République du Sénégal
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PREMIERE PARTIE:

LA PAUVRETE SOUS TOUTES SES FORMES :

perceptions et représentations

 

 

I. CONDITIONS DE VIE

 

Kolda est une région essentiellement agricole. On y distingue deux entités socioculturelles: le Fouladou et le Pakao. Le Fouladou qui correspond aux départements de Velingara et de Kolda se distingue par la prédominance d'un agropastoralisme tandis que le Pakao qui couvre le département de Sédhiou est à dominante agricole. L'économie de la région est fortement influencée par les activités agropastorales.

 

I. 1. L'ECONOMIE

 

Le primaire arrive de loin devant les autres secteurs. L'agriculture sous pluie est la principale activité qui rythme aussi bien l'économie rurale qu'urbaine. Plus de 90% de la population de cette région relèvent de ce secteur.

 

I-1. 1. L'agriculture

 

52% de la superficie régionale sont constitues de terres cultivables. Les surfaces réellement cultivées ne dépassent pas pour autant 23%.  En dehors des périmètres irrigués de l'Anambé et quelques îlots de cultures maraîchères, l'essentiel de cette agriculture est une agriculture sous pluie. Les spéculations cultivées dans la région dépendent en grande partie de l'aptitude des sols. On distingue trois types de cultures :

 

- une culture de rente représentée par l'arachide, le coton et dans une moindre mesure le riz du bassin de l'Anambé. Le sésame est aussi cultivé à Sédhiou et à Kolda,

 

- une culture vivrière composée de millets (sorgho, souna-sanio), du mais, du riz de faro,du fanio et de tubercule (manioc, patate douce, jaabere  etc). On peut noter que le manioc et le maïs sont devenus, avec la crise, des cultures mixtes.

 

-          Le maraîchage se développe de plus en plus dans les bas fonds, le lit mineur du fleuve Casamance, avec la production de gombo, d'oseille de Guinée, de piment, de tomate, d'aubergine, de salade, de chou, d'oignon etc.

 

On note également une expansion de la culture bananière dans le Département de Sédhiou telles que les plantations de Nguindir.

 

Jadis grandes pourvoyeuses de ressources, les cultures de rente ( le coton et l'arachide) ne génèrent plus de revenus susceptibles de satisfaire les besoins du paysan. Cette baisse de la productivité résulte de la combinaison de plusieurs facteurs :

 

·       la suppression du Programme Agricole, le désengagement de l'Etat ;

·       la récurrence des cycles de sécheresse depuis les années 70 et 80, l'inégale répartition spatio- temporelles des pluies occasionnant l'assèchement des rizières ;

·       la baisse de la fertilité des sols arables ;

·       le sous équipement agricole du producteur,

·       l'obsolescence du matériel agricole,

·       la forte utilisation d'un matériel rudimentaire,

·      l'intrusion marine avec la salinisation des terres,

·       le renchérissement des coûts de production: le prix de l'équipement agricole en hausse de 40% après la dévaluation du Franc CFA, de même que celui des intrants (engrais, pesticides et herbicides),

·       le dysfonctionnement dans les sociétés d'encadrement (SODEFITEX, SODAGRI, SONAGRAINE ; etc.),

·       Absence de mesures incitatives chez le paysan,

·       l'insécurité qui sévit dans la zone,

·       le manque de suivi post projet : exemples : PRS, SEFA, SOGECA ; etc.

 

L'agriculture ne nourrit plus son homme. Les cultures vivrières ne couvrent plus les besoins alimentaires du paysan. La soudure devient plus précoce et s'étale maintenant sur 4 à 6 mois.

Face à cette situation, le paysannat s'oriente progressivement vers la diversification d'activités génératrices de revenus. Le maraîchage et la cueillette deviennent les principales activités complémentaires qui atténuent la soudure.

 

La densité du réseau hydrographique ( la Casamance et ses affluents, en plus des barrages et digues) favorise l'éclosion d'une activité maraîchère développée dans les plaines d'inondation  et dans les lits des cours d'eau exoréiques en saison sèche. L'équilibre des cultures jardinatoires est rompu depuis près de 3 décennies par la remontée de la langue salée qui a perturbé l'écosystème de cette partie du pays.

 

I.1. 2. L'élevage :

 

L'élevage est de type extensif avec une domination de l'espèce bovine de race ndama plus trypanotolèrante. A cela s'ajoute l'élevage d'ovins, de caprins, de la volaille, des porcs et des équidés. L'apiculture est une activité qui se modernise de plus en plus avec l'encadrement des structures de développement. (PROGEDE, PROMER,…)

La race bovine se singularise par une productivité moyenne : d’un poids variant entre 100 et 250 kg. Elle produit à la boucherie jusqu’à plus 40 % de carcasse. La ndama est par ailleurs mauvaise laitière avec une production d’un à 1,5 litre par jour.

 

            Selon l’Inspection Régionale des Services Vétérinaires le cheptel régional se répartit en 2000 comme suit :

                                   Bovins :       454.000

                                   Ovins :         371.000

                                   Caprins :      418.000

                                   Volaille :     2.065.000

                                   Porcs :            83.000

                                   Equins :          31.100

Asins :            71.500

En effet, sil importe de noter que cette région a connu une évolution dans le domaine de l’élevage. Elle est passée d’une économie pastorale extensive à un agropastoralisme sédentaire. Cette étape a fortement modifié les représentations socioculturelles et économiques. Des mutations s’opèrent; le bétail n’est plus uniquement un bien social mais tend à devenir un constituant économique. Ce dynamisme résulte d’un brassage culturel,  du glissement progressif (mais lent ) du bétail des mains des Peuhl vers les autres ethnies (exemples Sarakoles, Wolofs), et des exigences du marché Sénégalais.

 

L’essentiel de l’économie du petit bétail (petits ruminants) et de la volaille est féminine. Cela résulte principalement de deux facteurs :

            - les modestes revenus tirés de l’agriculture (arachide, coton, maraîchage) sont réinvestis dans le petit bétail et la volaille, qui constituent par ailleurs leur principal recours en cas de besoin numéraire.

- chez les «Jeyaabe» la dot ou le «teŋe» est constituée de petits ruminants. Chez les femmes, cet élevage représente une autre forme de valorisation.

 

Même si l’essentiel du cheptel bovin est contrôlé par les hommes, il n’en demeure pas moins que les femmes en détiennent une part importante. La faible représentation des équins s’explique par des facteurs écologiques défavorables. Ils sont trypanosensibles. Ce qui n’a pas manqué d’avoir des répercussions sur les processus culturaux (faible utilisation de la traction équine).

 

L’élevage de cette région, malgré son dynamisme, traverse une crise multiforme :

 

- une non exploitation ou une sous exploitation du troupeau qui se manifeste par :

• sa mauvaise gestion ;

• sa mauvaise conduite, (la population animale est laissée à elle même) ;

• sa très faible consommation de produits vétérinaires (l’éleveur n’a pas de culture de traitement sanitaire du bétail).

- Son lâchage par les structures d’encadrement ISRA/CRZ, Service Régional de l’Elevage.

            - Occupation de terres de parcours par l’agriculture ; ce qui ne manque pas de créer des conflits dans le Médina Yoro Foula et des inquiétudes dans le département de Sédhiou. Cela relève d’un dysfonctionnement des politiques publiques. L’éleveur est sans terre. La loi sur le domaine national n’a pas prévu de terre pour l’élevage.

- La marginalisation de l’activité ou l’absence de politique publique destinée à l ‘élevage dans la région. Kolda est une des rares régions pastorales à n’avoir pas bénéficié de programme spécifique d’élevage.

            - L’assèchement précoce des mares temporaires et les difficultés d’exhaure rendent délicat l’abreuvement du bétail.

- La forte prévalence d’endoties de plusieurs types qui déciment aussi bien le bétail que la volaille.

            - L’inadéquation du système de commercialisation (les destockages ne se font pas au bon moment et le marché n’est pas contrôlé par l’éleveur.)

            - Le manque criard d’infrastructures viables : foirail, abattoir moderne,…

A cela s’ajoutent des multiples feux de brousses qui en saison sèche détruisent le couvert végétal tant désiré par le bétail..

L’intensification amorcée ces dernières années vise à accroître le potentiel de la production laitière (VSF, Unités de production privées) par la mise en place d’unités de pasteurisation (Kolda, Vélingara) et une fromagerie (Sédhiou).

 

I.1. 3. La pêche :

 

Elle est essentiellement continentale. Elle se pratique sur la Casamance et ses affluents ; de même que sur la Gambie. Le potentiel hydrique est important. Il permet d’entretenir une activité piscicole générant des revenus plus ou moins importants. Il faut noter que certains villages tels que Mandina Findifé dans le département de Sédhiou bordé par «un marigot» vivent en grande partie de la pêche. Une partie des mises en terre est auto consommée localement tandis que l’autre est commercialisée à Sédhiou, Djendé, Diaroumé etc.

 

I. 1. 4. L’exploitation forestière :

 

La région de Kolda comporte 26 forêts classées pour une superficie totale de plus de 364.000 ha soit 17% de taux de classement.

La production forestière est très diversifiée. La région fournit à elle seule une part importante de la production charbonnière du pays. Elle contribue à ravitailler le marché Dakarois ; mais malheureusement les retombés économiques ne sont pas ressenties par les populations Koldoises. Comme Tambacounda, la région de Kolda est aussi l’une des plus grandes pourvoyeuses de bois mort; de bois de service (Kapokier) et de bois d’œuvre (Ven, Linké ; etc.) Le bois d’artisanat est fortement exploité avec des prélèvements de tiges bambous de panneaux de crinting, de rôniers etc.

