d’être organisés dans des night club privés prévus à cet
effet (2 dans la commune de Kolda) et dont la location coûte chère, sont logées
dans des concessions non adaptées. L’essentiel pour les jeunes est d’arriver à
tout prix à organiser l’espace pour servir de lieu de distraction.
Les aires de jeu publiques, en
dehors d’un stade de football à Kolda, sont quasi inexistantes dans la région.
Les loisirs sont gérés de façon médiocre dans la région. Cela témoigne de
l’absence d’investissement dans ce sens, ce qui ne manque pas d’irriter les
jeunes.
II. STRATEGIES DE RESISTANCE.
Le vécu quotidien des ménages et des
acteurs individuels de la région de Kolda a subi des changements notoires ces
dernières décennies. Jadis, les populations vivaient une embellie marquée par
une autosuffisance alimentaire. Ce n'est qu'avec le déficit vivrier entamé il
y'a une trentaine d'années que les masses tant rurales qu'urbaines ont basculé
dans un long processus de paupérisation. Ainsi, la vie au quotidien subit des
transformations, des mutations caractérisées par des incertitudes, de nouvelles
formes d'adaptation, des stratégies, mais aussi par des appropriations et une
expression forte de réseaux de relation. Les acteurs sociaux se déploient dans
cette nouvelle donne dont les principales tendances sont appréciées ci-dessus :
II.1. LES ADAPTATIONS ECONOMIQUES
L'économie
domestique a pris un nouveau visage pour accroître les chances de capter des
ressources face à l'incertitude. Cette dynamique nouvelle se lit à travers des
indicateurs assez éloquents qui permettent de mesurer l'ampleur de la crise.
*Réduction du nombre de repas quotidiens avec différentes formes d'ajustement.
Dans
les ménages très pauvres à pauvres, les trois repas par jour ne sont plus que
des souvenirs. On passe à deux voire un seul repas par jour. Dans certains
foyers, la tendance est le " Kira botta". Il s'agit de garder une
partie pour le repas du soir. Dans d'autres, le déjeuner est retardé jusqu'à 16
heures, ce qui fera "geler" le dîner. En fonction de la profondeur de
la crise, la régularité et les contenus des repas se sont dépréciés. De trois
plats quotidiens, les populations passent à deux puis à un et si cela devenait
incertain, le seul repas du jour est différé ou retardé. Il est fréquent que ce
repas fasse défaut à une famille pendant deux jours. C’est la privation
involontaire qui inhibe la productivité de l’homme.
Le
contenu du repas dans les familles en difficulté est également dévalorisé. Chez
les Mandingue, le « plat de substitution » en temps de crise est
le « busa busalo » pour le repas
(riz blanc associé à de l’oseille verte bouillie et râpée) et le
« cuuro » au dîner (bouillie de mil ou de riz). En milieu Fouladou,
la « mafé laalo » ou le « haako » constituent les mets de
rechange face à la crise.
·
Le
confiage des enfants, un phénomène généralisé.
Au
sommet de la crise (produits de cueillette absents, installation de la
soudure), les familles déshéritées confient les enfants à des parents mieux
nantis. C’est une façon de se décharger d’une pression traumatisante de
voir des enfants se débattre contre la faim.
·
Le « toroyaade », recours au soutien ou
nouvelle forme de mendicité.
Cette
situation dé favorisante a aliéné le Peul qui a perdu de sa dignité en allant
solliciter son parent Peul.. Auparavant, le Peul ne faisait guère appel à son
parent proche, mais à une connaissance appartenant à une autre ethnie. Ces
barrières sont de plus en plus franchies en milieu Peul à cause de la
persistance de la pauvreté qui lève certaines vertus, convictions intimes. Ces
pratiques sont devenues courantes dans les familles pauvres de la région. Car
la préparation du repas est incertaine : il faut tous les jours aller chercher
des revenus avec toutes sortes de contingences. Il est dès lors impossible
d'établir des prévisions dans la gestion des ménages. La vie se négocie au
quotidien. Ce qui fait dire que les populations "vivent au jour le
jour".
·
La
cogestion dans l'économie domestique
Il semble même codifié au Fouladou que « le
mari apporte la céréale et la femme la sauce.
·
Le rôle
de la femme continue à être prépondérante au sein du ménage
Encadré n°8. A.B. 41 ans mariée , 3 enfants
«
On va au marché pour vendre du Kandia et du follere, etc pour pouvoir payer du
riz et des condiments. Nous n’avons plus la possibilité de prendre 3 repas par
jour et cela réduit la productivité du travail, crée des conditions de santé
fragile alors qu’on a pas les moyens de payer les ordonnances. Nous nous
investissons dans les groupements afin de trouver des ressources
complémentaires qui nous permettront d’entretenir la famille. Notre groupement
s’appelle « Haldi Foti » et compte 56 femmes. Le CRS nous finance à
raison de 20.000 F par membre remboursable par cycle. Le cycle dure 6 mois.
Avec ce financement nous faisons du maraîchage, et du petit commerce. Les
ressources générées par ces activités arrivent à peine à honorer les dettes car
les échéances sont très courtes et les conditions de remboursement
contraignantes… Si les hommes n’ont pas d’argent – ce qui est plus courant-
nous assurons non seulement les dépenses alimentaires mais aussi les dépenses
de santé et notre habillement si on peut parler d’habillement. Nous sommes
tenus de nourrir nos enfants. La plupart des femmes d’ici entretiennent leurs
maris. C’est pourquoi nous participons à des tontines ; nous investissons
dans les groupements etc. »
Les femmes jouent un rôle fondamental dans la captation
des ressources. Elles sont à cet égard obligées de diversifier leurs activités
génératrices de revenus pour assurer la dépense quotidienne. C'est la pluri-activité
chez les femmes. En campagne et dans les quartiers périurbains, l'activité
dominante est la culture jardinatoire: ( gombo, piment, oseille...) en saison
sèche et la riziculture en saison humide. Dans les centres urbains, les
activités tournent autour du petit
commerce : vente de légumes au
marché, des fruits domestiques et sauvages
(mangues, pommes d’acajou, oranges…)
Le soir, ce sont elles qui jonchent les axes de
circulation. Elles vendent du couscous, de la soupe, des sandwich, …donnant à
la ville une autre configuration du point de vue commerciale. Les grands
commerces sont fermés et les petits étales font légion. Il y a ainsi un
déplacement dans d’autres activités outre l’agropastoralisme. L’entreprenariat
féminin est de mise avec ce développement
du commerce en ville et dans les « luma » (marchés hebdomadaires) et
la dynamique communautaire (autour des groupements).
Dans
le Pakao, le phénomène est bien visible avec l’assurance des dépenses, le
travail dans les champs, la gestion du bétail. Le pouvoir économique leur
revient. Dans le Pakao, le maraîchage se substitue à la riziculture. Au
paravent, les femmes Manding ne pratiquaient presque que la riziculture avec
une production couvrant l’autoconsommation annuelle des ménages. Ce n’est
qu’avec l’installation des facteurs de rupture (salinisation des terres,
sécheresse ) que les femmes se sont réorientées dans les cultures jardinatoires
qui constituent ainsi des cultures d’appoint pour combler le déficit vivrier
par la génération de revenus. En Haute Casamance, les femmes cultivent en
saison pluvieuse de petits lopins de terre, incapables d’entretenir les
ménages. C’est ce qui explique la pluri-activité féminine visant à diversifier
les sources de revenu.
