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Préambule
LISTES DES SIGLES
CDEPS : Centre départemental d’éducation physique et sportive
CERP : Centre d’expansion rurale et polyvalente
CEM : Collège d’enseignement moyen
CNCAS : Caisse nationale de crédit agricole du Sénégal
CMS : Crédit mutuel du Sénégal
CRZ : Centre de recherche zootechnique
DSRP : Document de Stratégie de Réduction de la Pauvreté
ESAM : Enquête Sénégalaise auprès des ménages
FNR : Fonds national de retraite
GIE : Groupement d’intérêt économique
IPRES : Institut de prévoyance retraite du Sénégal
ISRA : Institut sénégalais de recherche agricole
ONCAD : Office National pour le commerce et le développement
ONG : Organisation non gouvernementale
PAM : Programme alimentaire mondial
PMIA : Programme de modernisation et d’intensification de
l’agriculture
PROMER : Projet pour la micro entreprise rurale
PROGEDE : Projet de gestion durale des énergies renouvelables
PRS : Projet rural de Sédhiou
SGBS : Société générale de banques au Sénégal
SODEFITEX : Société de développement des fibres textiles
SODAGRI : Société de développement agricole et industriel
SOMIVAC : Société de mise en valeur de la Casamance
SONACOS : Société nationale de commercialisation des oléagineux du
Sénégal
SONAGRAINE : Société nationale des graines
Résumé introductif :
Cette
présente étude s’inscrit dans le cadre de l’élaboration du Document de
Stratégie de Réduction de la Pauvreté. Elle a pour objet de déterminer les
couches les plus pauvres, les types de pauvreté, les formes, les mécanismes et
les manifestations de la pauvreté au Sénégal.
Pour sa
réalisation, l’enquête qualitative portant sur les perceptions sur le phénomène
de la pauvreté a été menée au niveau de la région de Kolda. Aussi bien le
milieu urbain (quartiers dits pauvres et quartiers dits intermédiaires) que le
milieu rural (villages dits pauvres et villages dits intermédiaires) ont attiré
notre attention.
L’enquête
a mis l’accent principalement sur le vécu des acteurs, les formes de représentations
que les populations se font. Comment les pauvres se perçoivent-ils, quelle
image collent-elles aux riches et comment ces derniers les perçoivent ?
On
observe que les stéréotypes qui se dégagent renvoient le plus souvent à des
construits sociaux qui se sont développés en fonction du milieu, des conditions
de vie socio-économiques, des représentations mentales, sociales, culturelles
et traduites dans les pensées et la sémiologie populaires.
L’interprétation
qui a porté sur l’analyse de contenu et des noyaux de sens dégage plusieurs
aspects.
Sur le
plan conceptuel la pauvreté s’assimile à une rupture, une perte de capacité en
terme d’insatisfaction des besoins existentiels (nourriture, santé), des
services sociaux et des réseaux structurants.
Le leit
motiv qui revient aussi bien en milieu rural qu’en milieu urbain est « baasal ko angal ngure, baasal ko angal
cellal, baasal ko angal materiel ». Les populations vivent mal. Elles
ne mangent plus à leur faim (les rendements des cultures céréalières baissent,
la soudure intervient plus tôt et se prolonge), elles n’ont pas les moyens de
se soigner (les cultures de rente principales pourvoyeuses de ressources
traversent une crise qui a duré), pire, elles ne détiennent plus l’équipement
agricole nécessaire pour cultiver le minimum vital. Le matériel est devenu
obsolète, hypothéqué (pour ce qui en reste) ou vendu pour faire face à la
soudure. Par ailleurs les rizières qui produisaient l’essentiel du riz consommé
dans le département de Sédhiou deviennent inexploitables du fait de l’intrusion
marine. Le système est en panne. Le foyer de pauvreté s’étend quasiment dans
toute la région.