 

La dynamique de l'exploitation forestière fait naître chez les populations locales un sentiment de frustration et de contestation. Elles accusent les autorités publiques de favoriser des opérateurs économiques venus d'ailleurs exploiter massivement leurs ressources au détriment des autochtones et de l'équilibre écologique.

Les produits de cueillette (madd, néré, ditax, pain de singe,...) longtemps sous exploités présentent aujourd'hui un intérêt économique appréciable. Cependant l'enclavement de la région et l'accès difficile aux zones de production ne favorisent pas l'optimisation de ces ressources  à forts avantages comparatifs.

Les populations de cette région, en général, et celles du département de Sédhiou, en particulier, se sentent marginalisées du fait de leur exclusion du marché. De nombreuses contrées vivent dans un isolationnisme provoqué par une quasi absence de réseau de communication viable. Les liens se déstructurent. L'impossibilité de valoriser le potentiel existant développe une amorphie. Les produits sauvages (madd, ditax...) ou domestiques (mangues, oranges, pamplemousses, citron) pourrissent sur place faute de possibilité d'évacuation et de commercialisation.

 

I. 1. 5. Industrie et commerce

 

En dehors des deux unités d'égrenage du coton de la SODEFITEX à Kolda et à Velingara, l'industrie est quasi absente dans la région. Les populations déplorent vivement le transfert de l'usine de décorticage des graines d'arachide de Kolda à Ziguinchor.

 

Cette décision a fortement pesé sur la vie socioéconomique des habitants qui se sont senties défavorisés pour ne pas dire déclassés.

 

On peut noter, par ailleurs, l'existence des petites industries telles qu’une scierie à Kolda, une unité de production d'huile de sésame à Sédhiou et trois rizeries dans le département de Vélingara.

D'une manière générale le commerce se présente comme suit :

- Un commerce en gros concentré en centre ville et détenu pour l'essentiel par des allochtones (Peulh Fouta et des Maures) ;

- Un commerce de détail contrôle par les Peulh  Fouta et  les autochtones. Les grossistes sont pour la plupart propriétaires de camions et avec lesquels ils se ravitaillent à partir de Dakar pour approvisionner les détaillants.

..L'éloignement des marchés d'approvisionnement (Dakar) et l'enclavement des zones de distribution ont de fortes incidences sur les prix pratiqués dans les commerces.

Par ailleurs, en dehors des marchés urbains (trois à Kolda, un a Sédhiou, un à Vélingara) se développent d'importants marchés ruraux hebdomadaires qui structurent la vie socioéconomique de plusieurs villages. L’exemple le plus édifiant est le marché sous régional de Diaobé.

 

I.2 OCCUPATION DE L’ESPACE.

 

En gros, on peut distinguer deux types d'habitat : un habitat  rural et un habitat urbain.

 

I.2. 1. L'habitat rural.

 

Il est fonction du type de société. D'une manière générale quatre types d'habitat ont été recensés.

 

q        L'habitat  peulh

 

C'est le plus représenté et constitue l'habitat traditionnel du Fouladou. Il se présente sous forme de cases rondes coiffées d'un toit de chaume arrivant à un même le sol avec deux portes opposées. La seconde porte s’ouvre sur les toilettes où  sont plantées des boutures de manioc, de l'oseille de Guinée (follere), du gombo (kanje) etc. Derrière la concession s’étend le bambe ou champs de case où sont cultivés du maîs et divers condiments.

 

Dans beaucoup de villages et dans certains quartiers périphériques des communes (Héramakono, Saré Boukka, Samé Foulouyel) Saré Moussa (Kolda), Kabum (Sédhiou), Vélingara Foulbe (Velingara), on note la dégradation de l'habitat marquée par l'usure du temps; caractérisée par le non renouvellement de la chaume dégradée (pourrie) qui suinte en hivernage et des pans de mur, d'autre part, éffondrés et où les piquets servent de support au toit.

 

q        L'habitat Serer et Balante

 

Il rompt d'avec l'habitat peulh. Chez ces ethnies les cases sont de plus petite taille. Elles sont en général de forme carrée coiffées d'un toit de chaume plus élevé que le toit peulh. Chez le serer l'habitat est groupé.

 

q        L'habitat madingue et soninke

 

On en distingue deux types

 

-          L'habitat qui ressemble à celui des peulh avec une différence au niveau du toit est plus relevé,

-          L'habitat avec de grands bâtiments divisés à l'intérieur en de petites chambres. La chaume est fonction du pouvoir économique du propriétaire. Elle est en paille chez les moyennement pauvres et faite de tôles de zinc chez les plus aisés.

 

q       L'habitat wolof :

 

Les cases sont de forme carrée. Elles sont faites de tiges coiffées d'un toit de chaume. Du fait de leur situation d'allochtone et de leur récente installation dans la région, les wolofs se construisent une habitation précaire les premières années (Médina Bambaly, Bayoungou, Thienaba, Thiékene etc...) ;

 

I.2.2. L'habitat urbain :

 

Il est caractérisé par une ruralité de la périphérie et une modernisation au centre. L’architecture des quartiers périphériques a  la même allure que celle des villages précédemment analysés. Elle n'est rompue que par les émigrés ou les commerçants qui investissent dans l'exploitation immobilière. La pauvreté dans les centres villes frappe durement les retraités, les jeunes qui n'ont pas su hériter de la chance de leurs aînés. Les sans emplois vivent une précarité sans commune mesure. La promiscuité est alarmante. Les vieilles maisons construites par les vieilles générations ont du mal à se renouveler alors que la taille du ménage a été multipliée en l’espace d’une génération presque parfois. L'espace devient étroit.

 

Certains nouveaux quartiers ont émergé et agrémentent l'architecture. C'est le cas du quartier Montagne de Kolda et celui de Vélingara Centre.

 

II. TYPOLOGIE DES MÉNAGES SELON LEURS CATEGORIES SOCIO-ECONOMIQUES ET LA SEMIOLOGIE POPULAIRE

 

La catégorisation des types de ménages au Fouladou et au Pakao s'est opérée sur la base de critères suivants :

·      La forme de vulnérabilité/ résistance

Elle est liée aux mécanismes de fragilisation, de basculement, de résistance ou d'émergence du ménage

 

·      La capacité à se défendre

Elle renvoie aux degrés de résistance et aux possibilités d'alternatives face à une situation de vulnérabilisation

·      La durée dans la précarité

Elle se mesure dans le vécu de la précarité dans le temps.

·      L'intensité de la précarité

Elle peut être considérée comme le degré d'instabilité en fonction des différentes carences

Au regard des critères définis plus haut, quatre catégories socio-économiques ont été identifiées.


Tableau 3. Les différentes catégories sociales

TRES PAUVRES

PAUVRES

Moyennement

AISES

AISES

Pulaar     : Naibo/Basdo

Manding : Foaro

Soninke  : Miskiin

Wolof     : Ku naak

 

Þ   Ménages dirigés par des veuves sans soutien extérieur

 

Þ   Ménages dirigés par des invalides ne disposant ni de ressources ni de soutien

Þ   Ménages dirigés par des femmes divorcées sans revenus et ayant en charge des enfants en bas âge

Þ   Ménages dirigés par des parents abandonnes par leurs enfants en activité

Þ   Ménages dirigés par de déflatés

Þ   Ménages dirigés par des rapatriés

Þ   Ménages de vieilles dames vivant seules

Þ   Ménages d'orphelins totaux sans revenus et entretenus par des voisins

Þ   Ménages diriges par des réfugiés( Bissau-guinéen)

Þ   Ménages d'anciens salaries d'entreprises ou de projets en fin ou en cessation d'activité

Þ   Ménages dirigés par des veuves et à faibles revenus (petit commerce, maraîchage)

Þ   Ménages dirigés par des femmes dont les épous sont sans ressources

Þ   Ménages entretenus par des femmes comptant sur le petit commerce, le maraîchage et l’élevage de petits ruminants et des enfants cultivant de petits lopins de terres

Þ   Ménages d'orphelins totaux à faibles revenus

Ménages d'agropasteurs sans équipement agricole

Tabbo/ Miskin

Fentang/Bataata

Korinte

Faqir

 

Þ   Ménages dirigés par des hommes sans ressources suffisantes et ayant une    grande famille à entretenir

Þ   Ménages de jeunes couples sans ressources

Þ   Ménage dont le chef est un polygamme âge, sans soutien et ayant une famille nombreuse a entretenir

Þ   Ménages dirigés par des cultivateurs sans terre  suffisante et sans autre source de revenus

Þ   Ménages composés de grandes familles (plus de 16 personnes) et dont les chefs les entretiennent par la débrouillardise

Þ   Ménages dont le chef est un retraité et qui ne vit que de sa pension

Burordo

Fentiyo

Fuxaare

Kutane

 

Þ   Ménage de salarié moyen (public ou privé)

Þ   Ménages d'agropasteurs à grande main d'œuvre agricole et ayant un équipement complet

Þ   Ménages de retraités soutenus par des enfants fonctionnaires ou salariés

Þ   Ménagés de retraités reconvertis en grands maraîchers ou grands agriculteurs

Þ   Ménages de couples en activité: agriculture(homme) et commerce (femme)

Þ   Ménages dirigés par des détaillants

 

 

 

 

 

Kebdo/Jom jawdi

Banna/Fankama/Firinta

Foogume

Ku am/Borom alal/Ku yor

 

Þ   Ménages d'émigrés (Espagne Etats Unis ,Allemagne, France, Portugal)

Þ   Ménages de cultivateurs soutenus par de émigrés

Þ   Ménages dirigés par des commerçants grossistes

Þ   Ménages d'agropasteurs a grande exploitation agricole et de troupeau important

Þ   Ménages de cultivateurs- grands exploitants maraîchers

Þ   Ménages de salariés qui détiennent de grandes exploitations agricoles et/ou de grands troupeaux

Þ   Ménages d'anciens émigrés ayant investi dans l'immobilier locatif


Ces différentes catégories ont chacune des spécificités qui rendent compte de caractéristiques différentielles

 

II.1. TRES PAUVRES

 

C'est une catégorie qui se distingue principalement par la conjugaison d'un ensemble de facteurs handicapants:

            - l'absence de ressources

            - le déficit de tissu relationnel

Ceux-ci engendrent chez ces couches un fort degré de vulnérabilité lié à leur incapacité à se défendre suite aux multiples carences auxquelles ils font face. Par conséquent, la déconnexion relationnelle finit par susciter un sentiment de marginalisation, qui, par ailleurs provoque des formes de perturbation psychologique les installant dans diverses formes d'insécurité:

            - insécurité par rapport à  la nourriture (incertitude du repas quotidien)

             insécurité par rapport à la santé

            - insécurité par rapport au logement

            - insécurité par rapport à leur environnement

            - insécurité par rapport au statut social, foncier, économique etc.