·
La
redistribution des rôles au sein des ménages.
Beaucoup
de femmes du Fouladou et du Pakao, en terme de charge économique, deviennent
par force des choses chefs de ménage. Elles le deviennent également par le
décès du chef de famille, l’abandon du mari, la perte de l’emploi du mari, etc.
Théoriquement l’homme est chef de ménage mais
dans les faits, dans la pratique quotidienne les femmes, gèrent les
ménages. Il émerge progressivement un leadership féminin à l’intérieur des
foyers qui procède de leur regroupement. Presque dans chaque village il y’a un
GPF dirigé par une femme.
*une tendance
vers la multiplication et la valorisation des réseaux sociaux
En milieu urbain comme en zone
rurale, il y’a une forte tendance vers
la multiplication et la valorisation des réseaux sociaux à travers l’émergence
de structures de solidarité choisies et génératrices de revenus. Il s’agit des
tontines, des mutuelles basées sur la confiance. La mise varie en fonction du
nombre d’adhérents et des possibilités
financières du groupe ciblé. La cagnotte sert à financer le petit commerce,
l’habillement. La multiplication des tontines dans la région est une réponse à
l’inadaptation des structures d’épargne et de crédit aux masses défavorisées.
Il s’agit d’institutions tels la CNCAS, le CAPEC qui n’ont su répondre aux
attentes des populations de la région du fait de conditionnalités coercitives,
leur réticence à accorder du crédit à des masses sans garanties. C’est un
système qui à son stade d’évolution n’arrive pas à impulser un développement
local. Même si les hommes vivent la crise, ce sont les femmes qui la supportent
parce qu’obligées d’entretenir les enfants, couche davantage vulnérable. En
milieu Pakao, elles sont fréquentes dans les champs plus que les hommes. En
dehors de la riziculture en saison pluvieuse, elles pratiquent le maraîchage
toute la saison sèche.
* une exploitation sournoise des pauvres par les
riches.
L’investissement dans les réseaux a fait naître des formes de
captation de ressources peu orthodoxes. Des types d’attaches se créent et
agressent la conscience de l’individu observateur évoluant hors de ce modèle.
C’est le cas des fonctionnaires, commerçants et autres pourvoyeurs de
ressources qui bénéficient d’une aura et d’une grande marge de manœuvre au sein de familles pauvres où ils règlent de
temps en temps quelques desiderata. Ce sont en général les jeunes filles qui
sont victimes de ces comportements. Les conséquences sont entre autres les
grossesses précoces ou indésirées parce que
livrées par leurs parents.
Encadré n° 9 : H. B., 21 ans, couturière,divorcée, 1 enfant.
«Mon
père est un tailleur. La famille compte 8 enfants. J’ai été à l’école et ce
n’est qu’après le Certificat que mes parents m’ont offert en mariage forcé en
Guinée. Mon mari était pauvre. Il n’a pu m’entretenir. J’ai beaucoup souffert
car il me malmenait. J’ai eu un enfant avec lui avant de divorcer. Je suis
retournée à Kolda après 4 années de mariage. Mon père commençait à vieillir et
ses revenus baissaient considérablement. Par la suite, je me suis insérée dans
un atelier de couture pour apprendre le métier. [...]
Pour
subvenir à mes besoins, j’ai trouvé un amant qui travaille dans une société
d’Etat à l’insu de mon père. C’est lui qui paye mes ordonnances, m’offre de
l’argent, prend en charge mon habillement qui me coûte au moins 30 000 francs
tous les 5 mois. Je suis également obligée de me livrée à lui pour satisfaire
ses désirs sexuels de peur qu’il m’abandonne. pour ne pas prendre une grossesse
indésirable, je suis allée pratiquer le planing familial. Jusque là, je survis
avec moins de difficultés que certaines de mes copines qui n’ont pas eu la même
chance que moi, celle d’avoir un amant qui travaille »
Dans
d’autres cas, les aisés ou moyennement aisés sont servis de discours heurtant
la conscience de la part des couches
pauvres. Les expressions du genre « sukaabe be ñaamaani » pour
signifier que « les enfants ont faim » atteignent la morale de
certains « burorbe »
(intermédiaires) et qui pour ne pas être pris en otage se barricadent en se
cachant dès qu’un pauvre se présente à leur domicile ou au lieu de travail..
·
L’engrenage
dans un système usuraire compressif
Ce
système pervers a commencé à prendre de l’ampleur avec les années de
sécheresse. Le « déficit » vivrier, conséquence directe de l’improductivité
ou de la faiblesse des rendements a véritablement installé en zone rurale ou
urbaine la pratique consistant à accorder
des vivres (céréales) ou de l’argent à crédit en période de soudure pour
réclamer une somme supplémentaire au moment du remboursement : c’est
l’intérêt. Le taux varie entre 25, 50, et 100%. L’usure est plus généralement
pratiquée par les commerçants et certains producteurs.
II.2. LA FEBRILITE DES ACTEURS
L’inertie
des acteurs résulte de leur non insertion dans des créneaux économiques
viables. C’est surtout un abandon, un refus de prendre leurs responsabilités.
·
Le
parasitisme
Les
détenteurs de fonctions électives (Président de Conseil Rural, députés, maires,
…) sont « courtisés » par les populations. Dans les communes urbaines,
les hôtels de villes ne désemplissent point en hivernage comme en saison sèche.
Les populations vivent de sollicitation, légalisant de facto cette pratique. En
campagne, c’est le Président du Conseil Rural ou le chef de village qui
constituent l’espoir. Les populations convergent vers ces lieux espérant y
trouver la pitance. Cela n'encourage pas un esprit compétitif et entreprenant. Nous
n’assistons plus à un militantisme politique mais à un clientélisme politique.
Ce système d’argent facile développe, favorise et entretient le parasitisme.
Désormais l’autorité dans la commune suppose une solvabilité pouvant entretenir
ses clients. Cela a été le plus renforcé par la rupture de confiance qui est
intervenue d’avec les acteurs et la vie politique. Cette boutade le résume
bien : « pormi meer ko hendu ». Ces derniers pensent que la
population ne travaille pas assez et dénoncent cet esprit d’assistanat qui
fonde le comportement de beaucoup de personnes.
Le parasitisme est ainsi entretenu
par les politiciens pour l’obtention d’un électorat et d’informations. Ils se
sentent également redevables et doivent attester de leur reconnaissance à la
population parce qu’élue par celle-ci. L’autre face du phénomène est que le
politicien préfère amadouer les électeurs pour mieux marquer de son empreinte
dans le milieu.
·
Le Peul
dans la pauvreté, un homme nouveau
Les
effets de la crise ont fait émerger un homme nouveau chez le Peul qui accepte désormais des types de
solidarité. Le Peul est
traditionnellement nomade, ce qui excluait les formes de regroupement. Cependant, la recherche de solution pour
réduire la pauvreté et son corollaire impose le regroupement bien que la
soumission soit individuelle. C’est pourquoi le salut s’est dessiné dans la
dynamique communautaire, expliquant la prolifération des GIE, GPF, ABP,
tontines champs collectifs, en Haute Casamance.