Indifféremment
de la distinction urbain-rural (Sédhiou, Kolda et Vélingara sont toutes des
communes rurales) plus 9/10ème de la population dépendent
essentiellement de l’agriculture sous pluie. Les ruptures intervenues
(suppression du Programme agricole, le désengagement de l’Etat, la dévaluation
du franc Cfa et le renchérissement des produits de premières nécessités et des
facteurs de production) ont fragilisé les masses et provoqué des
bouleversements énormes chez les couches sensibles. Les différentes catégories
sociales (hommes femmes jeunes), les différentes catégories socio-économiques
(agropasteurs, salariés, veuves, divorcées, chômeurs, etc) sont touchées par la
paupérisation, la précarité. Leur basculement a crée des conditions de
vulnérabilité inversement proportionnelles à leur capacité à se défendre, à
réagir.
Les
effets de l’absence ou de l’insuffisance des ressources dans le ménage sont
plus visibles dans le fonctionnement de l’économie domestique. Les trois repas
quotidiens deviennent l’exception. Le petit déjeuner a été premier à être
supprimé, le dîner est devenu hypothétique dans plusieurs familles. Les difficultés
de trouver le seul repas du jour amènent certaines familles à différer l’heure
du repas vers 15 – 16 heures et de bénéficier dans le même temps à alléger les
besoins alimentaires le soir.
Chez
les veuves, les divorcées, les retraités sans soutien ou les grabataires le
vécu au quotidien prend le tour d’un drame collectif. Les familles peuvent
rester plus de deux jours sans bouillir la marmite. Dans ce cas les mangues
bouillies servent de principal repas. Ceux qui résistent le plus à la crise
instaurent le « kira bota »
(une partie du repas du midi est conservé pour le soir).
Sur le
plan sanitaire les pauvres ne fréquentent les structures sanitaires qu’en cas
d’extrême nécessité, quand la situation devient critique ; ce qui explique en partie le taux de
mortalité élevé du paludisme dans cette partie du pays où le taux de prévalence
est très élevé -. Ceux qui sont mieux lotis et qui y vont régulièrement
n’achètent qu’une partie des ordonnances. En général c’est le médicament le
moins cher qui est payé, les autres abandonnés ; ce qui du reste, est très
dangereux pour le malade si l’on sait qu’une ordonnance est un ensemble de
principes actifs complémentaires. A défaut de pouvoir fréquenter les structures
modernes, les populations font recours à la médecine traditionnelle et la
consultation de « marabouts » ou à l’automédication avec surtout des
médicaments vendus dans les rues ou en provenance de la Gambie voisine « Joni joni ».
Dans
les villages peulh (contrairement aux soninké et aux mandingue) l’habitat ne
permet pas de distinguer le « jom
jawdi » du « miskiin »
car l’habitat peulh est marqué du sceau traditionnel du « Palaxu »
qui renvoi contextuellement au nivellement par le bas. Ici le riche ne se
reconnaît pas souvent par l’habitat mais le
« jom jawdi » est synonyme de grand propriétaire de troupeau. Ce
qui fonde l’expression « baasdo woni
mbo alaa nagge, alaa mbaalu, alaa bey, alaa hay gertugal » le pauvre
est celui qui n’a ni vaches, ni mouton, ni chèvre et même pas de volaille. Le « kebdo » dans les villages
est celui qui non seulement a de quoi se nourrir mais aide les autres.
Ce
modèle tend cependant à trouver une concurrence. Les familles où il y a un
émigré qui investi dans l'immobilier locatif en ville ou dans le troupeau et
même dans l’architecture qui rompt d’avec les constructions traditionnelles,
les familles disposant de salariés qui investissent dans l’agriculture,
l’agroforesterie ou l’exploitation de vergers sont de nouveaux types de riches.
Dans
les communes l’écrasante majorité de la population vit de « dêbël dëbël » et
du « toroyaade ». La précarité de l’emploi (emploi saisonnier),
les déflations, la cessation d’activités des projets, la cherté des coûts de la
vie - « l’impôt supplémentaire ou la taxe de l’éloignement et de l’enclavement »
- la modicité des retraites, le chômage des jeunes, la crise des systèmes de
productions sont autant de facteurs qui ont contribué au déclassement des
salariés, des retraités, des agropasteurs et de la marginalisation des
chômeurs.