II.2- LES PAUVRES

 

Ils ont en commun un ensemble de manques, d'insuffisances et de déficits. D'une manière générale, les pauvres vivent au quotidien. Ce sont eux qui font du «foraatu» (ramassage) qui se complètent par leur réseau relationnel (parfois faible) : ce sont en vérité des mendiants voilés. Mais ils ne manquent pas de reconnaître que "sor jiwo atebalo koyendinoola", ce qui signifie que la pitance ne nourrit pas son homme. Ils vivent une incertitude des 3 repas quotidiens. Ils développent par ailleurs un ensemble de complexes sous tendus par leur dépendance à la société ("ballal, deemerde"= aide), leur incapacité à générer des revenus pouvant satisfaire leurs besoins.

 

II.3- LES MOYENNEMENT AISES

 

Burordo en pulaar, Fintiyoo en manding, Fuxaare en soninké, Ku tane en wolof, cette catégorie se différencie des autres non seulement par  sa capacité à couvrir les trois repas quotidiens, mais aussi à  couvrir relativement les dépenses de santé, à se loger, à s'habiller correctement et à  posséder les moyens d'accès aux services sociaux de base (eau et électricité) mais aussi à dégager des surplus relativement moyens souvent destinés à leurs proches et voisins immédiats. Ils sont plus présents dans les quartiers centres des communes et dans certains villages disposant de ressortissants, de  fonctionnaires ou émigrés.

 

II. 4 LES AISES

 

C'est une catégorie qui a surmonté les besoins primaires. Par effet miroir, elle devient la projection sociale des autres catégories. L'axe de vie est orienté en fonction de leur modèle. Elle devient le modèle de réussite sociale. Malgré leur nombre relativement limité par rapport au reste de la population, les aisés n'en constituent pas moins les plus en vue, les plus connus et par conséquent le point de mire, la désignation même du bien être.

 

III. POINTS DE RUPTURE DANS LE VÉCU DES ACTEURS : FAITS STRUCTURANTS ET LEURS MODALITÉS OPERATIONNELLES.

 

Les points de rupture constituent des principaux facteurs de basculement dans le processus de paupérisation peuvent se présenter sous formes de ruptures conjoncturelles ou structurelles comme ils peuvent relever de la responsabilité ou de la non responsabilité de l’homme. En effet, on remarque que beaucoup parmi eux relèvent de situations limites tels que les facteurs naturels, les facteurs institutionnels. Cependant, les facteurs anthropiques ne manquent pas d’avoir, eux aussi, une forte prégnance dans le vécu quotidien.

 

III. 1. LES FACTEURS NATURELS

 

C’est l’ensemble des facteurs qui découlent de rupture dans l’écosystème.

Ø      La sécheresse dés années 1970 et celle des années 1980 ( origine des grandes famines) et occasionnant l’assèchement des vallées,

Ø      La mortalité élevée du troupeau

Ø      L’intrusion marine et son corollaire, la salinisation des terres,

Ø      Les calamités naturelles telles que les incendies, les inondations des champs,

Ø      La destruction des cultures  par les parasites (Bemisia – Striga),

Ø      La destruction incontrôlable des champs par les animaux ravageurs ( singes, phacochères )

D’autres points de rupture relèvent aussi de l’évolution naturelle

-          Le décès du principal pourvoyeur de ressources (mari, enfants, etc).

-          La retraite du principal pourvoyeur de ressources

-          L’incapacité physique découlant de la vieillesse ou d’accident de travail ou à la suite d’une maladie handicapante

-          La perte de l’emploi etc. 

Le témoignage suivant du chef de village de Manthiankany dans l’arrondissement de Dabo constitue un exemple illustrant de facteurs naturels de la pauvreté :

 

Encadré n° 1 :D. B., 60 ans.cultivateur,

«Notre village a perdu la moitié de ses habitants avec la persistance de la crise. Un grand feu s’était déclaré dans le village il y a de cela 5 ans. C’était aux environs de 18 heures, la plupart des hommes étaient partis, les uns chercher du bois, les autres au marché hebdomadaire d’un village voisin. Les flammes très ravageuses étaient venues du nord avec une vitesse que nous n’aurions jamais imaginé. En un temps record, le feu a embrasé presque la moitié du village, emportant tout sur son passage. Face aux flammes, il n’y avait que les femmes et les enfants qui accouraient de partout à la recherche de l’eau. Le village ne comptait que 2 puits ; ce qui était insuffisant pour venir à bout du feu. N’eût été l’aide des villageois voisins, toutes les habitations allaient être anéanties. Le feu n’a pu être maîtrisé qu’après plus de 2 heures d’âpre lutte.

Le bilan fut lourd pour le village : vingt maisons complètement détruites, des greniers réduits en cendre sans oublié le bétail dont les deux tiers ont été décimés par les flammes. Toute la richesse du village s’était envolée avec ce feu.

Cette catastrophe a plongé les populations dans une extrême pauvreté. Ceux qui ont été épargnés par le feu ont été les plus chanceux. Par contre, les sinistrés ayant tout perdu ont préféré plier bagages et migrer vers d’autres cieux. Ils ne pouvaient observer ce spectacle désolant, mais surtout, ils n’arrivaient pas à supporter l’idée de tout reprendre à zéro.

Ceux qui sont restés ont pu tenir grâce à l’aide que leur ont apportée leurs parents et les voisins. La gendarmerie est venue constater les dégâts, mais depuis lors, les autorités n’ont rien fait pour soulager les populations. Les sinistrés n’ont reçu aucune aide de l’Etat. c’est ainsi que, depuis cet incendie, nous avons  décidé de mettre sur pied une caisse de solidarité villageoise pour pallier de pareils sinistres. A la fin de chaque hivernage, tous les chefs de ménage cotisent pour la caisse ».

 

III. 2. LES FACTEURS ANTHROPIQUES :

Ils relèvent le plus souvent de la responsabilité directe ou indirecte de l’homme

Ø      Le divorce

Ø      La destruction des récoltes par le troupeau (divagation)

Ø      La perte de l’emploi (compression à la SODEFITEX, délocalisation de l’usine, décorticage de l’arachide de Kolda à Ziguinchor, fermeture des projets à Sédhiou ou leur  fin de mission)

Ø      Le rapatriement de populations

Ø      Le déplacement de populations  pour fuir des combats (résultats de la crise Casamançaise, de la récente guerre interne Bissau Guinéenne) ou à la recherches des terres cultivables (Médina Bambali)

Ø      La pression démographique

Ø      L’appauvrissement des sols par des systèmes de cultures inadaptées

Ø      Les pratiques usuraires 

L’histoire de S. B. montre avec prégnance que le divorce est un point de rupture non négligeable :

Encadré n°2 : S. B., 41 ans, divorcée

« Je loge chez mon père. Je suis une femme divorcée depuis 6 mois. Je vivais avec mon mari à Dakar, embauché dans une société de gardiennage. Les 5 enfants sont avec moi. Mon père qui nous supporte est un retraité bigamme. Il ne peut en toute logique subvenir à nos besoins. Ma sœur est également dans la maison avec ses 3 enfants. Elle est veuve depuis 2 ans. Nous essayons d’arrondir les angles en vendant de l’encens et de la bouillie de mil. Les recettes nous servent tout juste à acheter du riz (1,5 à 2 kg pour le déjeuner et 1 kg pour la bouillie au dîner) et assurer la dépense quotidienne (500 francs pour un repas qualitativement pauvre). Notre jeune frère est dans la maison mais au chômage. Mon ex mari n’envoie rien à ses enfants et le défunt mari de ma sœur n’était pas salarié. On ne peut prétendre alors à une pension.

 

J’ai adhéré à un groupement sans oser contracter une dette auprès du CRS car je vivais à Dakar et maîtrise à peine les réalités de la ville de Kolda. Les échéances de remboursement sont trop courtes (6 mois) et je ne suis pas sûre dez pouvoir honorer ces engagements.

 

Mes journées noires ont commencé depuis 2 ans, au moment où mon ex mari a versé dans les jeux du hasard et le suul bukki-sulli bukki. Il ne parvenait plus à nous entretenir. Son salaire était retenu à la source. Dans ces conditions, on ne pouvait continuer et il a opté pour la rupture. Je suis alors rentrée à Kolda. […]

 

La pauvreté est synonyme de faiblesse. On ne réussit presque rien. Mes enfants ne sont plus à l’école, faute de moyens. J’ai envoyé ma fille travailler comme domestique pour m’aider tant soit peu. Elle est rétribuée mensuellement 6 500 francs.