·
L’émigration,
un modèle de réussite sociale
Au Fouladou, on assiste à une réinterprétation des modèles de
réussite. Il ne s’agit plus seulement de la taille du troupeau qui d’ailleurs
peut passer inaperçu, mais l’émigration, une
réalité nouvelle qui vient jouer un rôle fondamental dans le processus
économique. La puissance économique du ménage s’explique ainsi par le nombre
d’émigrés. Ces derniers ont tendance à investir dans l’immobilier, changeant
visiblement la configuration architecturale des grandes villes de la région et
de certains villages. Il s’agit surtout des Soninke qui en sus du bétail dont
ils sont propriétaires (ce n’est plus seulement le Peulh qui le détient)
construisent des villas destinées à la location ; ce qui a dédoublé le
modèle de réussite.
·
Une
faible valorisation de l’apport des institutions intervenues dans le village ou
la ville.
Peu de
structures ont eu des impacts concrets sur la vie des populations. A leur
départ les réalisations sombrent dans le vide. Les acteurs ne parviennent pas à
bénéficier des retombés de ces structures visant à améliorer leur vécu
quotidien. Le chômage des jeunes est grandissant et l’exode fréquent.
·
Le
recours à la médecine traditionnelle :
Face à
la cherté des produits pharmaceutiques et quelquefois leur inefficacité, les
populations urbaines se retournent vers la pharmacopée traditionnelle.
La
tendance générale qui se dégage est une paupérisation des masses. Cependant,
les acteurs et les ménages ont développé des actions pour inverser cette
tendance.
III. LES
STRATEGIES SOCIO-ECONOMIQUES DES PAUVRES ET DES AUTRES COUCHES SOCIALES :
Quelque soit le degré de
vulnérabilité le pauvre tente de survivre. Les stratégies de captation de
ressources présentent beaucoup de spécificités.
·
Stratégies
socio-économiques des femmes
Tableau n° 5 Le système de
captation de revenus des femmes.
|
Cibles |
Femmes chef de ménage (Veuves/divorcéés) |
Femmes qui entretiennent l’économie domestique |
|
Stratégies |
·
maraîchage,
oignons, salade, piment, kanje, tomate, jaxutu, ·
cueillette
« hoccagol haako, uulo », vente de régime de palmiste
« sanugol tenje », vente de nététou, de madd, », kappe ladde ;
etc. |
·
petit commerce (vente
de « fataaya », beignets, de bonbon, de mangues, de bananes, de
cacahuètes, de noix de cajou, « santang » Pratiques de plusieurs
travaux temporaires « sasi » « remanoyaa goddo »
« saadineyo » ·
Tontine
« tegu » chez les femmes avec plusieurs types de mise : 50F,
100 F par semaine ou par jour, 1100 F la semaine ·
Vente de canari,
encensoir, ·
Le troc :
loonde/gawri (canarie contre mil) ·
Vente de petits
ruminants ·
Vivre de
« sahana » = « yakkale » ·
Organisation en
GPF, Gie (embouche bovine, ovine, aviculture) ·
Préparation de
« ñeele », de « buko » « busabusalo »,
« cuuro » ·
« Gobooji » petits groupe qui se forment pour
bénéficier de crédit qui sera partagé à chaque membre, ·
Teinture
·
Tricotage
La restauration
·
Vente de « mooni » 5F la plus
petite mesure
·
Vente « laciri »
150F pour le couscous à la sauce de poisson séché et 300 F pour le couscous à
la sauce de viande ; ·
Vente de « laciri et kosam »
·
La prostitution
déguisée ·
Reconversion des
femmes dans la culture de l’arachide et du coton (ce dernier est en baisse) ·
Le « kira bota »
-
La stratégie du
porte à porte, « toroyaade » ·
Le confiage des enfants à des parents
plus nantis
Vente ou hypothèque d’habit |
·
Stratégies
socio-économiques des hommes
Tableau n° 6. Le système de
captation de ressources des hommes.
|
Cibles |
Retraités |
Agropasteurs |
Salariés |
Handicapés |
|
Stratégies |
·
Exploitation de
vergers ·
L’exploitation de
champs collectifs ·
Mise sur pied de
groupement de solidarité pour la prise en charge médicale, l’achat de denrées Retour
à la terre |
·
Vente de bois mort
« teenoya ledde » = 1500 f la charge d’une charrette d’âne ·
Vente de charbon
« soppugol et yeeyugol krembu » ·
Vente de régime de palmiste
« sanugol tenje »
·
Vente de botte de
paille à 150 frs ·
Recours à
l’indulgence des voisins « ballal » ·
La pêche,
·
Les ventes d’intrants agricoles (engrais, pesticides,
herbicides, etc.) = « dugu dugu » ·
Vente de matériel agricole Réduction du nombre de repas
au quotidien ·
Location de matériel agricole
·
Location des
animaux de trait ·
Vente de volaille ·
Vente de gros
ruminants ·
Recours à
l’emprunt «ñawlaande » ·
Le recours aux
plus riches ·
Le fractionnement
de l’achat des ordonnances ·
Le privilège
accordé de l’achat au détail
Reconversion dans la culture du sésame et développement de la culture
de menthe ·
Exploitation des plantations
de bananeraies ·
Recours à la
polygamie chez les mandingue ·
Développement du
parrainage des enfants ·
Consommation
massive de fruits sauvages et domestiques (mangues bouillies) pour réduire la
dépense quotidienne ·
Confection de
panneaux de crinting vendus à 1000 frs l’unité ·
Mise en place d’un
fonds de secours à partir de modestes cotisations hebdomadaires (100 francs) ·
De moins en moins de gestes de
solidarité
·
Vente ou hypothèque d’habits
·
Les hommes
utilisent le canal des femmes plus disposées à trouver du crédit auprès des
institutions financières ·
Le maraboutage
(charlatan), Le
recrutement de talibé et la délocalisation du daara en ville pour la
captation des ressources au profit du maître coranique |
·
Recours au
« Boukki » ·
Tontine, ·
Agriculture, ·
Maraîchage Exploitation
de verger |
·
Insertion dans le
centre d’appareillage de Kolda ·
Recours à la
mendicité |
·
Stratégies
socio-économiques des jeunes
Tableau n° 7. Le système
« D » chez les jeunes.