La
ville fonctionne au ralenti. L’électrification non achevée plonge de nombreux
quartiers dans le pénombre. L’eau courante est encore un luxe pour les
quartiers périphériques. Le réseau d’assainissement, s’il existe, ne l’est que
de nom. Vélingara, Kolda et Sédhiou sont inondés tous les ans. Des marres
temporaires jonchent les communes, dégradent d’avantage les pistes déjà en
mauvais état et favorisent le paludisme endémique dans la zone.
Dans le
schéma de l’inscription spatiale, périphérie rime presque avec pauvreté.
Vélingara Foulbé, Sinthiang Woulata (à Vélingara), Saré Moussa, Saré Kémo,
Gadapara (à Kolda), Mansacounda, Morycounda (à Sédhiou). Le caractère commun à
ces quartiers est l’architecture rurale. Bien que rattachés à la commune,
beaucoup parmi eux gardent encore leur physionomie et ne se sont pas encore
détachés de leur désignation de village. C’est le cas de Saré Moussa, Saré Kémo
(commune de Kolda), Mansacounda, Morycounda (commune de Sédhiou). Au Fouladou
ce sont d’ailleurs des quartiers construits avec un matériau traditionnel, des
cases essentiellement constitués d’un mur rond ou carré fait de briques de
banco et coiffées de toits de chaume tels que cela se fait dans tous les
villages de la zone. On y rencontre de rares constructions en dur. Au cas
échéant elles sont le fait de commerçants et d’émigrés ou d’anciens salariés du
public ou du privé.
Face à
la crise les acteurs réagissent. Ils innovent.. Le nombre de repas quotidien
est réduit. Certains enfants sont confiés à des parents plus nantis dans les
grandes villes. L’activation des réseaux développe des formes de solidarité
aussi bien horizontales que verticales. Une nouvelle forme de mendicité« le toroyaade » se
familiarise avec les pratiques courantes. Les « jom jawdi » et les fonctionnaires font l’objet de
sollicitations quotidiennes. Obligés de partager ce qui ne leur suffisent même
pas ils tendent à se barricader et à user de subterfuges pour échapper à ce
« supplice ».
Dans la
cogestion de l’économie domestique le rôle de la femme tend à devenir plus
prépondérant. Les femmes font du maraîchage, du petit commerce de mangues, de
cacahuètes, de piment, de gombo, de feuilles d’oseille (follere). Elles vendent aussi des légumes, prélèvent des fruits
sauvages (madd, nété, kappe ladde, etc) et domestiques (pomme de cajou,
manques, citron, pamplemousse, etc.) pour les revendre. Malheureusement les
débouchés sont rares. La région est enclavée et souffre de manque de pistes de
production.
Elles
sont très entreprenantes dans le petit commerce diurne et nocturne. Le jour les
étales se multiplient aux marchés et devant les maisons tandis que la nuit
c’est un commerce de produits alimentaires le long des grandes artères :
couscous, mooni, (vendu en fractions les plus petites), sandwish (ndambe, œufs,
thon, etc). En milieu mandingue, le maraîchage se substitue à la riziculture.
Les
femmes sont aussi dans les marchés hebdomadaires (Saré Yoba, Diaobé, Médina
Yoro Foulah, Diaroumé, etc). Elles s’organisent autour des groupements pour
trouver des crédits mais les plus pauvres n’y ont pas accès et les pauvres n’y
reçoivent que des sommes dérisoires (2.500 à 20.000 f) avec des taux d’intérêt
variant entre 8 à 24%. Il n’y pas encore de structure de crédit adaptée pour
pauvres.
Chez
les jeunes chômeurs la solidarité horizontale et la coveillance permettent de
prendre du thé (cotisation en espèces ou en nature) de fumer (pour l’achat
d’une mèche qu’on se passe à tour de rôle) ou de s’habiller (l’échange et
l’emprunt d’habits). Les jeunes sont aussi contreplaces, sourga, vendent du
bois mort, sont manœuvres dans les chantiers (700 à 1.000 F la journée). Leur
forme de résistance se conceptualise sous des expressions nées de la crise. « Dëbël dëbël, pling plang, tic tac,
dug genn » « haba »
« lijënti » « deemerde »
sont autant de formes de lutte théorisées contre la crise. Ce sont des
« hommes 12 métiers » prêts à tout faire pour gagner leur pain
quotidien.