 

Je me réjouis cependant car, beaucoup de femmes vivent des conditions similaires ou pires. Je ne suis pas la seule à être dans ce cas de figure ».

 

III.3. LES FACTEURS INSTITUTIONNELS

 

C’est un ensemble de mesures prises par les autorités centrales et dont les conséquences ont constitué le point de départ de la fragilisation de certaines couches. Ce sont :

Ø      La cessation d’activité des projets ( la fin des projets de SEFA – PRS, la fermeture de SOGECA)

Ø      Le désengagement de l’État ( la baisse du niveau d’encadrement )

Ø      La dévaluation du franc CFA avec comme corollaire

Ø      Impossibilité de remplacer le matériel agricole vétuste à cause de la hausse des prix de 40%

Ø      Le renchérissement des facteurs de production

Ø      La crise dans les sociétés de développement ( SODEFITEX, SODAGRI, etc.)

Ø      La crise du coton du milieu des années 1990

Ø      La baisse de la productivité agricole

Ø      Le disfonctionnement dans le système de commercialisation de l’arachide et du coton

Ø      La non prise en charge par l’État des cultures vivrières traditionnelles.

 

Encadré n°3 : M. C., 53 ans, ex agent de la SOMIVAC

« J’ai le niveau du Bac. Mon premier travail fut celui d’enseignant dans une école privée mais cela n’a duré qu’une année. C’est après que j’ai été admis dans un centre de formation agricole à Guirina (à 2 km de Bignona). A ma sortie en 1972, j’ai travaillé à ILACO (une société chargée de la mise en valeur des mangroves) pendant 2 ans en qualité d’encadreur. je suis revenu à l’école pour préparer le BEP option Secrétariat – comptabilité. A ma sortie, j’ai été embauché au PRS en qualité de Secrétaire administratif chargé du personnel jusqu’en septembre 1986.

 

Avec l’avènement de la Nouvelle Politique Agricole, l’Etat a supprimé l’encadrement rural ; de ce fait, le PRS devait disparaître. Ainsi, tout le personnel fut remercié. Mes indemnités de licenciement se chiffraient à 1 602 000 francs. Je les ai utilisé pour la construction de mes 2 maisons et celle de mon père. J’ai occupé l’une avec ma famille et mis l’autre en location. Le restant de l’argent m’a servi à entreprendre un commerce de poisson, de miel et de bois. En hivernage, je cultivais du riz, du fonio et du mil.

 

Après ma déflation, 2 de mes 3 épouses m’ont quitté. L’une dès les deux premiers mois et l’autre, en novembre 1997. Lorsque j’ai décidé de retourner au village, la seule femme qui restait encore n’a pas voulu me suivre et demanda le divorce. De guerre lasse, je ne pouvais que me résigner et je le lui accorda. Pourtant, sous la nécessité de les entretenir, j’étais obligé de vendre une maison. Ma situation s’empirait d’année en année. Je ne parvenais plus à assurer leur besoins primaires : alimentation, habillement, etc. Finalement, elles sont toutes parties, emmenant avec elles tous les enfants. Aujourd’hui, je vis seul, sans travail, sans ressources et sans soutien véritable. Je ne dépends que de l’aide que m’apporte certains amis. Je suis obligé d’encadrer certains élèves à domicile, moyennant de maigres sommes.

 

Depuis l’année dernière, je mange chez un ami qui s’est apitoyé sur mon sort. Je prends de l’âge et je me vois très mal parmi mes amis qui travaillent tous et s’entourent de la chaleur familiale ».

 

Qu’ils soient naturels, anthropiques ou institutionnels, les points de rupture sont à l’origine de la situation critique amenuisant fortement les capacités des ménages s’ils ne les rendent pas infirmes ou invalides.

Le focus groupe avec les femmes veuves de Sinthiang Woulata (Vélingara) ou celle de Saré Moussa (Kolda ) ou les entretiens individuels avec des veuves (Odji Sabaly de Sare Moussa) le récit de vie de B. Diallo (Sare Moussa) témoignent de l’intensité des coupures qui ont été opérées à la suite du décès de leur mari.

 

Le vécu quotidien chez ces familles monoparentales n’est pas moins qu’un calvaire. Le terme qui revient comme un leit motiv pour désigner la charpente de leur vie est « toroyaade » (quémander). Généralement ce sont des ménages qui ont vécu dans la plus grande sécurité avec une prise en charge presque totale de l’économie domestique par le mari. La fracture qui intervient à sa disparition crée un vide. Les réflexes de survie s’agitent mais les mécanismes de captations de ressources destinées au quotidien tardent à se préciser car jamais ou peu mis à l’épreuve. Les femmes tentent de s’en sortir avec le maraîchage en saison sèche (faute d’être en mesure d’exploiter les faro devenus impraticables avec l’assèchement précoce des marigots saisonniers et de travailler avec du matériel rudimentaire sur un sol lourd ) mais les exigences financières que demande cette exploitation au démarrage font défaut aux veuves et aux femmes démunies. Par ailleurs, les femmes des regroupements hérités des GPF sont incapables de construire un modèle reproductible évoluant dans le sens du renforcement des capacités des couches vulnérables.

 

Le paysannat est confronté à un ensemble de facteurs dont chacun pouvait être analysé comme un point de rupture majeure. Les sécheresses qui se sont succédées, la mauvaise répartition spatiale et temporelle des pluies, la salure des rizières, l’échec de l’encadrement rural, le désengagement de l’Etat, la dévaluation du franc CFA ont entraîné le paysannat de la région de Kolda dans une profonde crise. Celle-ci est vécue aussi bien en milieu rural qu’en milieu urbain ( car presque l’ensemble des communes  de la région sont des communes rurales) malgré les énormes potentialités agrosylvopastorales de la région.

 

A Sédhiou toutes les catégories ont regretté le temps où les femmes étaient à la base de l’autosuffisance alimentaire avec une production rizicole qui couvrait les besoins des ménages durant toute l’année. L’intrusion marine et la salinisation des terres ont rompu l’équilibre de l’économie domestique.

 

Un des éléments marquant dans la vie des Sédhiois est la dépendance aux projets pour l’absorption des demandeurs d’emploi : PRS, SEFA, CAPES, SOGECA, SOMIVAC, et plus tard PRIMOCA ont jalonné l’histoire de l’emploi dans le département. Malheureusement ces projets ont des durées de vie limitées. L’arrêt de leurs activités déstructure, la configuration socio économique des ménages, les revenus baissent, le niveau de vie casse, la rupture devient  facile. Cette destruction se lit à travers   la rupture créée dans les conditions de travail. Le départ des projets signifie l’arrêt des expériences car ni les moyens techniques ni les moyens financières ne sont mis à disposition pour pérenniser les acquis. D’une expérimentation à une autre les Sédhiois en perdent leur volonté et leur espoir. Le dernier projet en date c’est à dire le PRIMOCA est mal apprécié par les populations qui voient en lui une société d’Italiens montée pour enrichir certains italiens et leurs complices.

 

            A Kolda et Vélingara la suspension de la mission de l’ONCAD a été vivement ressentie par les populations. Le relais assuré par la SODEFITEX n’a pas su répondre aux attentes. La fourniture de l’équipement était sélective. Elle concernait uniquement les planteurs de coton. Ceux qui en bénéficiaient avaient du mal à renouveler leur matériel agricole. Les conditions de remboursement bien que souples obligeaient le paysan à privilégier le coton, principal pourvoyeur de ressources. C’est en ce sens que «le coton finance son principal concurrent, l’arachide et soutient ses partenaires, les céréales». (GUEYE. O, 1999). Mais la forte tendance à privilégier la principale culture de rente, fournisseur de matériels et d’intrants agricoles, a fini par fragiliser le système. Le « marou » ou champ collectif familial (qui fournit les céréales de l’exploitation) se déprécie au profit des champs individuels de coton (plus dans le département de Vélingara) ou l’arachide (plus dans le département de Kolda). La baisse de la production céréalière conduit à une précocité de la soudure. Deux à trois alternatives sont tentées par les populations paysannes :

 

- L’utilisation d’une partie des intrants destinés au coton dans les céréales, notamment le maïs et le sorgho pour relever le niveau de rendements.

- la vente d’intrants agricoles ( SODEFITEX) en plein hivernage pour acheter des céréales de soudure

- La vente ou l’hypothèque de matériel agricole pour faire face à la soudure.

 

On se rend compte qu’aucune de ces alternatives ne constitue la solution idoine. Pire le paysan se crée des  conditions de vulnérabilité. Avec le temps, beaucoup parmi eux se sont fragilisés. Si le matériel n’a pas été vendu ou hypothéqué il devient vétuste et improductif ; la vente d ‘intrants (engrais, herbicides) baisse le rendement du coton et ne relève pas de manière sensible celui des céréales (sous dosage). L’arachide n’arrive pas elle aussi à équilibrer les comptes. Aujourd’hui, elle est fortement décriée à cause des dysfonctionnements dans la commercialisation qui grèvent l’intérêt des paysans. Ces dysfonctionnements se lisent dans :

 

-          le retard dans la distribution des semences d’arachide ;

-          les critères de distribution des semences ;

-          la non prise en compte de la catégorie femme dans la distribution de semences ;

-          les manquements observés dans la commercialisation ;

-          le retard dans les payements des paysans.