« D » = Demerde,
Débrouille, Dabbugol
|
Cibles |
Chômeurs |
Saisonniers |
Paysans |
Ouvriers |
Salariés |
|
Stratégies |
·
Exode rural des
jeunes vers Dakar-Kaolack-Banjul-Richard-Toll-les Niayes, Mbour,… ·
Emigration en
Europe (Espagne, Portugal, Hollande, Italie, France, Angleterre et aux
Etats-Unis ·
Employé à PAM/SEN, Food for work ·
La débrouille au
quotidien « dabbugol », « xoslu »Vivre
de « taf-taf » ·
Vivre de
« pling plang » ·
Vivre de
« tic tac » ·
Vivre de
« dug genn » ·
Le «dëbël
dëbël » ·
Cotisation pour le
thé (en nature ou en espèce) ·
Cotisation pour
acheter une cigarette (10F +15F) ·
Exploitation des bananeraies, (petits projets) ·
Les contreplaces ·
Utilisation de
l’enveloppe du maïs ou de papier journal pour envelopper le tabac ·
Reconversion de
fumeurs de cigarettes en fumeurs de tabac ·
Valorisation de
pratiques déviantes, (le vol, vente du chanvre indien ;etc. ) ·
Le larbinisme ·
Le développement
de la télé service en ville : télécentres, cybers |
·
Les sourga dans
les exploitations agricoles ·
Les sourga dans
les exploitations charbonnières ·
Employés à la
SODEFITEX, |
·
Les jeunes ruraux
sont envoyés en ville pour des prestations de service : il s’agit
souvent de charretiers ·
Pluriactivité :
briquetier, maçon, soudeur peintre,… ·
la contrebande
« demerde do e Gambi » ·
Vente de botte de
paille |
·
Apprentissage de
métiers : apprentis maçon, menuisier, chauffeur, soudeur, mécanicien ·
Le développement
d’activités liées aux programmes du PROMER: forge rurale, menuiserie rurale,
fabrication de savon,… |
·
« Foratu » montage de projets ·
Recours au crédit
par des bons auprès des boutiquiers |
·
Stratégies
socio-économiques des filles
Tableau n° 8. La lutte contre
le « destin » Tess tess,
bricolage et ruse
|
Cibles |
Jeunes filles |
Filles mères |
|
Stratégies |
·
Vente de
sandwich
-
Sandwich foie et viande hachée= 350 F, -
Sandwich poulet 650 F -
Sandwich « ndambe »
= pain 50F et cuillerée à soupe de « ndambe » 50 F -
Vente d’œuf 100 F ·
Les filles se
constituent en domestiques en ville pour appuyer leurs parents ·
Les filles s’activent dans la vente
d’eau en ville
·
Redéploiement des
filles dans des activités traditionnellement masculines : photographie,
mécanique, menuiserie,… Se faire entretenir par des hommes, (salariés, ouvriers en
chantiers) |
·
Tricotage
·
Emprunt d’habits à
sa voisine ou à son copain ·
Décrochage scolaire,
-
« Mbaraan »,
-
« Mbaxal »
Se faire entretenir par un copain |
Les
stratégies socio-économiques des pauvres et des autres couches sociales se
traduisent par une forte capacité à l’innovation. Celles-ci se traduisent par
un redéploiement dans plusieurs activités. De manière globale, l’occupation de
départ est couplée avec d’autres activités génératrices de revenus. En fait,
toute entreprise générant des ressources fait l’objet de convoitise de la part
des masses défavorisées. Aussi modestes soient-ils, les revenus générés par ces
activités permettent aux pauvres de générer tant soit peu le quotidien. De
même, les salariés et les autres couches plus nanties n’hésitent pas de
s’investir dans l’accumulation de ressources par des systèmes de solidarité
horizontaux (tontine,…). Plusieurs activités secondaires deviennent
indispensables pour compléter les ressources du ménage. Mais les femmes se sont
les plus distinguées dans la diversification des activités et dans les
processus de captation de ressources.
Encadré n° 10 : L. D., 59 ans, maçon.
« Depuis que j'ai assimile ce
métier de maçon il y a plus de 30 ans, je n'ai jamais été embauché quelque
part. Mes petits chantiers me permettent tout juste de nourrir la famille. Tous
les jours je prie le bon pour que le pan d'un mur s'effondre. J'ai retire mes enfants
de l’école parce que je suis dans l’incapacité de leur payer des fournitures.
Si je reste une semaine sans
travailler, je vais accompagner un pécheur au fleuve pour au moins revenir avec
la dépense quotidienne. Pour calmer la faim des enfants et fuir la curiosité
des voisins on laisse la marmite sur le
feu. On fait semblant de préparer alors qu'il n y a que de l'eau dans la
marmite. Il nous arrive mes femmes et moi de servir aux enfants beaucoup de
mangues pour réduire la quantité de riz à préparer ».
En
dehors des activités traditionnelles (agriculture, élevage), elles y associent
d’autres activités tels que le petit commerce, la cueillette, le maraîchage,
qui s’avèrent plus rentables du fait de la crise que connaissent les premières.
La prolifération des marchés hebdomadaires (Diaobé, Manda Douanes, Diaroumé,
Saré Yoba, Pata, Médina Yoro Foulah, Kalifourou, Dabo, etc) ouvrent d’énormes
perspectives aux initiatives individuelles et collectives.
Encadré n° 11 : D. B. 55 ans, mariée, 7
enfants
« Nous
étions des producteurs d’arachide et de coton. Avec la crise du coton de ces
dernières années, mon mari abandonné cette spéculation au profit de l’arachide.
Malheureusement leydi ndi fayaani (le sol n’est plus fertile). Les céréales ne
couvrent plus nos besoins alimentaires. Les rizières se sont asséchées alors
que le mil et le maïs subissent les attaques du silo (Striga
hermontica). Je suis obligée de travailler nuit et jour pour arrondir les
angles. J’ai un fils qui est en Gambie qui m’envoie de temps en temps 5000 F.
Je possède un petit jardin où je cultive du kandia, du jaxatu, du follere, de
la tomate, du piment ; etc. J’ai pu développer cette activité grâce à un
prêt de 20.000 F que m’a accordé une institution de micro crédit par le biais
de notre groupement. En dehors de cela, mon mari vend de la paille (la botte
contre 125 à 150 F), des piquets ( 40 F l’unité ou doyngal), de claies de
bambou, des cordes, du naawde (65 F le kilogrammes), du nété, du lammude (1500
F le sac de 50 kilogrammes), du bohe (750 F le sac de 50 kilogrammes). Parfois,
il va chercher du njuumri (miel) qu’il revend à 300 f le litre.
Au
paravent mon mari prélevait sur son bétail en période de soudure. Mais
actuellement le reste du troupeau appartient à ses épouses.
Chez
les plus jeunes (jeunes filles et filles mères), les activités tournent
essentiellement au tour de la restauration, de prestation de services
(télécentre, photographie, etc.), de petit commerce (vente de crème glacée, de
mangues, d’ignames, d’eau fraîche, de jus etc. ). Cependant, si beaucoup de
filles s’investissent dans des activités de génération de ressources la plupart
se font entretenir par des « copains ». Ces types de relations
fondées essentiellement sur l’intérêt développent des comportements opportunistes.
Les filles mères, les jeunes divorcées et les jeunes veuves sont obligées de
recourir aux méthodes de contraception pour éviter des grossesses non désirées.
Encadré n° 12 : K.B., 24, ans, divorcée
J’ai
abandonné mes études en classe de CM1. Je me suis mariée très tôt, à l’âge de
15 ans avec un homme beaucoup plus âgé que moi, un riche commerçant au marché
de Vélingara, un parent de surcroît. Ma famille y voyait une réussite. Notre
mariage fut couronné par la naissance de deux enfants avant notre divorce.
C’était un mari qui ne me refusait rien et j’étais entièrement dévouée à lui.
Je n’avais quand même jamais connu la pauvreté parce que mon père aussi était
commerçant et les deux hommes se connaissaient bien. Il m’a lâchée avec comme
seul prétexte qu’il n’était plus amoureux de moi… Au début j’avais réalisé que
c’était peut être un mariage arrangé entre mon père et lui mais j’ai découvert
plutard que c’était ma coépouse qui était à l’origine de ma répudiation par des
pratiques mystiques. Elle estimait que j’étais très jeune et pouvais lui causer
des ennuis dans son ménage e parce qu’en réalité mon mari s’occupait bien de
moi.