Les
jeunes filles, filles mères ou jeunes femmes s’investissent aussi dans le petit
commerce d’eau fraîche, de sandwich et même dans des activités
traditionnellement masculines (photographie, mécanique, etc.) ou dans les
téléservices. Malheureusement ce sont les couches les plus exposées et ne
manquent pas de subir l’exploitation des plus aisés qu’elles. Certaines
n’hésitent pas à se faire entretenir par un commerçant, un salarié ou un paysan
plus ou moins fortuné. Les attitudes des uns et des autres semblent tolérer des
pratiques déviantes jadis condamnées par la société « voler pour se
nourrir, se prostituer pour survivre, mentir pour capter des ressources ».
Les valeurs s’inversent et on traite de chanceuses les femmes qui sont
entretenues par leurs amants.
Les
institutions publiques (collectivités locales) n’ont pas les moyens d’inverser
la tendance. Les résultats de cette étude montrent une incapacité notoire des
communes et des communautés rurales de la Région à assurer le développement
endogène.
Les
ONGs trouvent un vaste chantier et réalisent quelques résultats encourageants
mais leur manque de concertation et de suivi ne favorisent pas la pérennisation
et le cumul des acquis. Par ailleurs elles ne développent pas d’activités dans
leurs communes d’accueil en mauvaise posture et sont en déconnexion avec les
institutions publiques tels que les CER qui devraient être le pôle de leur
cadre de concertation.
Le vécu
au quotidien de la Région rompt avec le potentiel dont elle dispose. La région
de Kolda n’est pas pauvre mais sa population est une des plus pauvres du
Sénégal. En analysant ce contraste certains pensent « ko tampudo okka jalo »
(seuls les pauvres travaillent la terre) que celui « mbo humnaani ngure makko » (celui qui n’arrive pas à couvrir ses besoins alimentaires) ne
fait que s’accrocher à la vie. Il négocie sa dépense tous les jours « ngurdam gabo, hoca moda ».
Par conséquent sa fragilité l’expose dans le dénuement, la marginalisation « ku amul bokko » (qui n’a pas
de soutien) et le recours au « toroyaade » finit par créer
un complexe « ko neddo
hersudo ». (qui nourrit un complexe vis à vis des autres). Il tend à
perdre facilement sa dignité à cause du « miijo »
(angoisse) qui hante ses jours et ses nuits. Par contre d’autres relativisent
cette perception, rejettent cette stigmatisation.
Pour
ces derniers la pauvreté est du dû au comportement des individus. Elle est liée
à un déficit d’effort, à un manque d’esprit entrepreunarial, « baasal ko rafi hakile» à une incapacité à innover « mbo alla feere » mais aussi
à un manque de cohésion sociale « nakk
hawrude » ou tout simple l’incapacité à s’insérer dans un tissu
relationnel, « le sentiment d’appartenir à une entité sociale
commune » où il y a une forte « reconnaissance des liens » « baasdo woni mo jogaaki
walloowa » (le pauvre est celui qui n’a pas de soutien).
PROBLEMATIQUE:
Conformément
aux engagements de Copenhague (1995) et de Libreville (2000) le Sénégal s’est
engagé aux côtés des organismes internationaux à promouvoir une croissance
forte, soutenue, durable et ressentie par toutes les couches de la population.
De même, il s’est fixé comme objectif de réduire de moitié la pauvreté à
l’horizon 2015.
Ce défi
du Sénégal part d’une initiative de consolider, puis d’accroître les acquis de
croissance tout en réussissant sa meilleure redistribution. Pour ce faire il
est nécessaire de procéder à des ruptures profondes dans l’analyse du phénomène
de pauvreté. Ce qui justifie l’introduction de l’analyse des perceptions dans
la compréhension des mécanismes et des manifestations de vulnérabilité et de
précarité.
