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Obstacles macroéconomiques de la réduction de la pauvreté |
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Il
s’agira dans cette partie d’analyser les obstacles macroéconomiques à la
réduction de la pauvreté . Les obstacles structurels seront appréciés au
travers des conclusions d’enquêtes de perception de la pauvreté. Une trop forte inégalité de la répartition des
revenus. Le Sénégal est caractérisé par une
répartition très inégalitaire des revenus. L’indice de Gini est de 0,50, ce qui
correspond à un niveau d’inégalité très élevé. La répartition des revenus entre
les quintiles est un autre indicateur des écarts très importants dans les
conditions de vie des populations.
Pendant que 60 % des ménages se partagent 23 % (c’est-à-dire moins du
quart) du revenu total, 20 % des ménages reçoivent environ 60 % de ce même
revenu total. Au rythme actuel , il faudra
presque 40 ans pour doubler le PIB par tête actuel qui est actuellement l’un des plus faibles au
monde (600 $ US). Le bas niveau du taux de croissance qui relève aussi de
l’insuffisance du taux d’investissement, est une contrainte majeure à la
réduction de la pauvreté. En
effet, parmi les contraintes à la réalisation d’un taux de croissance élevé, il convient d’insister
particulièrement sur le faible taux d’investissement et le bas niveau de
productivité globale des facteurs (PGF).
Une décomposition du taux de
croissance du PIB en contribution du facteur travail, du stock de capital et
PGF[1]
montre que la contribution du capital à
la croissance du PIB n’a été que de 22%, alors que celle-ci est de 56% pour
l’ensemble sub-saharien, et de 49% pour l’ensemble des pays en développement (figure 5). Figure 5 : Contribution des
facteurs à la croissance du PIB au Sénégal, en Afrique subsaharienne et dans
les pays en développement(en %) Sources : A.J.Berthélemy, A Seck, A..Vourourch’h
(1996)
Encadré 3 : Déterminants
de la croissance de l’économie sénégalaise Dans un ouvrage collectif à paraître, ( A.
Diagne et G. Daffé, ed. ), un modèle de croissance endogène a été construit
pour identifier les principaux déterminants de la croissance de l’économie
sénégalaise. Il ressort des résultats de l’estimation économétrique de ce modèle
que les variables qui exercent des
effets positifs sur la croissance du
produit par tête des réformes structurelles et institutionnelles, les
investissements publics et privés le capital humain. En revanche, les termes de
l’échange et l’inflation ont eu un impact plutôt neutre sur la croissance de
l’économie sénégalaise. Enfin, le cycle
électoral, le taux de change surévalué et
la pluviométrie ont agi négativement sur cette croissance. L’estimation de ce modèle
a montré aussi que les facteurs qui ont été retenus n’expliquent qu’une partie
de la croissance observée. Aussi les auteurs ont-ils complété l’analyse
macro-économétrique par une enquête auprès des décideurs publics et privés pour
connaître les obstacles à la croissance de l’économie sénégalaise. Les
principaux facteurs qu’ils ont mis en avant sont l’absence de vision politique
des décideurs publics, la faible adhésion des décideurs privés aux politiques
de l’État, la nature du système éducatif, les facteurs socioculturels (poids de
la solidarité familiale ou communautaire, l’importance excessive donnée aux
dépenses de cérémonie au détriment de
l’épargne, le trop-plein de jours fériés, la préférence quai-absolue accordée
au présent par les populations...), la crise agricole favorisée par la péjoration des écosystèmes, une
bureaucratie lourde et incompétente, la
corruption, une désincitation à l’investissement privé (système fiscal
contraignant et peu efficace, faible accès au crédit, mauvaise qualité et
insuffisance des facteurs techniques de production et des infrastructures). Une Divergence entre répartition spatiale de la
valeur ajouté et celle de la population active. L’agriculture
représente toujours 10 % du PIB alors qu’elle occupe plus de 50 % de la
population active. Cette structure de l’économie sénégalaise montre que la
réduction de la pauvreté, qui est surtout rurale, ne s’opérera pas à un rythme
rapide même dans un contexte de croissance forte si celle-ci ne provient pas
des branches de l’activité économique qui emploient le plus les pauvres,
notamment l’agriculture. Les dépenses publiques sociales ne
profitent pas toujours aux pauvres. Si l’on considère
par exemple les dépenses publiques d’éducation, pour les quatre niveaux d’enseignement confondus, les 20% de
ménages les plus pauvres ne reçoivent que 6% des dépenses publiques, tandis que
les 20% les plus riches bénéficient de 34%. Le montant des ressources publiques
revenant au quintile des ménages les plus riches est six fois plus élevé que
celui allant aux plus pauvres. Figure 6 : Dépenses
publiques d’éducation (tous niveaux confondus) par quintile en 1992 et 1994
Source :
Calculs à partir des données de l’ESP (1991) et ESAM (1994) En se plaçant au niveau de l’enseignement élémentaire uniquement, on
constate que les ménages les plus pauvres ne bénéficient que de 12% des
ressources destinées à ce niveau, alors qu’ils comptent le quart des enfants
âgés de 7 à 12 ans. A l’inverse, pour les ménages les plus riches qui comptent
11% des enfants du même groupe d’âge, la part des dépenses allouées s’élève à
17%. Cette répartition très inégalitaire des dépenses publiques en défaveur
des pauvres sera un obstacle important à la réduction de la pauvreté si
des efforts ne sont pas déployés pour
limiter fortement les biais en faveur des non pauvres. La structure de la fiscalité ne favorise pas les pauvres.