Même
après notre rupture il entretenait quand même ses enfants en versant à mon père
un sac de riz et un montant que j’ignorais, sur lequel mon père me remettait
15.000 F à la fin de chaque mois. Ce qui n’était pas mal. Mais le destin
intervint. La mort le frappa subitement. Mes enfants devirent orphelins et moi
sans ressources car mon père aussi décéda quelque temps après. Ce fut le chaos.
J’entrais dans une période de décadence physique, matérielle et morale que je
n’avais jamais connu auparavant. Les nuits et les jours se ressemblaient chez
moi. J’ai commencé à m’habiller mal, à manger des mets que je répugnais (maafe
haako par exemple), à manquer d’argent et à subir le poids du regard des
autres.
Durant
cette période de crise je n’ai pas manqué de prétendants. Mais j’ai rejeté le
premier parce qu’il ne travaillait pas et ne ferait que m’enfoncer davantage
dans le trou dans lequel je me trouvais déjà. Le second était aussi commerçant.
J’ai accepté de me marier à lui tout en espérant qu’il pouvait me prendre en
charge avec mes enfants. Malheureusement je ne fut l’objet que de ses belles
nuits car il m’abandonna quelques temps après. Il disparut sans faire signe de
vie.
J’ai des
difficultés à trouver le conjoint idéal pour avoir toujours vécu dans
l’opulence. Je n’accepte pas de vivre avec un pauvre… Ces temps derniers j’ai
décroché quelqu’un, un amant très généreux. Un commerçant (sourire) qui prend
en charge l’essentiel de mes dépenses et celles de mes enfants. Il ne me refuse
rien. Il n’hésite pas à venir parfois en aide à ma mère qui le trouve très
gentil et correct. Dans de telles conditions je suis obligée (c’est même un devoir
de reconnaissance) de satisfaire ses fantasmes et ses désirs. Je suis
prisonnière de ma situation.
Je sais
que cette situation est transitoire. Il ne m’épousera pas car il n’aura pas
confiance en moi, d’ailleurs je ne l’accepterais même pas. Mais en attendant de
trouver le mari qui me convient je ferais de mon possible pour le garder le
plus longtemps.
Les
chômeurs souffrent d’abord dans leur chaire des types de représentations dont
ils font l’objet. La solidarité horizontale tend à suppléer parfois la
solidarité verticale. Le recours au groupe d’amis de même condition tisse des
types de liens mixtes forts. La coveillance (partage d’une cigarette, d’un
cornet de tabac, la cotisation pour le thé, pour l’achat d’une mèche de
cigarette ), l’échange d’habits, de chaussures, participent au renforcement des
liens. Ces derniers recourent souvent à des restrictions ou des formes de
privation, de retenue pour échapper aux tentations. Le dénuement ne favorise
pas leur intégration dans le circuit économique. Par conséquent ils sont
exposés à des phénomènes de marginalisation, d’exclusion. Ces formes
d’infirmité constituent des facteurs de risques au basculement dans des
pratiques déviantes (vol, vente de drogue, prostitution, etc. )
Enfin,
les chômeurs vivent dans la « débrouillardise » Le riche vocabulaire
employé traduit bien cette idée.
·
La débrouille au quotidien, « dabbugol »,
« xoslu »Vivre de « taf-taf »
·
Vivre de « pling plang »
·
Vivre de « tic tac »
·
Vivre de « dug genn »
·
Le «dëbëldëbël »
Encadré n°13. O.B. 49 ans, marié, 4 enfants, technicien agricole au chômage.
« J’ai
commencé à travailler en 1972 au service semencier de Kolda. J’ai chômé de 1974
à 1976 avant d’être recruté à la SOMIVAC de 1976 à 1984 à la suite duquel j’ai
connu un second épisode de chômage très long. Ce n’est qu’en 1995 que j’ai
retrouvé un emploi avec le PROGES à Ziguinchor. Ce projet a été interrompu en
1999 à cause de l’insécurité grandissante dans la région. Dans la même année,
j’ai monté un Gie dénommé « Groupe PRODECA », Production de Casamance
spécialisé dans l’étude de projets. En même temps nous commercialisions des
produits locaux ( miel, balai, huile de palme, etc. ). Nous avons été
confrontés à l’accès au crédit. Nous avons quand même pu trouver un prêt de
500.000 f (au CAPEC) à un taux d’intérêt de 12,5%. Sur 8 mois. J’ai dû
rembourser pour ne pas se faire poursuivre et me suis retrouvé à la case de
départ.
Actuellement
j’essaie de me rendre utile en renforçant les capacités organisationnelles des
femmes et en montant des projets dan le
cadre du maraîchage, de la culture de l’arachide, du fonio ou du spanish. J’ai
fédéré 6 Gie. Nous sommes à la recherche de financement pour un projet
d’agroforesterie dont le coût a été évalué à 5 millions de francs…
Je fait
aussi des études de projets. Nos honoraires traditionnels, c’est 5% de son coût global mais avec la crise nous avons
uniformisé à 5.000 f que nous arrivons mal à recouvrer…
Je vis
difficilement. Il faut le reconnaître. Non seulement je cours après la nourriture
de ma propre progéniture mais je prends, en plus, en charge la famille de mon
frère décédé et de celle d’un autre frère qui vit à Dakar. Il n’est pas revenu
à Sédhiou depuis 14 ans. Il nous a laissé ses deux épouses et ses 3 enfants.
Vous vous rendez compte.
Je ne
peux pas assurer à ma famille les trois repas quotidiens. Le petit déjeuner
n’est plus à l’ordre du jour et le dîner est supprimé le plus souvent. Je suis
coincé. Je ne peux même sortir de Sédhiou. Qui va se débrouiller pour leur
donner à manger » ?
En outre la retraite constitue avant tout, une rupture
dans la régularité et la substantialité des revenus. Ainsi, doublement
défavorisés par leur nouvelle situation de déclassés, les retraités développent
des alternatives à même de juguler la crise. La dégradation de son pouvoir
économique, phénomène qu’ils appellent « dégringolade » et le manque
de relève (chômage des jeunes) ont précipité cette catégorie dans la
précarisation. « On existe mais on ne vit plus » témoigne un retraité
du centre ville de Vélingara. Face à leur nouvelle situation de pauvres ils
déploient des stratégies de survie.
-
le réflexe d’auto prise en charge qui se matérialise par
la constitution de regroupement prenant en charge l’organisation de leur
ravitaillement en vivre set en médicaments. En effet mécontents de leur non
éligibilité à la CNCAS, les retraités de Vélingara (IPRES, FNR) tentent
d’échapper aux usuriers grâce à la mobilisation de fonds servant de caution
pour leur ravitaillement. La boutade d’un vieux de 83 ans le résume bien :
« on reçoit de la main droite pour le redonner par la main gauche et
retournons dans le brasier ».
Par
ailleurs ces retraités ont trouvé des formes d’arrangements avec le pharmacien.