Ainsi,
l’enquête sur les perceptions de la pauvreté - données qualitatives- et celle
au près des ménages (ESAM 2 ) - données quantitatives- permettent d’avoir une
meilleure lisibilité des formes, des zones les plus touchées, des groupes
sociaux les plus vulnérables, des déterminants et des manifestations de la
pauvreté au Sénégal.
Objectifs du DSRP
Le but
visé est d’appréhender les réalités de la pauvreté sous toutes ses formes et de
cerner ses différents contours afin de guider les actions et les interventions
des autorités publiques dans leur recherche d’une croissance de qualité
partagée par tous les Sénégalais.
Finalité du DSRP
"La
finalité de l’étude est de proposer un cadre stratégique global qui assure la
cohérence entre les objectifs macro-économiques et ceux de lutte contre la
pauvreté et de définir un dispositif permanent pour l’évaluation et le suivi
des incidences économiques et sociales des politiques de lutte contre la
pauvreté."
Contexte de la zone d’étude
Issue
de la réforme administrative et territoriale de 1984 Kolda est une jeune région
aux potentialités agrosylvopastorales énormes :
Ø 1 100
000 ha de terres cultivables (dont moins de 23% exploitées),
Ø une
pluviométrie relativement généreuse de 800 à 1200 mm de pluies,
Ø un
réseau hydrographique assez dense,
Ø des
sols riches,
Ø des
ressources forestières abondantes : on y compte 26 forêts classées
couvrant une superficie de 364.783 ha avec un énorme potentiel de produits de
prélèvement,
Ø un
important réservoir de ressources fauniques témoigné par la présence de 9 zones
amodiées de chasse couvrant une superficie de 455.000 ha et une zone d’intérêt
cynégétique de 50.000 ha,
Ø un
développement de pêche continentale appréciable.
Ø L’élevage
présente encore un visage beaucoup plus reluisant : 420 000 têtes de
bovins, 371.000 têtes d’ovins, 418.000 têtes de caprins etc. ; la volaille
est estimée à 2.065.000 unités.[1]
La
région de Kolda est la deuxième région agricole du Sénégal, la deuxième région
pastorale, la première région céréalière, la troisième région dans la génération
de revenus arachidiers, la première région cotonnière, la deuxième région dans
la production de mangue derrière Thiès, la première région dans la production
de bananes. Malgré cette carte d’identité économique reluisante, Kolda est
considérée comme la région la plus pauvre du Sénégal. Ce paradoxe inquiète plus
d’un.
Kolda
occupe les 2/3 de l’ancienne Casamance. Elle recoupe aujourd’hui la Haute
Casamance (départements de Vélingara et de Kolda) et la Moyenne Casamance
(département de Sédhiou). Elle s’étend sur 21 011 km2 soit 10,68% du territoire national.
Elle compte 43 communautés rurales réparties sur 11 arrondissements. Sa
population (près de 800 000 âmes) est en majorité composée de jeunes (60%).
C’est un creuset ethnique où les peulh constituent l’ethnie la plus
représentée, suivie du groupe mandingue (Malinké, Socé, Soninké) et des Diola,
Wolof, Manjack, Baïnouck, et Balante.
Structure
sociodémographique:
C’ est
une région d’échanges culturelles et économiques du fait de sa position
géographique qui la met aux confins de trois pays : la République de Gambie au
Nord, les Républiques de Guinée Bissau et de Guinée Conakry au Sud. Les régions
de Ziguinchor et de Tambacounda constituent respectivement ses limites Ouest et
Est.
La
région est particulièrement marquée par sa ruralité. Plus de 9/10 de la
population vit essentiellement d’activités agricoles (cf. tableau suivant )
|
Département |
Ménages
ruraux agricoles |
Pourcentage |
Proportion
des ménages ruraux agricoles |
|
Kolda |
18 568 |
34,27 |
99,25 |
|
Sédhiou |
21 330 |
39,36 |
97,41 |
|
Vélingara |
14 291 |
26,37 |
94,30 |
|
Ensemble |
54 189 |
100 |
97,18 |
A
quelques exceptions près, tous les ménages ruraux sont agricoles et plus de 99%
de ces ménages pratiquent l’agriculture pluviale[2].