En 1993, les impôts sur le revenu et la propriété ne représentaient que 23 %
des recettes publiques totales. Ce taux est tombé à 21% en 1994, avant de
remonter à 23 % en 1998 et se situe à 21% en 1999. L’impôt sur les biens et
services passe, quant à lui, de 45% en 1993 à 43% en 1994 puis atteint un
niveau de 46 % en 1998 et se situe à 52
% en 1999. Le poids de la dette constitue un obstacle majeur pour la lutte contre la
pauvreté. L’encours de la dette a représenté 66% du PIB
en 1994, 77% en 1996 et se situe à 67% en 1999. Le service de la dette pour sa
part a représenté 41% des recettes
d’exportation et 47% des recettes budgétaires en 1994, 16% et 30% en 1996 et se
situe à respectivement 9% et 17% en 1999. Un
bas niveau d’auto-financement de l’économie. Le paysage
financier n’a pas fondamentalement changé et depuis 1989, seuls un
établissement financier en 1993 et une banque commerciale 1999 ont été créés.
En 1999, on comptait une agence
bancaire pour 146 500 habitants. On constate certes une nette amélioration de
la situation financière des banques et établissements financiers depuis 1994.
La reprise économique et les mesures d’assainissement financières ont permis
une restauration de la rentabilité des institutions financières. Ce tableau
général ne doit pas cacher cependant la fragilité de la structure financière de
la plupart d’entre elles. En effet, en juin 1999, sur dix banques, cinq parmi
les plus importantes, n’ont pas respecté le ratio de couverture des engagements
de moyen et long terme par des actifs de même échéance (minimum 75 %). Le
déséquilibre entre les ressources stables (fonds propres et ressources en moyen
et long terme) et les emplois de même
nature restreint ainsi les capacités de
financement des investissements, si bien que la levée de cette contrainte au
plan de l’offre est une des questions centrales de la problématique du
financement de l’économie sénégalaise. Une accumulation de capital encore très faible.
Une autre caractéristique de la croissance de l’économie sénégalaise est que
l’offre est contrainte par l’insuffisante disponibilité de l’eau pour
l’agriculture. La dépendance quasi-exclusive de l’agriculture d’une
pluviométrie erratique introduit une incertitude excessive qui interdit tout
investissement d’envergure dans les activités rurales qui emploient la majorité
des pauvres. La productivité agricole ne peut s’améliorer dans une telle
situation. L’insuffisance et la médiocre qualité des infrastructures
routières et portuaires grèvent les coûts de transport. Les routes bitumées
représentent 29 % du total des routes, celles en latérite atteignent une
proportion de 69 %. Les déficiences tant quantitatives que qualitatives en matière de
fourniture d’énergie électrique constituent une autre contrainte majeure. En
tout, 25 % de la population seulement a accès à l’électricité et la demande
d’électricité est couverte dans les principales villes 27 jours sur 30. Conclusion Au
terme de cette revue des connaissances sur le diagnostic de la pauvreté au
Sénégal, il convient beaucoup plus d’annoncer les perspectives que de conclure
un débat qui s’ouvre. Pour mieux éclairer les décisions et les stratégies ce
diagnostic devra être approfondi dans bien des domaines. D’abord,
les données présentées et analysées ici, basées pour l’essentiel sur l’enquête
ESAM1 devront être complétées par d’autres études sectorielles ou stratégiques
menées par l’Etat, les projets, les ONG etc. dans le cadre d’élaboration de projets,
programmes ou politiques ayant une relation avec la problématique de la
pauvreté. Au delà de la prise en compte des résultats et données de ces études,
il s’agira de confronter les perspectives, les approches analytiques et les
visions qui les sous tendent dans une optique interdisciplinaire et intégrée. Ensuite,
il faudra réactualiser les données quantitatives utilisées ici à la lumière des
enquêtes en cours notamment ESAM II (volet QUID) et l’enquête quantitative de
perception qui devront permettre d’affiner le profil de pauvreté. Enfin,
il faudra donner la parole aux pauvres et à la société, pour enregistrer leur
perception et leurs diagnostics de la
pauvreté à partir, de leurs propres cadres conceptuels et de leur vécu. Cet
exercice se fera à travers une enquête participative de perception de la
pauvreté dans toutes les régions. Ce diagnostic sera affiné et validé au cours
des ateliers régionaux prévus dans le cadre de l’élaboration du DSRP. [1] La productivité globale des facteurs est
liée à l’assimilation du progrès technique et à l’amélioration de
l’environnement dans lequel opèrent les unités de production- << Retour
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