Chaque retraité bénéficie de bons de médicaments moyennant l’inscription de son
numéro de pension dans le registre du pharmacien. Un membre du groupe se charge
de défalquer directement les sommes dues à ce pharmacien. Ce qui fait dire à un
autre : «je touche, je paie ».
-
La reconversion dans d’autres activités tel que le
maraîchage,
-
Le financement de l’émigration de jeunes,
-
L’encouragement des femmes au petit commerce,
-
Le recours à l’emprunt
-
Le recours à la solidarité
La
précocité et l’allongement de la période de soudure ont fortement influencé les
comportements des agropasteurs. La cueillette, la pêche, le petit commerce, la
vente d’animaux, deviennent les principales sources de revenus :
IV. TYPOLOGIE DE LA SEMIOLOGIE POPULAIRE RELATIVE
A LA PAUVRETE ET AU BIEN ETRE :
La
ténacité et les effets de la pauvreté sur les populations se lisent à travers
quelques expressions populaires telles que
¨ “Moo faat koliyata, ni wante dan bin molbe fata” pour
dire que la pauvreté les aurait déjà tué si l’homme mourait facilement
¨ “yimbe be fow ko may be” = les gens sont
des morts-vivants.
Ces expressions portent chacune en elle une signification
profonde qui découle d’une construction sociale fondée sur la basé d’une
accumulation, d’une superposition ou d’une sédimentation « blocs de
sentiments ».
Nous tenterons de les étudier
afin de comprendre les différentes formes de perceptions que véhiculent les
populations de la région de Kolda sur la pauvreté et le bien être.
Tableau 9. Analyse des
représentations sociales de la pauvreté à travers la sémiologie populaire.
|
LANGUES |
SEMIOLOGIES
POPULAIRES
|
SIGNIFICATION
|
THEMES
|
|
PULAAR |
q
Toroyaade
Baasal Baaso
Kebal Kebdo Miskiin
Defa bottari itta don hirande kira botta So waajima hebi, a hebat Baaso woni mbo alaa hay dara Tampudo, Bittudo Ko baaso hebata Ko kebdo waasata Si a waasi muña, si a hebbi wo ta yejit mbo ala Dooba Danniibe = Buroraani = v Ittoobe nete =
v
Sopoobe kembu =
v Wadoobe maneebar = Aldude = Galo = Jom jawdi Heege So ut ari mba da sasi, soodaa maaro wurna beyngu ma Hoslu Sa andi
andin Ko nedo
hebata, ko neddo waasata aldi
fotti Dem
ngal haalay fenande kono bandu fenata Baasal na way ni ñiiwende assamaan Saa ala ka puydo Waare huddo = Saare kemo ko karce miskiineebe Ko Samba e sambel Rasulillayi wii saa luppi gandal, dabitu jawdi, sa ala
gandal, ala jawdi, ka neddo puydo Baaso e mbo wona
baaso : v Jogal makko v Ñaamde makko v Yaadu makko v To o waloto v To halfi to piw No nganduda o wona
baaso e baaso :
v Maa kalanda dum o nanta v Kala ko lebanda dum, mo haalanoya dum neddo v Ñaamde hebta Neddo mbo nganduda mbo halfi galle mum Hal ko ñaamete hebta Hay comci borteedi hebta Hay
galle makko o wa wa ta dum construir bien Hay to o waalata mojja Daadere Ko heege waawi njofo Cedeele Doole lingu ko e ndiyam Ñande
fini fof reedu ñaamat Hande men ñaliri / men waldi / men hirtaaki / men itta
nikooje ñeele Baasal ko Alla addata Ko Alla tan waawi itu de baasal Baasal ko angal moyen Ko tampere woni hare daadu be Dëbëldëbël jom bey nguure haako bittere min tampi worbe liggi, sukaabe jangi min tampi baasal fuddi e koy amen ngurndam deburiye mawbebe naywi sukabebe liggani tampudo to saare ko sudu am o iwi duloowo ala ko hebata reedu buri sattude kaye e bibbe men daanata jamma, men
daanata ñalowma gosi ñaamumi ñaamumi, ko hebumi hebumi min tampi minen fow tampere nde.bittinii amen `handi ni mi nguri Sa hebaani to njaada kene, a hebbataa to wadata
ngese Hadde kilinta neddo hokku mbo ko ñaami` Ngurndam gabo hoca mooda Basdo hebbata doyngu Tampere moolanaado Tagaado jeyaani horemum Hitaande bondo ñaamat hitaande mojjo Coyli ko naandudi ndiwdata Be fusii ladde nde fof Waasdo ko neddo hersudo Promi meer ko promi hendu |
Ø
Mendier Ø
Pauvreté Ø
Pauvre Ø
Richesse Ø
Riche Ø
Pauvre Ø
Tirer le dîner du
déjeuner Ø
Plat de midi servi
au dîner Ø
Un ami ne laissera
pas dans la pauvreté Ø
Le pauvre est
celui qui n’a rien Ø
Fatigué Ø
Perturbé Ø
C’est le pauvre
qui deviendra riche Ø
C’est le riche qui
deviendra pauvre Ø
Ne t’afflige de ta
pauvreté et dès que tu deviens riche n’oublie pas le pauvre Ø
pauvreté Ø
émigrés Ø
il n’y a pas mieux Ø
cueilleur de
fruits du Parkia Ø = charbonnier
Ø
travailleurs
temporaires Ø
bien-être Ø
le riche le nanti Ø
la famine Ø
Au mois d’août tu
t’investis dans les travaux temporaires pour y gagner de quoi acheter du riz
et nourrir sa famille. Ø
Exercer de petits
boulots Ø
Partager son
savoir Ø
C’est le riche qui
devient pauvre, c’est le pauvre qui devient riche Ø
Convergence de vue
Ø
Le corps ne ment
pas contrairement aux déclarations Ø
La pauvreté
ressemble aux nuages dans le ciel Ø
Le pauvre devient
dupe botte de
paille Ø
Saré Kémo est
quartier de pauvres Ø
C’est Jean et Paul Ø
Le prophète de
Dieu dit : à défaut du savoir cherche la fortune ; celui qui n’est
ni savant ni riche est vraiment dupe. La différence entre le pauvre et le riche se lit
à travers : -
son avoir -
sa nourriture -
son comportement -
sa responsabilité,
tous ses biens -
comment
reconnaît-on le pauvre du riche : -
il comprend
difficilement -
Il raconte tout ce
qu’on lui dit -
Il trouve
difficilement à manger -
C’est quelqu’un
qui n’a rien laissé à manger à la maison -
Il n’a même pas de
bons habits -
Il est incapable
d’avoir une maison bien construite -
Il n’a même pas un
lieu décent pour dormir -
Problème aigu Même l’aliéné mentale ne résiste pas à la faim -
Difficultés -
La force du
poisson se mesure dans l’eau -
Tous les jours
notre ventre crie famine Nous n’avons pas manger à midi, nous n’avions
dîner hier non plus et nous n’avons encore trouver de quoi tromper notre faim
ce matin -
DIEU seul peut
rendre riche ou pauvre -
La pauvreté est un
problème de moyens -
La souffrance est
le combat des hommes -
Se débrouiller -
Chef d’une famille
nombreuse -
L’herbe, la
feuille d’oseille -
La difficulté -
Nous sommes
fatigués -
Les hommes ont
beau travaillé et les enfants ont étudié mais nous restons toujours pauvres -
La pauvreté
commence par nous -
La vie de
débrouillardise -
Les parents
vieillissent et leurs enfants chôment -
Le plus pauvre du
village vient de ma maison -
L’agriculture
