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1.
Situé à la pointe occidentale du continent africain, le Sénégal s’étend sur
une superficie d’environ 200.000 km2. La capitale, Dakar, qui représente moins
de 0.3% de la superficie du pays se situe à l’extrême ouest et regroupe près du
quart de la population qui est estimée à 10 millions d’habitants et 80% des
activités industrielles et commerciales.
2.
Pour mettre un terme à la situation de crise économique et sociale des
années 1979-1993, le Sénégal et ses partenaires de l’Afrique de l’Ouest et du
Centre ont procédé à une forte dévaluation de leur monnaie commune en janvier
1994.
3.
A la suite de cette opération, l’économie sénégalaise a renoué avec la
croissance, le PIB réel ayant crû d’environ 5% par an en moyenne entre 1995 et
2004. Ces résultats ont été réalisés dans un contexte de maîtrise de l’inflation,
de réduction continue des déficits aussi bien des finances publiques que de la
balance des paiements courants. Le Sénégal est aujourd’hui un des rares pays
qui respecte presque tous les critères de surveillance multilatérale des
politiques macroéconomiques établis au sein de l’Union Economique et Monétaire
Ouest Africaine (UEMOA) qui regroupe huit (8) états membres. Il a atteint le
point d’achèvement de l’initiative PPTE (Pays Pauvres Très Endettés) en avril
2004 avant de passer avec succès au Club de Paris au mois de juin de la même
année aux fins de bénéficier d’un allégement de sa dette extérieure. Le Sénégal
a récemment été noté B+ à long terme par l’agence de cotation internationale
Standard and Poor’s. En d’autres termes, ses capacités d’honorer ses
engagements sont réelles.
4.
Toutefois, le pays est confronté à un plafonnement de la croissance
économique autour du taux de 5%. En réalité, ce plafonnement de la croissance
économique n’est rien d’autre que l’essoufflement du pôle de développement que
constitue la région de Dakar. Au rythme actuel, il faudrait plus de trente ans
pour doubler le revenu par tête et le Sénégal resterait toujours un pays à
faible revenu. C’est pourquoi depuis la deuxième moitié des années 90, mais
surtout à partir de l’an 2000, le Sénégal prend des initiatives pour accélérer
la croissance et réduire la pauvreté.
5.
Pour fixer les idées, selon les dernières données disponibles le
pourcentage de la population en situation de pauvreté a diminué de 67.9% en
1994-95 à 57.1% en 2001-02, ce qui représente une baisse en termes relatifs de
l’incidence de la pauvreté de 16%, soit dans les mêmes proportions que la
croissance du revenu par tête. En d’autres termes, la pauvreté reste
importante, mais la croissance permet de la réduire. Ce résultat conforte le
choix du Sénégal dans le Document de Stratégie de Réduction de la Pauvreté
(DSRP) qui fait de la création de richesse le premier levier de lutte contre la
pauvreté.
6. Aussi, pour atteindre les objectifs de développement du
Millénaire, notamment la réduction de la pauvreté de moitié à l’horizon 2015,
le Gouvernement a pris l’option de relever significativement ses performances
économiques avec des taux de croissance de 7 à 8% en moyenne par an, comme décliné dans le
DSRP.
7.
Depuis la dévaluation de 1994 qui a
marqué un tournant dans l’évolution économique du Sénégal, le gouvernement a
adopté une nouvelle vision qui confère au secteur privé le rôle moteur dans le
processus de croissance économique et de développement. Ainsi l’économie a pu
générer des taux de croissance soutenus
sur la période 1995-1998 malgré deux années successives de sécheresse en
1996 et 1997.
8.
A partir de 1998, l’ancrage au secteur privé aux fins de promouvoir la
croissance a été renforcé avec le démarrage du processus de formulation de la
Stratégie de Développement du Secteur Privé (SDSP), qui a été bouclé en 1999 au
terme d’une série de concertations entre les acteurs du secteur et l’administration. Cette stratégie dont la
mise en œuvre a commencé en 2000 constitue aujourd’hui le cadre de référence en matière de promotion du
secteur privé.
9.