Les principales spéculations sont le sorgho, le sanio, le souna le maïs, le
riz, le fonio, le manioc, la patate douce, le niébé (pour les cultures
vivrières), l’arachide, le coton, le sésame (pour les cultures de rente).
Kolda
est une des premières régions à s’ouvrir à l’école française. Actuellement elle
compte :
-
6 lycées, dont 3 privés,
-
23 collèges dont 9 privés,
-
592 écoles élémentaires dont 5 privés,
-
10 écoles maternelles dont 4 privés
-
3 centres d’enseignement technique féminin
-
un Centre de Formation et de Qualification
Professionnelle
-
Une Ecole de Formation des Instituteurs, (EFI),[3]
-
Etc.
En
dehors de la SODEFITEX, l’alphabétisation fonctionnelle est assurée, pour la
plupart, par des ONG telles que Aide et action, OFAD/Nafooré, 7 A, SYSED, etc.
Sur le
plan sanitaire la région dispose de :
-
3 centres de santé,
-
62 postes de santé,
-
84 cases de santé[4]
-
Un hôpital régional encore en chantier.
La
région est caractérisée par un chômage chronique des jeunes et une forte
précarité de l’emploi. Les activités des populations sont essentiellement
rurales. Ce qui les expose aux variations climatiques. Kolda est par ailleurs
une région déshéritée du point de vue des voies de communications. En dehors de
la nationale n°6 et des pistes de productions aménagées par la SODEFITEX la
région souffre d’un enclavement quasi permanent. La téléphonie rurale est à ses
débuts dans les chefs lieu de Communauté Rurale tandis que le téléphone mobile
est encore un luxe inaccessible aux départements de Vélingara et de Sédhiou qui
se considèrent marginalisés. Aussi bien dans les communes que dans les
villages, le taux de couverture de l’électrification reste très faible.
METHODOLOGIE
Le protocole
d'accord stipulait une enquête régionale fondée sur un choix raisonné des sites
aussi bien dans les communes que dans les villages. Notre méthodologie de
collecte s'est accommodée à cette démarche proposée par le commanditaire de
l'étude.
Au total,
nous avons visité 9 quartiers en raison de 3 par commune urbaine et 9 villages
dans les 3 départements. Le choix a cependant respecté une triangulation à
partir des perceptions que nous avons recueillies auprès de personnes
ressources, des autorités locales et de techniciens en service dans les
départements. L'accessibilité a été un autre critère de choix des villages
visités.
Ainsi
l'enquête a été menée dans deux des quartiers les plus pauvres en plus d'un
quartier intermédiaire de chaque commune. De même les trois villages choisis
sont ceux des plus vulnérables des communautés rurales les plus pauvres du
département.
L'enquête
sur les perceptions de la pauvreté dans la région de Kolda s'est déroulée
durant la période allant du 02 juin au 22 juin 2001, soit sur trois semaines.
¨ Du 02
au 08 Juin département de Kolda ;
¨ Du 09
au 15 juin département de Sédhiou ;
¨ Du 16
au 22 juin département de Vélingara.
L'équipe
était composée de trois consultants : l'expert consultant régional, chef de
mission et deux consultants assistants.
Méthodologie de collecte :
Plusieurs
techniques d'enquêtes ont été combinées pour la collecte des données. Des
entretiens de groupes et des focus group ont permis de confronter plusieurs
expériences à l'intérieur de groupes homogènes. Ces rencontres ont été des
occasions rêvées pour discuter à bâton rompu sur les perceptions de la pauvreté
et du bien être. Les entretiens individuels, les récits de vie, les biographies ont permis de mettre en
valeur des expériences individuelles ; sorte de prolongement et
d'approfondissement en plus des discussions de groupe.
Les
thèmes ont été discutés avec différentes catégories socioéconomiques et avec
tous les types de pauvres en donnant un caractère spécifique à la notion de
genre, compte tenu de la spécificité de la région et du rôle que les femmes y
occupent.
La
diversification des outils a été un élément déterminant dans les procédés de
collecte mais aussi dans la validation de certaines données. La matrice des
revenus, la matrice des dépenses, l'arbre à problèmes, la pyramide des besoins,
la carte sociale, le calendrier des activités ont été autant de supports qui
ont facilité la production de données. Toutes les enquêtes ont fait l'objet
d'une prise de notes systématique qui a abouti à la production d'un corpus de
données. (cf. annexes).