n’apporte rien -
La faim touche le
plus nos enfants. Nous ne dormons ni la nuit ni le jour -
Bouillie de riz -
Nous avons pas le
choix pour la nourriture -
Aucun de nous
n’est épargné par les difficultés -
Nous vivons dans
le dénuement -
Qui ne peut pas
avoir de champ de case ne peut pas
avoir un champ de brousse -
Avant de
chatouiller quelqu’un donne lui à manger -
Nous vivons comme
des oiseaux nous mangeons tout ce que nous ramassons -
Le pauvre ne dort
pas -
Enormes difficultés -
Celui qui compte
sur autrui ne pourra pas être libre -
Les mauvaises
années avalent les bonnes -
Ceux qui se
ressemblent s’assemblent -
Ils ont défriché
toute la forêt -
Le pauvre est un
homme honteux -
Les promesses du
maire autant en emporte le vent |
Stratégie
de captation de ressource Situation
économique Perception
de la pauvreté Situation
économique Perception
de la richesse Perception
de la pauvreté Stratégie
alimentaire Stratégie
alimentaire Le
tissu relationnel Perception
de la pauvreté Idem Idem Idem Idem La
coveillance Classe
sociale Idem Perception
de la pauvreté Stratégie
de captation des ressources Idem Idem Perception
du bien être Situation
économique Perception
du bien être Perception
de la pauvreté Stratégie
de captation de ressources Idem Coveillance Perception
de la pauvreté Stratégie
de survie Perception
de la pauvreté idem idem stratégie
de captation de ressources Stigmatisation Nivellement
par le bas perception
de la pauvreté liée à la spiritualité perception
de la pauvreté perception
de la pauvreté Ignorance
Perte
de confiance Perte
de capacité Dénuement Dénuement Idem Exclusion
sociale Perception
pauvreté Stigmatisation -
Capacités
par rapport au milieu Vulnérabilité Incapacité
à satisfaire les besoins vivriers Incapacité
à satisfaire les besoins vivriers Pauvreté
liée à la spiritualité Perception
pauvreté Idem Stratégie
de survie Charge
sociale Stratégie
alimentaire Perception
de la pauvreté Idem Idem Appropriation
de la précarité Stratégie
de survie Perception
de la pauvreté Stigmatisation Stigmatisation Vulnérabilité Repas
de pauvre Absence
d’alternative Nivellement Dénuement Incapacité Priorisation Réductibilité des choix perception de la pauvreté Idem Dépendance Insécurité Classification Sentiment de révolte Perte de dignité Déconnexion institutionnelle, rupture de
confiance |
|
MANDING |
Fentang
Fentang = Fii siareng, Fentiyo Fankanma ou Banna ¨ Mayaboo ¨ Foiro /
siito ¨ Foo ¨ Ani fentabolo
¨ Fenteng ¨ Fii siaringo
= ¨ Fentiyo ¨ Fankama ¨ “Moo faat
koliyata, ni wante dan bin molbe fata” “Soor jiwo
ateebalo koyendi noola” = “Niye kontong tabi ne siman bondije” Busa busalo |
Pauvre -
pauvre -
Moyenne Aisé -
aisé -
Fortuné -
très pauvre ¨
pauvreté ¨
le pauvre ¨
¨
qui n’a rien ¨
qui peut assurer
au plus un repas par jour ¨
qui se nourrit
correctement en arrive à se
débrouiller pour satisfaire ces autres besoins : logement, santé, éducation. ¨
aisés qui en a plus qu’il n’en a besoin ¨
très riche,
fortuné ¨
La pauvreté les aurait déjà tué si l’homme
pourrait mourir aussi facilement ¨
la pitance ne nourrit pas assez son homme” -
Une partie du repas de midi est réservée pour le dîner plat
de riz blanc et d’oseille |
Perception
de la pauvreté Catégorie
sociale Catégorie
sociale Catégorie
sociale Catégorie
sociale Catégorie
sociale Catégorie
sociale Catégorie
sociale perception
de la pauvreté idem idem Idem Catégorie
sociale Capacité
de résistance Insécurité Stratégie
alimentaire Repas
de pauvre |
|
SONINKE |
Miskin Korinte Fuxaare Foogume Futoo doo dere Baa wuyaa Onu mee deemanaa Sooxoyee nta
foo ritini sasa Seree nto
deemana Tampiye |
-
très pauvre -
pauvre -
moyennement aisé -
riche -
couscous dont la
sauce est faite de feuille d’arbre -
dîner de la veille
servi pour le petit déjeuner -
nous nous
entraidons -
l’agriculture
n’est plus rentable -
personne ne nous
aide -
la fatigue |
Catégorie
sociale Idem Idem Idem Repas
de pauvre Stratégie
alimentaire Solidarité Perte
de confiance Déstructuration
du tissu sociale |
|
WOLOF |
« teus teus » Boo ligeyale sa ndey sa doom di na la ligeyal Boo amul, loo am nga dimbale sa bopp Ku yor mooy rus, ku yorul du rus Dunuy foratu” dëkk bi barena ñu soonn = coono mi ngi ci dëkk bi” “soo bayul
doo lekk “yalla moo ñu
yor; coono jogefi, Yalla rekk” |
-
Débrouillardise -
Qui investi sur
ses parents verra ses enfants s’investir pour lui -
Le pauvre doit
savoir tirer profit du peu qu’il a Le pauvre perd facilement sa dignité= -
nous ramassons à
compte goutte. -
Il y a beaucoup de
gens fatigués dans cette ville -
la pauvreté est
partout présente dans la ville -
si tu ne cultives
pas tu ne mangeras pas -
DIEU seul peut
nous sortir de la pauvreté |
Stratégie
de captation de ressources L’apologie
et la moralité de la coveillance Pragmatisme
du pauvre Perte
de dignité, déclassement Modicité
des ressources Généralisation
de la crise Nivellement Dépendance
à l’agriculture Le
refuge dans la spiritualité |
V. ANALYSE DU
RÔLE DES INSTITUTIONS DANS LA REDUCTION DE LA PAUVRETE
Les institutions publiques, parapubliques et privées
interviennent dans le champs du développement avec des démarchés, des approches
et des missions différentes. Cependant, leur dénominateur commun semble être la
lutte pour l’amélioration des conditions de vie des populations des points de
vue alimentaire, sanitaire, sécuritaire, éducationnel, économique, social,
culturel, environnemental. Les interventions sont dispersées et souffrent d’une
absence de synergie des acteurs, d’incohérences dans les stratégies, d’un
manque de ressources financières, humaines et matérielles.
V. 1. LES INSTITUTIONS PUBLIQUES
La
caractéristique principale des structures publiques est le manque de moyens
financiers et matériels. La région souffre d’un déficit infrastructurel prompt
à pallier la pauvreté des masses.
V. 1.1.
Les Conseils ruraux, municipaux et régional
Ce sont des structures peu impliquées dans la lutte efficace
contre la pauvreté. Dans l’entendement des élus locaux, le programme de
réduction de la pauvreté n’est pas une compétence transférée, ce qui fait que
ce domaine n’est pas pris en compte dans les budgets des trois institutions.