 

Le déficit vivrier du ménage s’accompagne d’une baisse de revenus monétaires. Ainsi, pour faire face à la soudure, le prêt usuraire demeure la seule solution afin de nourrir la famille. «Fatigué», il se laisse ruiné par le commerçant («boukki») ou un autre paysan plus entreprenant que lui à des taux de remboursement variant entre 25, 50 à 100%, que le prêt soit en espèce ou en nature. Il se noie dans un rouleau compresseur. Le paysan moyen semble être asphyxié, envahi, pris au piège. Il devient otage d’un système construit par la convergence de plusieurs éléments de rupture.

 

Encadré n° 4 : M. S., 22 ans, célibataire

« La population de Sédhiou est à majorité composée de jeunes dont la plupart sont au chômage. L’Etat est responsable de cette situation car pour lutter contre la pauvreté il faut développer le secteur primaire, donner les moyens à l’agriculture. Le sel gagne du terrain et les rizières deviennent impraticables. Le pouvoir d’achat des paysans s’effilochent. La soudure s’installe. Les conditions de vie se dégradent de jour en jour. L’Etat ne trouve pas mieux à faire que d’abandonner le paysan à lui-même. Il démissionne. C’est ce qu’on appelle le désengagement de l’Etat. Avant les indépendances, nous dit-on, les récoltes permettaient 12 mois/12. Entre 1960 et 1970 les populations de Sédhiou vivaient encore bien. Malheureusement la rupture est intervenue vers les années 80. Les rizières se sont salinisées, l’Etat s’est désengagé et les Programmes d’Ajustement Structurels ont fini de nous achever.

 

Ces faits constants ont été fortement soulignés dans l’ensemble des villages (9 dans le cadre de l’EPPS) et des 9 quartiers visités. On pourrait être tenté de dire que la crise de la production procède de la rupture d’avec le système traditionnel et la non réussite du système moderne.

 

IV. PERCEPTIONS SUR LA PAUVRETE ET LE BIEN ETRE SELON LES DIFFERENTES CATEGORIES SOCIO-ECONOMIQUES

 

Généralement, la pauvreté est différentiellement perçue par rapport à un ensemble de manques, de déficits (en nourriture, en habillement, en logement, en santé …). Cette perception est inégalement appréciée et  fortement discutée. Certains pensent que les notions de pauvreté et de bien être sont d’abord des représentations mentales qui n’ont de valeur que rapportées au modèle sociétal et la fonctionnalité du vécu quotidien propre. Par exemple les types de nourriture, l’habillement, le logement ou les éléments de conforts internes ne rendent pas compte de l’état de la pauvreté ou du bien être de la société Peulh en général, du Peulh firdu en particulier.

 

Le modèle traditionnel de représentation de richesse ou de pauvreté ne correspond pas au modèle moderniste ou occidentaliste. L’opposition des modèles de vie au contexte socioculturel ou aux modes de représentations sociales et matérielles différentes contribuent, pour certains, à alimenter un discours creux, scientifiquement faible et économiquement biaisé.

 

Plusieurs questions sont posées dans l’analyse des perceptions sur la pauvreté et le bien être. Quel est le modèle de réussite dominant ? Quels sont les facteurs de richesse ? Quels sont les rapports aux matérialités ? Qu’est ce que le confort, le dénuement ? Les critères de caractérisation et de catégorisation ont-ils le même sens dans la représentation des différentes micro sociétés sénégalaises ? Enfin, le modèle de « convergence » correspond il à un produit d’une négociation plurielle ou est-elle la transposition d’un modèle dominant, imposé ou idéalisé ?

 

L’hétérogénéité et la complexité des perceptions sur la pauvreté et le bien être témoignent de l’ambiguïté du fond social qui les sous tend. Ce qui permet de dire avant tout que la pauvreté et le bien être sont d’abord des construits sociaux. C’est ainsi que l’enquête en Haute et Moyenne Casamance révèle plusieurs éléments d’ambivalence. Plusieurs champs d’analyse se construisent à travers :

 

·        les différents groupes sociaux :

 

Ø      hommes

Ø      femmes

Ø      jeunes,

 

·        les différentes catégories socioéconomiques :

 

Ø      agriculteurs

Ø      fonctionnaires

Ø      ouvriers

Ø      retraités

Ø      chômeurs

Ø      élèves/étudiants

Ø      autres

 

·        les différents groupes vulnérables

 

Ø      femmes, chef de ménage

Ø      jeunes filles mères

Ø      veuves

Ø      handicapés

 

·        les différents types d’habitants :

 

Ø      urbains

Ø      ruraux.

 

Cependant l’analyse ne portera principalement que sur les différentes catégories socioéconomiques.

 


Tableau 4 : Perceptions de la pauvreté et du bien être selon les différentes catégories socio-économiques

 

Agriculteurs

Salariés

Chômeurs

Retraités

Elèves/Etudiants

 

Pauvreté est perçue comme absence de services sociaux de base.

 

 

 

 

Pauvreté est liée au chômage des jeunes

Pauvreté est liée au chômage des jeunes

Pauvreté est liée au chômage des jeunes

Pauvreté est liée au chômage des jeunes

Pauvreté est liée à l’absence, la vétusté ou le caractère rudimentaire de l’équipement agricole « ko tampudo okkaa jalo »

 

 

Pauvreté est liée à l’absence ou à la vétusté de l’équipement agricole

 

Pauvreté est liée à l’épuisement du sol

 

 

 

 

Pauvreté est liée au manque ou à l’insuffisance d’encadrement des activités complémentaires

 

 

Pauvreté est liée au manque ou à l’insuffisance d’encadrement des activités complémentaires

 

Pauvreté est liée à la dégradation de l’environnement et des ressources naturelles

 

Pauvreté est liée à la dégradation de l’environnement et des ressources naturelles

 

 

Pauvreté est liée à la crise de l’arachide et du coton

 

Pauvreté est liée à la crise de l’arachide et du coton

 

 

Pauvreté perçue comme absence de ressources pour satisfaire les besoins primaires de sa famille

Pauvreté perçue comme absence de ressources pour satisfaire les besoins primaires de sa famille

Pauvreté perçue comme absence de ressources pour satisfaire les besoins primaires de sa famille

Pauvreté perçue comme absence de ressources pour satisfaire les besoins primaires de sa famille

 

 

Pauvreté perçue comme un environnement malsain (insalubrité, inondations, etc)

Pauvreté perçue comme un environnement malsain (insalubrité, inondations, etc)

Pauvreté perçue comme un environnement malsain (insalubrité, inondations, etc)

Pauvreté perçue comme un environnement malsain (insalubrité, inondations, etc)

Pauvreté perçue comme inaccessibilité au crédit

 

Pauvreté perçue comme inaccessibilité au crédit

Pauvreté perçue comme inaccessibilité au crédit

 

Pauvreté perçue par rapport aux comportements socio-culturels

Pauvreté perçue par rapport aux comportements socio culturels

 

Pauvreté perçue par rapport aux comportements socio culturels

 

 

Pauvreté est liée à l’ignorance

Pauvreté est liée à l’ignorance

 

Pauvreté est liée à l’ignorance

Pauvreté est liée à l’ignorance

Pauvreté est perçue comme déficit de nourriture, un habitat précaire et un  habillement modeste

Pauvreté est perçue comme déficit de nourriture, un habitat précaire et un  habillement modeste

Pauvreté est perçue comme déficit de nourriture, un habitat précaire et un  habillement modeste

Pauvreté est perçue comme déficit de nourriture, un habitat précaire et un  habillement modeste

Pauvreté est perçue comme déficit de nourriture, un habitat précaire et un  habillement modeste

 

La pauvreté est perçue comme une incapacité à assurer les besoins primaires de même que le transport et la scolarité de ses enfants

La pauvreté est perçue comme une incapacité à assurer les besoins primaires de même que le transport et la scolarité de ses enfants

La pauvreté est perçue comme une incapacité à assurer les besoins primaires de même que le transport et la scolarité de ses enfants

La pauvreté est perçue comme une incapacité à assurer les besoins primaires de même que le transport et la scolarité de ses enfants

Pauvreté liée à l’absence d’industries

Pauvreté liée à l’absence d’industries

Pauvreté liée à l’absence d’industries

Pauvreté liée à l’absence d’industries

Pauvreté liée à l’absence d’industries

La pauvreté c’est la perte de capacité « Baasal ko rafi hakile, Mbo heewani feere woni baaso »

La pauvreté c’est la perte de capacité « Baasal ko rafi hakile, Mbo heewani feere woni baaso »

 

La pauvreté c’est la perte de capacité « Baasal ko rafi hakile, Mbo heewani feere woni baaso »

 

La pauvreté est perçue comme absence de bétail « mbo alaa nagge, alaa mbaalu, alaa mbeewa, alaa gertogal »

 

La pauvreté est perçue comme absence de bétail « mbo alaa nagge, alaa mbaalu, alaa mbeewa, alaa gertogal »

 

 

La pauvreté est perçue comme absence de santé « Baasal ko angal cellal »

La pauvreté est perçue comme absence de santé« Baasal ko angal cellal »

La pauvreté est perçue comme absence de santé « Baasal ko angal cellal »

La pauvreté est perçue comme absence de santé « Baasal ko angal cellal »

La pauvreté est perçue comme absence de santé « Baasal ko angal cellal »

La pauvreté est perçue comme absence de ressources « mbo alaa jawdi, mbo alaa hay hunde »

La pauvreté est perçue comme absence de ressources « mbo alaa hay hunde »

La pauvreté est perçue comme absence de ressources « mbo alaa hay hunde »

La pauvreté est perçue comme absence de ressources « mbo alaa hay hunde »

La pauvreté est perçue comme absence de ressources « mbo alaa hay hunde »