La Stratégie de Développement du Secteur privé
vise l’accélération de la croissance, à travers le renforcement des bases à
long terme du développement, l’amélioration de l’efficacité d’intervention de
l’Etat, le renforcement des capacités du secteur privé. Elle s’articule autour des axes suivants :
(i) la modernisation de la justice ; (ii) la simplification des procédures
administratives liées à l’investissement ; (iii) le financement de
l’entreprise ; (iv) l’unification des organisations du secteur
privé ; (v) la formation professionnelle ; (vi) la
communication ; (vii) le dispositif institutionnel d’appui au secteur
privé.
10.Le suivi de la mise en œuvre de
la Stratégie de Développement du Secteur privé est assuré à travers un dispositif
qui s’articule autour de concertations régulières avec le secteur privé
d’une part et d’autre part sur le Conseil Présidentiel sur l’Investissement qui regroupe autour du Président de la
République un échantillon représentatif d’une trentaine d’investisseurs tant
nationaux qu’étrangers et dont les décisions ont force exécutoire. A cet égard,
l’APIX (Agence de Promotion des Investissements et des Grands Travaux) a
organisé en 2002, en rapport avec le FIAS (Foreign Investment Advisor Service),
une enquête sur les principales entraves au développement du secteur privé. Il
ressort de cette enquête que les chefs d’entreprises relèvent
cinq principaux facteurs comme
contraintes majeures au développement du secteur privé. Ces facteurs ont
été également identifiés comme contraintes majeures dans le cadre des
concertations entre l’Etat et le secteur privé.
11.En effet, en 2002, l’étude FIAS sur le parcours de
l’investisseur avait répertorié comme principales entraves au développement du
secteur privé: la lourdeur des procédures administratives, la lourdeur et la
complexité du système d’imposition, le manque de transparence dans les marchés
publics, les difficultés d’accès au financement et le manque d’infrastructures,
dont une des conséquences est l’engorgement de la capitale - Dakar qui figure parmi les contraintes les plus citées
dans le plan d’actions de la Stratégie de Développement du secteur privé
actualisé en 2004.
12.Le manque de sites industriels aménagés à Dakar est également
considéré comme une contrainte majeure au développement du secteur privé. En
effet, l’APIX a constaté que de 2001 aux cinq premiers mois de 2004, sur un
volume d’investissements agréés de 1 074
millions de USD, seuls 497
millions de USD ont été réalisés, ce qui donne un taux de réalisation assez
faible de 46.3%. Les investigations qu’elle a menées par la suite, notamment
dans le cadre de ses activités de suivi des investissements et d’encadrement
des investisseurs ont permis d’identifier une contrainte supplémentaire majeure
au développement du secteur privé, notamment l’accès à des sites industriels
aménagés à Dakar. En effet le retour de la croissance au cours des dix
dernières années ainsi que l’investissement qui l’accompagne ont eu comme
conséquence une augmentation forte et continue de la demande de terrains
viabilisés, notamment pour l’industrie
et dans le même temps, on notait un tarissement progressif de l’offre et la
saturation des sites aménagés à Dakar.
13.Pour remédier à la situation
précédemment décrite, le gouvernement a pris des initiatives pour rendre
l’environnement plus attractif.
14.Concernant l’allègement des
formalités administratives générales, des progrès substantiels ont été réalisés
(de 67 jours à moins de 30 jours environ pour la création d’entreprises), à
travers notamment les actions initiées par l’APIX et la mise en œuvre des
recommandations issues du Conseil
Présidentiel sur l’Investissement. Toutefois, ces progrès ont été annihilés par
l’accroissement des durées constatées dans l’accès à des sites aménagés. Aussi,
la durée totale du parcours administratif a-t-elle augmenté en moyenne de 495 à
563 jours entre 1998/99 et 2002.
15.S’agissant de la fiscalité, le
Gouvernement a initié en 2003, un ensemble de réformes visant à rationaliser,
simplifier et alléger la fiscalité des entreprises à travers les révisions du
Code de l’impôt sur les sociétés et du Code des Investissements. Celles ci
visaient également quatre objectifs, notamment : l’impulsion de
l’investissement dans les secteurs porteurs de croissance ; l’implantation
d’activités économiques dans les régions défavorisées ;la création
d’emplois ; la promotion des exportations. Ces réformes conduites en
partenariat avec le secteur privé ont amené à réduire le taux marginal d’imposition des entreprises
de 35 à 28% et des études sont actuellement en cours pour baisser davantage ce
taux.