-
Méthodologie
de traitement :
Elle
s'est faite en deux étapes :
- une
restitution quotidienne à la fin de chaque journée de travail;
- une
restitution générale à la fin des enquêtes dans chaque département. C'est une
sorte de synthèse des résultats des enquêtes en spécifiant le rural et
l'urbain.
La
rédaction du rapport s'est faite à Dakar en tenant compte de l'ensemble des
informations consignées dans le corpus.
Contraintes et difficultés :
Elles
sont d'abord principalement liées aux formes de déconnexions dont sont victimes
la Région et les populations (enclavement, défectuosité des routes, etc.).
L'insécurité à laquelle la région a été collée n'a pas facilité non plus nos
déplacements. La période (hivernage) à la quelle les enquêtes ont été menées
n'est pas propice aux déplacements dans les profondeurs de la région à cause de
l'impraticabilité des routes et de l'inadéquation du système de transport.
L'équipe
s'est heurtée plusieurs fois à des formes de boutades adressées aux autorités
centrales et aux nombreuses enquêtes auxquelles les populations ont fait
l'objet et qui sont restées sans suite. Les populations disent :
"nous avons été sur enquêtées et les enquêtes continuent Notre situation a
été longtemps connue par les autorités
mais nous attendons toujours de les voir à l'œuvre".
Limites des données recueillies:
Malgré
la pertinence de la méthodologie de recherche et l’approche dynamique de
l’équipe nous avons souvent été considérés comme des bailleurs de fonds, des
représentants de l’Etat ou des coordonnateurs de projets ou des ONGs. Les
innombrables lamentations et les dramatisations ou mises en scènes pouvaient
parfois influencer le déroulement des discussions de groupe. Par ailleurs on a
parfois eu l’impression que les populations avaient besoin de se défouler pour
crier haut et fort toutes leurs misères et exposer leurs frustrations à
l’endroit de l’Etat, de ses services ou à l’endroit des autorités elles mêmes.
Enseignements majeurs d'étude qualitative sur les
perceptions de la pauvreté dans la région.
A
l'issu de cette étude les consultants associés à la production et à
l'exploitation des données se sont fait énormément le plaisir de présenter des
résultats qui, presque tous ont été validés sur le terrain. L'expérience a
montré que la généralisation de la crise dans l'ensemble de la région provoque
des récurrences dans l'expression des conditions de vie des populations par
elles-mêmes. Les mêmes réponses à différents endroits ou chez différentes
catégories socioéconomique révèlent un degré de saturation attestant de la
prégnance des réalités exposées.
|
Département |
Vélingara |
Kolda |
Sédhiou |
||||||
|
Zone urbaine |
Sinthiang Woulata |
Saré Kémo |
Doumassou |
||||||
|
Vélingara Foulbé |
Saré Moussa |
Santassou |
|||||||
|
Vélingara Centre |
Gadapara |
Temassou |
|||||||
|
Zone rurale |
Arrond. |
CR |
Village |
Arrond. |
CR |
Village |
Arrond. |
CR |
Village |
|
Kounkané |
Saré Coli Sallé |
Saré Boukka |
Dabo |
Bagadadji |
Wakilaré Kahel |
Bounkiling |
Diaroumé |
Médina
Bambali |
|
|
Kounkané |
Kandia |
Lambatara |
Dioulacolon |
Dioulacolon |
Dioulacolon |
Djendé |
Djendé |
Mandina Findifé |
|
|
Bonconto |
Sinthiang
Koundara |
Héramakono |
Médina Yoro
Foula |
Ndorna |
Saré Hamidou |
Djendé
|
Dianah Malary |
Samé Foulayel |
|
[1] Source : Inspection régionale des services vétérinaires : Rapport 2000.
[3] République du Sénégal, SRS, Situation économique régionale de Kolda, 1999.
[4] République du Sénégal, Ministère de la santé, Statistiques sanitaires et démographiques 1988.
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