La pauvreté est liée à la spiritualité « dow taggande Alla, neddo hebataa ko wanaa tagaande muu dum»

 

 

 

 

La pauvreté est perçue comme absence de soutien « mo jogaani walloowo » 

La pauvreté est perçue comme absence de soutien « mo jogaani walloowo » 

La pauvreté est perçue comme absence de soutien « mo jogaani walloowo » 

La pauvreté est perçue comme absence de soutien « mo jogaani walloowo » 

La pauvreté est perçue comme absence de soutien « mo jogaani  walloowo »

 

La pauvreté est perçue comme manque d’initiative individuelle « Baasal ko angal soobe neddo »

 

 

 

La pauvreté est perçue comme un manque de cohésion sociale« ñak dëkko, deggoo, juboo, andandoo », de destructuration sociale « Baasal ko ñak hawrude »,

 

La pauvreté est perçue comme un manque de cohésion sociale« ñak dëkko, deggoo, juboo, andandoo », de destructuration sociale « Baasal ko ñak hawrude »,

 

 

La pauvreté est liée à la perte du troupeau

 

 

 

 

 

Le pauvre c’est le salarié aux revenus insuffisants

 

Le pauvre c’est le retraité avec une maigre pension

 

Le pauvre c’est le paysan non autosuffisant

 

 

 

 

 

La pauvreté est perçue comme une précarité de l’emploi

 

 

 

La pauvreté est perçue comme incapcité à assuer les 3 repas quotidiens « Miskiin ko mbo humnaani ngure makko »

La pauvreté est perçue comme incapcité à assuer les 3 repas quotidiens « Miskiin ko mbo humnaani ngure makko »

La pauvreté est perçue comme incapcité à assuer les 3 repas quotidiens « Miskiin ko mbo humnaani ngure makko »

La pauvreté est perçue comme incapcité à assuer les 3 repas quotidiens « Miskiin ko mbo humnaani ngure makko »

La pauvreté est perçue comme incapcité à assuer les 3 repas quotidiens « Miskiin ko mbo humnaani ngure makko »

La pauvreté est perçue comme une insuffisance de ressources « ko tampere nde burata kabal ngal »

La pauvreté est perçue comme une insuffisance de ressources « ko tampere nde burata kabal ngal »

La pauvreté est perçue comme une insuffisance de ressources « ko tampere nde burata kabal ngal »

La pauvreté est perçue comme une insuffisance de ressources « ko tampere nde burata kabal ngal »

 

La pauvreté c’est le manque d’alternative « mbo heewani fere woni basdo »

 

La pauvreté c’est le manque d’alternative « mbo heewani fere woni basdo »

La pauvreté c’est le manque d’alternative « mbo heewani fere woni basdo »

 

La pauvreté c’est vivre dans la misère « miijo »

 

La pauvreté c’est vivre dans la misère « miijo »

 

 

La pauvreté est perçue à travers un sentiment d’infériorité, de complexe « wasdo ko neddo hersudo »

 

La pauvreté est perçue à travers un sentiment d’infériorité, de perte de dignité et  de complexe « wasdo ko neddo hersudo »

 

 

 

La pauvreté est perçue comme la pratique d’un métier ou d’activité « dévalorisante » « Jamdi bondi wana sago baylo »

 

 

 

La pauvreté est une absence de tissu relationnel

La pauvreté est une absence de tissu relationnel

La pauvreté est une absence de tissu relationnel

La pauvreté est une absence de tissu relationnel

 

La pauvreté est absence de solidarité

La pauvreté est absence de solidarité

 

 

 

 

La pauvreté est une construction mentale

 

 

 

 

La pauvreté est un concept crée pour « terroriser » les plus faibles

 

 

 

La pauvreté est est perçue comme un déficit d’effort, un déficit d’entreprenariat

La pauvreté est perçue comme un déficit d’effort

 

 

 

 

La pauvreté est perçue comme un déficit d’entreprenariat

 

 

 

Le pauvre c’est celui qui vit le jour au jour, qui négocie quotidiennement la dépense « gurndam gabo, hocca moda »

 

Le pauvre c’est celui qui vit le jour au jour, qui négocie quotidiennement la dépense « gurndam gabo, hocca moda »

Le pauvre c’est celui qui vit le jour au jour, qui négocie quotidiennement la dépense « gurndam gabo, hocca moda »

 

 

La pauvreté est perçue comme une insuffisance de formation, d’éducation et de sensibilisation

 

 

 

 

La pauvreté est une insuffisance de capacités individuelles et collectives (perceptions des élus locaux)

 

 

 

 

 

Le pauvre c’est celui qui vit de « dëbëldëbël, de siiru, de galgal, de teus-teus et de débrouille »

 

 

 

La pauvreté est liée à une déconnection géographique (éloignement et enclavement, insuffisance de voies de communication)

 

 

La pauvreté est liée à une déconnection géographique (éloignement et enclavement, insuffisance de voies de communication)

 

La pauvreté est liée à la déconnection communicationnelle (absence de pistes de production, de téléphone, réseau GSM, de transport ;

 

 

La pauvreté est liée à la déconnection communicationnelle (absence de pistes de production, de téléphone, réseau GSM, de transport ;

La pauvreté est liée à l’incapacité à valoriser le potentiel existant (pourrissement de mangues à Lambattara, Sédhiou, absence de débouchés pour les produits de cueillette)

La pauvreté est liée à l’incapacité à valoriser le potentiel existant (pourrissement de mangues à Lambattara, Sédhiou, absence de débouchés pour les produits de cueillette)

La pauvreté est liée à l’incapacité à valoriser le potentiel existant (pourrissement de mangues à Lambattara, Sédhiou, absence de débouchés pour les produits de cueillette)

 

La pauvreté est liée à l’incapacité à valoriser le potentiel existant (pourrissement de mangues à Lambattara, Sédhiou, absence de débouchés pour les produits de cueillette)

Le pauvre est celui qui vit de mendicité « mu wuurat e toroyaade »

Le pauvre ne compte que sur son réseau relationnel (jogii yaakar e jogiibe)

La pauvreté raccourcit la durée de la vie « Baasal rabitat neddo duubi »

 

 

 

 

Le pauvre vit de travail temporaire « Wuurata sasi »

 

 

 

La pauvreté est perçue comme une mauvaise répartition des ressources « 

 

 

 

 

 

La pauvreté affecte psychologiquement l’homme « Majinat hakkile »

 

 


La pauvreté est inégalement perçue comme un ensemble de manques, d’absences, de déficits, d’insuffisances liés à la nourriture, au logement, à l’habillement, à la santé et aux loisirs. Le leitmotiv qui revient chez les peulh c’est que « baasal ko angal ñaammi », « baasal ko angal cellal » ( la pauvreté est un manque de nourriture, la pauvreté  est liée à la santé ).

 

IV. 1. PERCEPTIONS DES AGRICULTEURS :

 

L’ incapacité des populations paysannes à assurer leur quotidien constitue l’handicap majeur qui sous tend leur précarité. "Baasal ko angal ko naametee" est un signal fort et récurrent. Mais il est couplé à un ensemble de facteurs explicatifs qui, selon eux, constituent des  points de ruptures ou des facteurs de vulnérabilisation ayant conduit cette pauvreté amplement exhibée. Cette conception est le plus souvent couplée à deux autres qui font référence à l équipement agricole et à la santé (Haute Casamance) et ou avec la salinisation des terres (Moyenne Casamance). La relation entre ces trois éléments est très ténue et fonde les perceptions des agriculteurs sur la pauvreté.

 

La dure réalité du vécu quotidien développe des sentiments de frustration, de révolte. Que cela soit à Heremakono, Wakilaré Kahel, Dioulayel, Saré Yoro Banna, Samé Foulayel, Dioulacoulon ou Mandina Findifé les populations lient la pauvreté au manque de matériel agricole, à l insuffisance de la production céréalière, à la fragilité de la santé. Plus de 9/10 de la population agricole sont considérés comme pauvres avec au moins près de la moitie comme très pauvres. Les arguments avancés semblent tenir d’une logique de démonstration. Avec du matériel agricole vétuste, non fonctionnel, le paysan est incapable de produire des céréales suffisantes pour nourrir son ménage sur 12 mois. Ce déficit vivrier cumulé sur quelques années installe inconfortablement le paysan dans une instabilité. Sa santé devient beaucoup plus fragile à cause des surcharges de travail. Il travaille ses parcelles et effectue des prestations de service (travaux temporaires rémunérés) pour gagner des ressources réinvesties dans l’économie domestique. Il est éclaté entre ses parcelles et celles dans lesquelles il est payé journalièrement. Ce qui signifie qu’il sème, sarcle, et récolte le dernier avec un rendement très modeste. Il reste déficitaire pour plus de la moitié de l’année.

 

On rencontre un autre cas de figure au Fouladou. Le paysan fait recours à des prêts en nature ou en espèce remboursables à la récolte pour se nourrir durant la soudure. Mais les taux usuraires de 50 a 100% à défaut de l’enfoncer le maintiennent sous perfusion.

 

 

Dans tous les villages visités seul environ 1/10 de la population parvient a couvrir ses besoins vivriers. Non seulement la couverture céréalière s’amenuit mais l’économie domestique, jadis, fondamentalement soutenue par la volaille, le petit bétail, les cultures jardinatoires arrive mal à prospérer.