16.Quant au manque de transparence
dans les marchés publics, le Gouvernement a mis en place en 2002 un nouveau
code des marchés publics qui garantit les principes de transparence et de concurrence
pour les marchés publics. Par ailleurs, il est entrain de mener des actions qui
vont rapprocher le Sénégal des meilleures pratiques internationales dans le
cadre de la mise en œuvre du programme CFAA/CPAR,[1]
relatif aux procédures budgétaires et de passation des marchés publics, qui
fait l’objet d’un suivi rapproché avec les bailleurs de fonds. Ces initiatives
ont été renforcées par la mise en place en 2003
d’un Comité national de lutte contre la non transparence, la corruption
et la concussion dirigé par un magistrat et dont tous les autres membres sont
issus du secteur privé et de la société civile.
17.Pour le volet financement, une
mission d’évaluation récente menée conjointement par le FMI et la Banque
Mondiale (FSAP) vient de confirmer la stabilité et la rentabilité du système
bancaire sénégalais qui ne présente aucun risque systémique et se caractérise
par le respect des principaux ratios prudentiels. On note également un
développement important des structures de micro finance très actives dans la
lutte contre la pauvreté et dont les
plus grandes ont commencé à s’intéresser à l’activité des micro entreprises.
Une lettre de politique sectorielle qui fixe le cadre de développement du
secteur de la micro finance est actuellement en cours d’élaboration et le
Gouvernement a engagé une concertation avec les acteurs du secteur financier (y
compris la micro finance) en vue d’accroître l’efficience de l’intermédiation financière des banques et
établissements financiers. Toutefois, les difficultés d’accès au financement
entravent encore le développement du secteur privé.
18.En ligne avec les orientations du NEPAD,
confortées par des études empiriques qui mettent en exergue le rôle fondamental
des infrastructures et du capital humain dans la croissance du pays, le Sénégal
s’est engagé depuis quelques années dans un vaste programme de renforcement des
capacités à travers notamment l’investissement dans les infrastructures. Ce
programme en cours de mise en œuvre est
essentiellement appuyé par la Banque Mondiale, l’Union Européenne, l’Agence
Française de Développement, le Fonds Nordique de Développement, le Fonds
Kowétien, etc. Les secteurs couverts sont le transport, l’énergie,
l’hydraulique et les infrastructures rurales.
20.En ce qui concerne l’engorgement de Dakar et la disponibilité de
sites industriels aménagés dans la
capitale, le gouvernement est entrain de mettre en œuvre respectivement un
programme de mobilité urbaine financé par la Banque Mondiale et un programme
d’aménagement par un privé de 50 ha
destinés à des sites industriels à Diamniadio, à trente kilomètres de Dakar.
Cependant, la portée de ces initiatives reste limitée au regard des objectifs
de croissance que vise le Sénégal, singulièrement dans la perspective de la
mise en œuvre d’une stratégie spécifique sur les grappes à fort potentiel,
notamment : l’agriculture et les agro – industries ; le textile et la
confection ; les télécommunications ; le tourisme et la pêche.
21. Une contrainte majeure
continuera de peser sur la concrétisation du potentiel de croissance et de
réduction de la pauvreté si la disponibilité de sites industriels aménagés ne
peut être garantie ainsi que la mobilité des personnes et des biens. Pour
apporter une solution durable, voire définitive, à cette condition préalable
d’importance capitale, le Sénégal voudrait saisir l’opportunité du MCA pour
apporter une nouvelle marge de croissance au pôle de développement que
constitue la ville de Dakar et favoriser les conditions certaines
d’émergence de nouveaux pôles de croissance dans les régions intérieures. Cette solution durable passe par le
développement des services d’infrastructures, y compris les sites industriels,
touristiques, artisanaux et commerciaux aménagés.
1. [1] CFAA : Country Financial
Accountability Assessment) et
CPAR : Country
Procurement Assessment Report.
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