En campagne, certains Conseils Ruraux
ont pris en charge (même si c’est de façon partielle) des aspects essentiels
pour la lutte contre la pauvreté. Ils ont contribué à l’édification d’écoles ou
de salles de classes (exemple du CEM de Dabo dans le Département de Kolda), de
cases de santé, de marchés, le forage de puits avec l’appui d’ONG ou de la
Direction du Développement Communautaire. Cependant, la timidité des
investissements procède de la modicité des budgets (18 millions en 2000, 15 600
000 en 2001 pour le Conseil Rural de Saré Coly Sallé dans le Département de
Vélingara, 24 millions en 2000 pour celui de Sinthiang Coundara dans le même
Département) pour un nombre assez élevé de villages : 63 villages
officiels dans la Communauté Rurale de Sinthiang Coundara.
L’autre
obstacle des Conseils Ruraux porte sur les stratégies de recouvrer la taxe
rurale. L’acquisition de la subvention allouée par l’Etat (fonds de concours)
est tributaire du taux de recouvrement de la taxe qui se déprécie de plus en
plus du fait de la paupérisation des populations et des agissements des
politiciens. Cette dernière considération immobilise le processus du
développement économique et social des collectivités comme celle de Dabo où des
« rivalités politiques ont conduit à des rétentions d’information, des
actes de sabotage en paralysant des réunions de coordination entre le Conseil
Rural et l’Administration et les organismes d’aide au développement, des
campagnes d’intoxication de l’opinion d’un clan à l’autre » (D. DIA,
2000). Cela prouve que la gouvernance locale subit les coups bas de la
politique. Ce phénomène déstabilisateur scande la vie des collectivités locales
et explique partiellement le retard dans la lutte contre la pauvreté.
En
milieu urbain, les Conseils Municipal et Régional ont aussi une marge très
faible dans la réduction de la pauvreté. Leur apport est insignifiant au regard
des budgets alloués. Pour la Mairie de Kolda, le budget annuel est de 200
millions desquels 53 millions sont défalqués constituant le fonds de dotation
parce que ne parvenant pas à recouvrer la taxe municipale. Le budget
d’investissement est notoirement insignifiant. Il est de 15 millions. Les
conséquences immédiates de la faiblesse de l’investissement sont l’état de
dégradation avancée des voies de communication interurbaine :
l’assainissement qui aggrave le ravinement,
l’électrification inachevée de la ville, le lotissement partiel de
certains quartiers, l’insalubrité grandissante par la multiplication des tas
d’immondice sans pouvoir les collecter dans une région humide favorisant le
développement de bactéries, les problèmes d’hygiène et de prévention avec
l’absence de lutte contre le vecteur paludéen en saison des pluies par la
pulvérisation nocturne dans les quartiers et les eaux stagnantes.
L’assiette
fiscale est pauvre. A l’exception des marchés, la commune ne bénéficie pas
d’infrastructures pouvant générer des recettes fiscales. L’usine d’égrenage du
coton de la SODEFITEX, la Centrale de la SENELEC sont hors du périmètre
communal, c’est pourquoi la municipalité souhaite l’extension de la surface de
la commune(officiellement 1,5km2
mais officieusement 9 km2 ).
La
masse salariale est lourde pour une commune sans ressources importantes. Les
salaires annuels des policiers municipaux s’élèvent à 48 millions tandis que
les travailleurs municipaux perçoivent 12millions l’an.
Kolda
est une commune non éligible à l’ADM (Agence de Développement Municipal) parce
qu’y ayant contracté une dette de 89 millions non encore soldés.
Les
tentatives de sortie de crise sont quasi inexistantes car, l’inertie réside
dans le manque d’agressivité du leadership local. Aujourd’hui, la prospérité
des municipalités est renforcée par un partenariat international (jumelages,
etc.) qui fait défaut à la région. La prise de décisions majeures est légère à
l’hôtel de ville de Kolda qui semble paralysé par un idylle frappé
d’incapacité. Les collaborateurs (Adjoints) ne jouissent pas pleinement d’une
autorité leur permettant de prendre en charge efficacement les destinées de la
ville. C’est pourquoi sa participation de façon significative à la réduction de
la pauvreté est incertaine encore. En ce moment, le seul programme public
domicilié à la Mairie de Kolda est le programme PAM SEN qui recrute la
population locale pour l’assainissement des quartiers . Contrairement à la
mairie de Kolda, celle de Vélingara avec un budget « gonflé » (
furtif )de 80 millions s’est dans un vaste programme d’investissement dans la
commune. Les ouvrages prévus grâce au protocole d’accord signé avec avec l’ADM sont :
¨ Une
gare routière
¨ Un
forail
¨ Un
abattoire
¨ L’electrification
de la commune
¨ Des
adductions d’eau
¨ Un
poste de santé à Samba 15 ans
¨ Le
remblaiement des grandes artères
¨ Le
désensablement des canivaux
¨ Un
nouveau marché
Le coût
de l’ensemble de ces rèalisations est estimé à plus de 500 millions de francs
Le Conseil Régional se reconnaît également sous ce même
schéma. Son budget de fonctionnement se chiffre à 165 millions en 2001 alors
que celui des investissements est estimé à 70 millions de francs en 2000.
cette institution se donne comme tâche dans le développement communautaire
l’appui aux groupements à hauteur de 20 millions de francs par an dans des
projets de développement rural : gestion des ressources naturelles,
maraîchage, Cependant, l’impact de cet appui n’est pas encore perçu dans la
région.
V.1.2.
Les structures publiques d’encadrement
V.1.2.1.
L’Expansion Rurale
Le
service de l’Expansion Rurale est une structure de développement à la base. Sa
mission se résume à :
-
l’appui conseil dans l’élaboration et l’exécution des
plans et projets de développement des Communautés Rurales ;
-
l’appui des initiatives locales de développement
entreprises par les groupements, associations villageoises de développement, les
GIE, les ONG ;
-
l’aide à la formation technique des populations.
Les
Centres d’Expansion Rurale (CER) ont été créés en 1954 sous l’appellation de
CERA (Centres d’Expansion Rurale Agricole) pour impulser la production
arachidière, suite à la crise agricole des années 50 – 52.
En
1960, on assiste à la création des CERP (Centres d’Expansion Rurale et
Polyvalente) en remplacement des premiers par la loi 60-014 du 13 janvier 1960. Leur mission était «la promotion
économique et sociale du paysan avec le regroupement d’une seule équipe tous
les agents de l’Etat évoluant dans un même arrondissement »[1].
Cette équipe était constituée des services de la Planification, de l’Elevage,
de l’Agriculture et de la Santé. Le décret
60-176 du 20 mai 1960 fixe leur organisation, la composition et la zone
d’intervention.
En
1972, le décret 72-1390 du 4 décembre
1972 complété par le décret 75-1230
du 16 décembre 1975 donne aux CERP une nouvelle dynamique en leur assignant
le rôle de la mise en œuvre de la réforme de l’Administration territoriale et
locale. Depuis lors, la mission des CERP a évolué vers l’encadrement et le
conseil avec les Programmes d’Ajustement structurel.
-