 

De manière générale tout le paysannat aussi bien rural qu’urbain se considère comme "baasbe", "foiro" c est à dire très pauvre ou "miskiin" = pauvres. Leur principale source de revenus (l’agriculture) est en "panne" (confère matrice des revenus à Sare Boukka). La succession des soudures a eu le dessus sur la volaille et les petits ruminants des couches vulnérables. Ces ménages n’ont plus de quoi vendre. C’est dans  ce sens qu on entend dire que " Baasdo woni mbo alaa nage, alaa mbaalu, alaa mbeewa, alaa hay gertugal". Pourtant la volaille et le petit ruminant constituent les premières épargnes de soudure et le premier recours en cas de besoin de numéraire. Dans l’incapacité d’en disposer (pour plusieurs raisons) le ménage entre dans une tourmente dont sa complexification est fonction de sa taille et de sa composition, de la durée du déclassement et l’intensité du vécu. En témoignent les multiples boutades qui sont des sortes de lamentations valorisant la stigmatisation dont la région fait objet. "Tampere tan woni doo e saare amen"(Heramakono) " "Baasal ko doo fuddi ko doo haadi" (Dioulayel) "Ko tampere tan min ngandi, alaa ko woni doo so wona bitere" (Wakilaré Kahel). Cette perception peut atteindre son paroxysme quand l’espoir fait place au pessimisme ou au fatalisme et quand certains vont jusqu’à avoir le sentiment d’être condamnés "nous avons hérité de la pauvreté et nous la transmettrons à nos fils"(Sedhiou)" Casamance ko hudda"(Dioulacoulon). Les populations se sentent parfois abandonnés  marginalisés, exclus par l’ Etat qu’ elles tiennent pour responsable de tous leurs maux.

 

Dans cette destructuration du tissu économique, seul le tissu relationnel permet de survivre. Il est fortement active chez les pauvres qui arrivent encore à s’accrocher, "jafandu". Mais sa forme la plus achevée c est le fameux "toroyaade". Et dans ce cas les formes de captation de ressources peuvent être très diversifiées et épouser plusieurs caractères :

                        - le recours aux membres de la famille ou au voisinage

                        - le recours aux connaissances

- le recours a la mendicité

 

Il concerne le plus souvent les plus pauvres, les exclus, les marginaux, les déclassés, ceux qui se considèrent au bas de l’échelle socioéconomique. Il est affecte psychologiquement "ko neddo hersudo" mais n’hésite pas devant le besoin. Leur rayon de captation de ressources ne se limite plus aux habitués. Toute occasion est exploitée pour capter le maximum de ressources. Leur agressivité dérange souvent car ils développent des stratégies de culpabilisation chez ceux qu’ils perçoivent comme mieux lotis . Dans cette catégorie les plus déshérités sont dans l’incapacité d’user de cette alternative. Ils ont perdu toute capacité, toute dignité et vivent de charité uniquement.

 

IV. 2. CHEZ LES SALARIES

 

Généralement on rencontre trois types de pauvres dans cette catégorie :

q                                Les salariés mal payés (en dessous du SMIG),

q                               les salariés qui ont basculé dans la pauvreté suite à la massification du ménage et l’absence de relève

q                               les salariés ayant retrouvé leur emploi après l’avoir perdu quelques années. En plus de ceux là il faut noter les saisonniers qui ne sont employés que quelques mois dans l’année.

 

Le salarié vit une double crise : une crise économique et une crise sociale. On assiste à une baisse de son pouvoir d’achat face à la dévaluation, au renchérissement des produits de première nécessité. Ce chef de ménage est en passe de la dévalorisation de son statut et de sa fierté. La pauvreté apparaît chez lui comme une perte de capacité dans la satisfaction des besoins primaires. Cette baisse de capacité s’accompagne d’une exposition à plusieurs risques (risque de dépréciation ou de diminution du nombre de repas quotidien, risque de perturbation de la scolarité des enfants, exposition à la tentation de l’usure « le système bukki » ; etc.) La généralisation de la crise est vécue par les salariés comme une atteinte à leur dignité, une dévalorisation de leur statut et une fragilisation de leur position sociale. Les perturbations intervenues dans le fonctionnement de leurs économies domestiques ne leur dispensent pas de partager ou de faire face aux nombreuses sollicitations des sans ressources qui les considèrent comme des nanties. Non seulement ils sont incapables de satisfaire les besoins de leurs ménages mais sont obligés de surcroît à assister leur proches.

 

IV. 3. LES RETRAITES

 

Cette catégorie a franchi une rupture profonde qui expose bon nombre d’entre eux dans la précarité. En effet la situation du retraité dépend de plusieurs facteurs :

 

Ø       de sa pension,

Ø      de l’importance de sa charge familiale,

Ø      de la réussite de ses enfants,

Ø      de la densité de son réseau de relation.

 

La perte du pouvoir d’achat s’accompagne ici aussi d’un déclassement. Les retraités se représentent parfois comme des « déchets » de la société. Un sentiment de frustration énorme les habite. Ils estiment ne pas être récompensés après avoir épuisé leurs efforts dans la construction du pays. « nous sommes des loques humaines pense t-on mais nous continuons à assumer les mêmes charges, sinon plus que durant notre période d’activité » lance avec désolation un vieux retraité de Vélingara. L’absence de relève constitue le principal facteur de vulnérabilité et de basculement dans la précarité. Le poids de sa charge familiale est un facteur d’aggravation tandis que la densité du réseau atténue ou permet de résister plus longtemps au dénuement. Les retraités sont confrontés à plusieurs types de problèmes :

 

§                                 Il n’y a pas de structure appropriée pour s’occuper de la santé des personnes du troisième âge. « Les vieilles personnes déplorent « de partager la chambre d’hôpital avec leurs enfants ou leurs beaux- fils ; lii ñaawna = cela est indécent »

§                                Il n’y a pas de structure de crédit spécialisée dans les relations avec le troisième âge. Ils sont exclus du système bancaire. Ils sont considérés comme insolvables et « au pied de la tombe ».

 

Cependant l’enquête a révélé que certains retraités vivent mieux que durant leur plein exercice. Cela résulte des réussites au sein de leur progéniture et aux formes de reconversion dans des activités génératrices de revenus mais surtout de leur capacité à l’innovation.

 

Encadré n° 5 : B. B. C. 60 ans, retraité.

Je suis un retraité qui a travaillé pendant 21 ans dans une grande entreprise privée. Je ne connaissais pas la pauvreté. Je percevais entre 75 000 et 80 000 francs par mois. Actuellement, je perçois une pension trimestrielle de 10 000 francs.

Il y a une distinction entre le pauvre qui n’a rien à manger et celui qui parvient à peine à trouver de quoi manger. J’ai plongé dans la pauvreté dès que j’ai pris ma retraite. Je suis obligé d’aller quémander chez des amis. J’ai honte de demander toujours aux mêmes individus. Mes récoltes d’arachide et ma pension réunies ne me permettent pas d’assurer la nourriture de la famille. Mes enfants sont encore jeunes pour assurer la relève.

 

IV. 3. LES CHOMEURS.

 

Les jeunes en âge de travailler, les adultes qui n’ont jamais travaillé ou qui ont perdu leur emploi, se retrouvent dans cette catégorie. Ils n’ont pas de ressources et vivent de la débrouille, de « teus teus », de « dug genn », de « foraatu » pour exprimer les spécificités qui entourent leurs stratégies de captation de ressources.

 

 

 

 

V. FORMES ET MECANISMES DE VULNERABILITE , D’INSÉCURITÉ, DE RISQUES, D’EXCLUSION ET DE MARGINALISATION.

 

V. 1. LA VULNERABILITE.

 

La vulnérabilité est un état de perméabilité face aux facteurs de risque. Elle traduit chez le pauvre une situation caractérisée par une exposition aux agressions de la précarité. Elle est aussi un processus d’érosion progressive de l’enveloppe de maintien (ou de résistance) des acteurs. Ainsi, en tant que construit social, la vulnérabilité s’est imposée comme une réalité constante dans toute la région.

Les groupes les plus vulnérables sont :

-          les ménages dirigés par des femmes veuves ayant en charge une famille nombreuse, qui sont sans ressource et sans soutien ;

-          les ménages de femmes divorcées et ayant en charge des enfants, qui sont sans ressource et sans soutien ;

-          les ménages vivant essentiellement de l’agriculture sous pluie ;

-          certains ménages de retraités  ;

-          les ménages entretenus par des femmes ;

-          les ménages de paysans sans matériel agricole ;

-          les ménages cultivant des terres louées ou prêtées  ;

-          les ménages débiteurs vis à vis de la CNCAS ou de la SONAGRAINE ;

-          les ménages victimes des retards de payement de la SONAGRAINE  ;

-          les ménages de déflatés ;

-          les ménages de jeunes couples sans ressources  ;

-          les handicapés ;

-          les chômeurs ;

-          les orphelins.

Le trait commun à tous ces groupes réside dans la difficulté à capter des ressources pour assurer la survie. Que l’on soit en campagne ou en ville, les groupes vulnérables se situent dans les deux catégories au bas de l’échelle socioéconomique que sont les très pauvres et les pauvres.

 

La vulnérabilité de ces groupes est un aboutissement d’un long processus de paupérisation qui s’est construit à l’échelle d’une génération dans certains cas, mais aussi elle peut découler d’une brusque rupture survenue dans le vécu des populations. D’une manière générale, la vulnérabilité ne résulte jamais d’une

situation fortuite. Au contraire elle découle d’un ensemble de facteurs handicapants  aussi bien endogènes qu’exogènes plongeant les acteurs dans un processus de dénuement et de privation continus. Les éléments ci-après ont été identifiés comme constituant les principaux facteurs de vulnérabilité des populations locales :

-          la destruction des récoltes par les animaux ravageurs ;

-          la dépendance à l’agriculture sous pluie ;

-          l’exposition aux feux de brousse ;

-          les fréquents vols de bétail  ;

-          l’apparition d’espèces végétales nuisibles aux cultures (striga ou silo) ;

-          la pratique de la caution solidaire par la SODEFITEX ;

-          la vétusté du matériel agricole s’il n’est pas absent ;

-          l’irrégularité de la subvention que l’Etat alloue aux conseil Ruraux ;

-          le faible niveau de formation des populations ;

-          la forte déconnexions sous plusieurs formes : enclavement, absence de la radio ( RTS ) à Sédhiou et du réseau GSM à Sédhiou et Vélingara,…

-          le manque d’institutions ;

-          la baisse des rendements dans les rizières, principales sources alimentaires  ;

-          la fragilisation du système économique ;

-          l’impossibilité d’écoulement des produits maraîchers à cause de l’impraticabilité des routes ;

-          un réseau de transport très faible ;

-          un tissu industriel très dégarni ;

-          un chômage chronique des jeunes ;

-          un rallongement de la période de soudure (6 à 7 mois) ;

-          la non prise en compte des femmes dans la distribution des semences d’arachide ;

-          le retard de payement des paysans ;

-          la dépendance de l’économie domestique aux femmes qui traversent une réelle crise de production rizicole ;

-          la non pérennisation des projets ( Sédhiou) ;

-          la non valorisation des potentialités de la région ;

-          la difficulté à trouver des financements pour les projets individuels et collectifs ;

-          l’inadaptation du système de crédit aux groupes sociaux (taux d’intérêt de 24% par an pour le CAPEC où est logé le FPJ et de 14% pour le crédit PRIMOCA à Sédhiou) ;

-          les conflits de compétence entre structures en place : PRIMOCA/PMIA ;

 

 

-          le complexe de retour à la terre pour les personnes qui ont longtemps été salariées dans les projets ;

-          l’exode massif des jeunes vers Dakar ;

-          la salinisation des terres du fait de l’intrusion marine dans le faro  ;

-          le désengagement de l’Etat entrepris depuis le début des années 80 ;

-          l’assèchement de la vallée qui assurait  la production rizicole ;

-          l’épuisement des terres ;

-          l’incapacité à générer des moyens de défense adéquats face au processus de paupérisation installe les populations dans une situation de risque et d’insécurité.

 

V.2. L’INSÉCURITÉ ET LE RISQUE :

Encadré n°6. C.B. 28 ans chômeur :

Nous avons hérité de la pauvreté. La jeunesse à Sédhiou est paysanne. Beaucoup de jeunes vont à l’école mais se retrouvent quelques années plutard dans la rue par manque de moyens. Un parent qui ne peut même pas payer un stylo à son enfant ne peut pas lui garantir une bonne scolarité. Ici la pauvreté est une évidence. L’agriculture n’est pas rentable. Les soudures sont précoces et très longues. Les gens sont confrontés à des problèmes de nourriture, les ouvriers qualifiés ne bénéficient que de chantiers précaires. En plus les fonctionnaires exploitent les ouvriers locaux qui faute de trouver mieux se laissent « assassinés ». Il n’y a plus de projet qui puisse employer les jeunes et leurs parents. Certains habitants se redéploient dans la pêche mais celle-ci ne rapporte par gros. La zone n’est pas poissonneuse en dehors de la saison des pluies. Le maçon a du mal à trouver un chantier. S’il lui arrive extraordinairement à être recruté dans un chantier, il n’y gagne qu’un salaire de misère. Et il est impossible pour un manœuvre de gagner plus de 700 francs la journée. L’agriculture est essentiellement vivrière. Elle ne permet pas de générer des revenus pouvant constituer une épargne. Les fruits sauvages ne peuvent être vendus dans la ville. Nous ne pouvons pas les transporter au Nord par manque de voies de communication viable. Les rares nordistes qui viennent nous les acheter nous « égorgent ».

 

L’insécurité et le risque peuvent résulter d’une combinaison de facteurs handicapants qui structurent le vécu quotidien des couches vulnérables.

Les facteurs de risque et d’insécurité concourent dans un processus aussi structurel que conjoncturel à plonger les populations dans une situation de dépendance, d’inertie voire de résignation . Les risques et les insécurités les plus notés sont :

-                                l’exposition à l’eau de pluie par défaut de toit décent ( Santassou à Sédhiou, Sare Moussa à Kolda) ;

-                               la consommation de l’eau de pluie faute d’eau courante (Sédhiou et Vélingara) ;

-                               la fragilisation de la santé ;

-                               l’exposition à la foudre (pour toute la région) ;

-                               l’exposition à des maladies telles que le goitre, le ver de Guinée, la bilharziose, la maladie du sommeil, les IST (sexualité précoce chez les filles) ;

-                               la consommation de médicaments non homologués appelés « jooni jooni » ;

-                               l’exposition des filles de 13 à 14 ans à des grossesses précoces (Kolda Sédhiou) ;

-                               le vol de bétail,

-                               la détérioration et l’usure du matériel agricole ;

-                               la dépendance à la culture sous pluie ;

-                               l’incertitude du repas quotidien (Saré Kémo…) ;

-                               l’insécurité liée aux incendies imputables à l’utilisation du charbon durant la saison des pluies dans les cases au toit de paille arrondi ;

-                               la protection par le préservatif est banalisée ;

-                               un fort taux de déperdition scolaire chez les filles du fait des mariages et des grossesses précoces, mais aussi de la mauvaise représentation que se font les parents de l’école ;

-                               l’effritement progressif des tissus sociaux qui favorisaient l’intérêt collectif et l’installation d’une situation d’anomie ;

-                               l’aggravation des vols dont sont victimes les riches qui s’interprète comme une forme de justice des pauvres. Ainsi, face à l’inégale répartition des richesses, les pauvres tentent d’user de la violence (physique ou morale) ou des subterfuges pour réclamer leur « part » ;

-                               l’insécurité liée à l’insalubrité du fait des dépôts d’immondices à la proximité des habitations (Saré Kémo à Kolda et Vélingara Foulbé à Vélingara) ;

-                               les inondations dont sont victimes certains quartiers (Saré Moussa, Gadapara et marché de Vélingara). Généralement elles concernent les zones marécageuses transformées actuellement en lieux d’habitation.

 

L’ensemble de ces facteurs crée une instabilité psychologique chez les couches vulnérables. En effet, au regard de ces différents éléments, les populations nourrissent des sentiments d’exclusion et de marginalisation dont elles se disent victimes de la part des autorités publiques. D’aucuns n’hésitent pas à se qualifier d’abandonnés, de laissés pour compte et d’oubliés de l’Etat.

 

V. 3. L’EXCLUSION ET LA MARGINALISATION : µ

 

L’exclusion et la marginalisation ont été des sentiments nourris par les populations pauvres du fait de l’inertie de l’Etat face aux problèmes qui gangrènent leur vécu quotidien. L’exclusion et la marginalisation se matérialisent selon elles par :

 

-          l’enclavement de la région qui rend certaines zones inaccessibles. Cette situation engendre le pourrissement des fruits du fait des difficultés à les commercialiser ;

-          la faible présence voire l’absence d’unités industrielles viables dans la région ;

-          la fermeture des grands projets qui étaient leurs principales sources d’emploi ;

-          la non assistance de l’Etat en cas de sinistre (exemple de Manthiancany ravagé par le feu en 1995)

-          le payement tardif par la SONAGRAINE ;

-          l’absence d’infrastructures de loisir pour les jeunes (Sédhiou) ;

-          la faible présence des ONG ;

-          les différentes formes de déconnexion (géographique, communicationnelle,…)

-          l’accès difficile aux services sociaux de base (faible nombre des structures de santé, d’écoles,…)

 

Ces situations d’exclusion et de marginalisation créent des sentiments de repli identitaire chez ces populations.

Le focus group avec les jeunes de Santassou (commune de Sédhiou) a été l’occasion pour ces derniers de charger les autorités de tout bord. En effet, ces jeunes se disent abandonnés, oubliés et défavorisés par rapport à ceux des autres régions. Certains n’ont pas hésité à cautionner positivement certaines pratiques déviantes (vagabondage sexuel, insécurité, etc.) arguant qu’elles ont été favorisées par la négligence que les autorités nourrissent à leur égard.

Encadré n°7 : T.T 26 ans menusier

En Casamance, les aires de jeux et les infrastructures sportives sont quasi inexistantes. Il faut éviter de cultiver cette discrimination entre le Nord et le Sud. On est des oubliés des politiques publiques.

Comment peut-on demander à quelqu’un de travailler en lui privant des moyens ? C’est vraiment révoltant. Pour avoir un CM les populations doivent débourser de leurs poches. L’Etat n’assure que le personnel médical.

Il n’y a même pas de routes praticables pour propulser le développement. Même les primitifs se frayaient des chemins. Le réseau GSM n’est même pas installé à Sédhiou. Pourtant nous sommes des Sénégalais. Le dévceloppement doit être harmonisé, sans discrimination. L’Etat est responsable de tous les dégâts. Il sait bien ce qui se passe dans la brousse. Cezla ne peut pas marcher dans ces conditions. Les jeunes des autres régions ne sont pas plus intelligents que nous. Il faut que l’etat fasse tomber les barrières.

 

Les populations se sentent délaissées par l’Etat du fait de sa non assistance. Elles déplorent leur sevrage brutal survenu avec la Régionalisation alors qu’elles n’ont pas les moyens de s’autogérer. Du fait des nouvelles politiques agricoles qui ont accéléré leur paupérisation, les populations entretiennent un fort sentiment de nostalgie des années passées sous la présidence de SENGHOR.

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